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    L'Opéra : "Une réponse joyeuse à ce mouvement sombre qui traverse l’Europe, et auquel il ne faut rien céder"
    Par Vincent Garnier, propos recueillis le 3 avril 2017 — 4 avr. 2017 à 20:00
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    Plongée dans le saint des saints de l'art lyrique français, "L'Opéra" explore les coulisses de l'un des piliers de la culture française. Rencontre avec son réalisateur, Jean-Stéphane Bron.

    Les Films du Losange

    Avec L'Opéra, vous pénétrez dans le saint des saints. L'autorisation de filmer l'intérieur de Bastille et Garnier a-t-elle été difficile à obtenir ? A-t-elle été assortie d'interdictions ? La direction a-t-elle eu un droit de regard sur le montage final ?

    Jean-Stéphane Bron : Le principe était celui de la carte blanche. Mais être libre ça ne veut pas dire avoir accès à tout facilement. Il faut du temps pour nouer des relations de confiance avec celles et ceux que l’on veut filmer. Et se montrer parfois persuasif pour obtenir de tourner à des moments délicats, tendus ou de grande intimité. Le tournage s’est passé dans la transparence, à des moments choisis, et je ne me suis jamais caché. Les protagonistes savent toujours quand je tourne et quand je ne tourne pas, c’est fondamental. C’est une manière de faire toujours le film avec les gens, jamais contre eux. Du coup, il n’y a pas de droit de regard a posteriori.

    Combien de temps a duré le tournage ?

    Il y a eu 6 mois de repérage durant lesquels j’ai commencé à tourner un peu, comme un galop d’essai. J’ai aussi fait le casting des principaux personnages. Et j’ai rencontré le jeune chanteur russe, qui est devenu un personnage très important du film. Le tournage principal a duré une saison, pendant 12 mois.

    Combien d'heures de rushes aviez-vous à disposition en débutant le montage ?

    Pas beaucoup relativement à la durée de notre présence, quelques dizaines d’heures. J’ai commencé le montage très rapidement, presque dès le début du tournage, ça m’a permis de construire le film au fur et à mesure, donc d’être de plus en plus précis.

    Les Films du Losange
    Stéphane Lissner, le Directeur de l'Opéra national de Paris

    Étiez-vous un familier de l'Opéra avant de vous lancer dans ce projet ?

    Non, mais je me suis questionné sur l’Opéra en tant que forme, que j’ai essayé de transposer dans la structure même du film. En racontant une histoire avec des personnages, mais aussi en construisant le film par « tableaux », par mouvements, en faisant jouer à la musique, pour chacun de ces tableaux, un rôle spécifique. En articulant aussi deux temps importants de l’opéra, le collectif, avec les chœurs, et l’individu, avec le travail solitaire de l’artiste.

    Loin du cliché d'une institution en forme de tour d'ivoire, on découvre que l'opéra est en prise directe avec la société. A ce titre, le débat sur le prix des places est éclairant.

    C’est une scène intéressante en soi, parce qu’elle pose plein de question sur l’accès à cette société-opéra, mais aussi son avenir. Paradoxalement, elle montre aussi une volonté d’ouvrir, de démocratiser l’institution, même si on perçoit aussi les limites de cette volonté. C’est une scène qui précède aussi une scène de manifestation, assez violente, sur la place de Bastille, ce qui n’est pas complètement innocent… Le prix des places augmente, les revenus du capital aussi, mais pas les salaires…

    Vous avez été témoin de la crise du corps de ballet et de la démission de Benjamin Millepied. Ces tensions ont-elles eu une incidence sur le tournage ? Quel a été votre parti-pris pour traiter l'événement ?

    C’était un épisode passionnant à suivre, car il dit aussi le côté excessif, de cette institution qui brille autant en France que dans le monde. Cela n’a pas eu d’incidence sur le tournage, mais cela m’a offert des rebondissements inattendus… J’ai essayé de traiter le départ de Benjamin Millepied, éphémère directeur de la danse, en montrant les choses de la coulisse, mais sans en faire trop, dans la mesure où j’ai voulu filmer tous les protagonistes, star ou non, avec la même attention, la même empathie, en donnant la même place à chacun.

    A la vision de L'Opéra, on est saisi par son aspect de Tour de Babel. Ce mélange des langues, loin de diviser, crée l'harmonie.

    Mon film précédent parlait du populisme, à travers le portrait du leader de l’extrême-droite en Suisse. C’est un film pessimiste sur le mal qui ronge la démocratie, qui divise la société, dresse les gens les uns contre les autres. J’ai voulu répondre à ça à travers L’Opéra, qui s’ouvre sur un levé de drapeau. Sous cette bannière, j’ai voulu montrer autre chose. Une société "démocratique", qui malgré les difficultés, les inégalités, les conflits, est portée par un élan, une joie, une volonté de vivre ensemble. C’est une réponse joyeuse à ce mouvement sombre qui traverse l’Europe, et auquel il ne faut rien céder.

    La bande-annonce de L'Opéra :

    L'Opéra Bande-annonce VF

     

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