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    Deauville 2016 - Stanley Tucci : "Le cinéma peut nous rassembler en ces temps difficiles"
    Maximilien Pierrette
    Journaliste cinéma - Tombé dans le cinéma quand il était petit, et devenu accro aux séries, fait ses propres cascades et navigue entre époques et genres, de la SF à la comédie (musicale ou non) en passant par le fantastique et l’animation. Il décortique aussi l’actu geek et héroïque dans FanZone.

    Vu notamment dans "Le Diable s'habille en Prada", "Les Sentiers de la perdition", "Transformers 4", "Le Terminal" ou le récent "Spotlight", Stanley Tucci revient sur sa carrière et l'importance du cinéma actuellement.

    Denis Guignebourg / Bestimage

    "C'est la quatrième fois que je viens ici. C'est l'un des endroits que je préfère et l'un de mes festivals préférés", précise Stanley Tucci sur cette scène du C.I.D. qu'il connaît donc bien avant de rappeler l'importance du cinéma en cette période : "En ces temps difficiles pour les Etats-Unis, la France et le monde, le cinéma peut nous rassembler et apporter un peu de positivité à la vie."

    "Beaucoup de réalisateurs considèrent qu'un film est une collectif et rechignent à l'idée de voir écrit "Un film de…" suivi de leur nom. Et c'est armés de cet esprit de collaboration que nous pouvons espérer avancer, et les hommes politiques devraient s'en inspirer car ils ont des choses à apprendre des artistes." Une petite pique prononcée aux côtés de Frédéric Mitterrand, ex-ministre de la culture et actuel président du jury du festival, à qui l'on doit le discours en hommage à l'acteur.

    Quelques heures auparavant, ce dernier était revenu sur certains aspects de sa carrière, lui qui était récemment à l'affiche du dernier lauréat en date de l'Oscar du Meilleur Film.

    AlloCiné : Quel est votre point de vue sur les récompenses en général ?

    Stanley Tucci : Je pense qu'à Hollywood, nous aimons constamment remettre des récompenses. Et je trouve que la saison des récompenses dure un peu trop longtemps aux Etats-Unis. Il faudrait la réduire un peu (rires) Tout le monde force un peu pour avoir des prix, alors qu'il faudrait parfois faire un film sans s'en soucier.

    Et vous l'avez vécu l'an dernier avec "Spotlight", de Venise aux Oscars.

    Oui, mais c'est bien que des petits films comme celui-ci obtiennent une telle reconnaissance grâce aux cérémonies de récompenses.

    Pensez-vous que cette victoire peut faire changer des choses à Hollywood ?

    Oui. Ou je l'espère. J'espère que les gens vont réaliser que c'était un film difficile à faire et qu'il n'avait pas un gros budget.

    Vous souvenez-vous du moment où vous avez voulu devenir acteur ?

    Quand j'étais enfant, à l'école, j'ai commencé à faire des choses de ce style. J'étais jeune car j'avais quelque chose comme 10 ans, mais je souviens que j'étais à l'aise sur scène. Beaucoup plus que je ne l'étais dans la vie.

    Vous avez ensuite fait vos débuts au cinéma dans "L'Honneur des Prizzi"…

    Mais ça n'était pas vraiment un rôle, juste un figurant avec une seule réplique. Qui n'a jamais été tournée (rires) Mais c'était intéressant et excitant d'être sur le plateau. Et quelques années plus tard, j'ai vraiment travaillé avec Kathleen Turner sur une comédie [Pas de vacances pour les Blues, ndlr], mais c'était intéressant de regarder ces gens-là travailler à l'époque.

    Du coup mon premier vrai rôle a été dans Turk 182 !, en 1985. Bob Clark l'avait réalisé et il y avait Timothy Hutton et Kim Cattrall aussi. Je jouais un gars qui volait un van, dans lequel il y avait… Bref, c'est une longue histoire. Mais j'ai été complètement coupé du film. Toute ma séquence, donc je n'étais plus dans le film (rires)

    Quel film ou quelle série considérez-vous comme le tournant de votre carrière ?

    Il y a toujours eu des hauts et des bas. Certains de mes films ont été des échecs, puis ça a marché avant de retomber, donc il n'y a jamais eu de vrai décollage. Mais je pense que Big Night a changé des choses, tout comme la série Murder One, que j'ai tournée aux Etats-Unis. Le Diable s'habille en Prada aussi, à un certain degré. Mais même après ce film, j'ai eu des difficultés à trouver du travail. C'est toujours ainsi.

    Raconter une histoire comme j'en avais envie

    "Big Night" est le premier film que vous avez réalisé : à quel moment de votre carrière avez-vous ressenti l'envie de passer derrière la caméra ?

    Je n'ai jamais vraiment su que je voulais réaliser, mais c'est après sept ou huit ans dans l'industrie que j'ai commencé à vouloir raconter une histoire comme j'en avais envie, sur le plan narratif et visuel. Pour le meilleur ou pour le pire. Vous êtes attiré par une certaine esthétique, par des films avec des plans larges, des films sombres, avec des fins ambigües et qui sont dirigés par les personnages. On se demande alors si l'on est capable de le faire soi-même, et on essaye.

    Avez-vous eu un modèle au moment de réaliser ?

    Beaucoup ! Ingmar Bergman, Woody Allen, Fellini. Tous ces grands maîtres. Tarkovski aussi. Tous ces réalisateurs ont fait des films très honnêtes et à leur manière, sans se plier aux exigences du public.

    On vous a aussi vu dans des gros films tels que "Beethoven", "Transformers : L'Âge de l'exctinction"… Au-delà de l'amusement qu'ils peuvent générer, s'agit-il de passages obligés pour un acteur dans cette industrie ?

    Bien sûr ! Davantage de personnes verront ces films, donc ce que vous faites. Ils vous rapporteront de l'argent au contraire des films indépendants. Et il n'est pas impossible d'avoir un grand rôle dans un gros film. Regardez les Hunger Games : c'était un super rôle à jouer et d'énormes films. Je me suis aussi beaucoup amusé sur Transformers, que beaucoup d'enfants ont vu, et ils ont passé un bon moment. Et ça me permet de gagner de l'argent et de retourner faire un film indépendant.

    Stanley Tucci face aux "Transformers"

    Préférez-vous tourner pour le cinéma ou la télévision ?

    Ça n'a pas d'importance pour moi. Ce qui compte, c'est la qualité du projet et du rôle, ainsi que leur intérêt. Il n'y a pas énormément de différences entre les deux. A la télévision, on peut faire plus de choses plus rapidement, ce que j'aime. Il y a deux ans, j'ai tourné la série Fortitude à Londres, et c'était une expérience très intéressante. J'ai toujours fait des allers-retours entre cinéma et télévision, et je trouve que c'est une très bonne façon de faire.

    Quel a été le meilleur conseil que vous ayez reçu pendant votre carrière ?

    Il y en a deux : mon professeur d'art dramatique à la fac m'a toujours dit "Va au-delà de ce qui est confortable", et j'aime cette idée. Et l'autre c'est : "Ne te prends pas trop au sérieux".

    Et c'était de qui ?

    De moi (rires)

    Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Deauville le 3 septembre 2016 

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