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    Gaspard va au mariage : une comédie romantique singulière sur "la confusion des désirs" [INTERVIEW]

    "Gaspard va au mariage", porté notamment par Félix Moati, Laetitia Dosch, et Christa Théret, sort en salles aujourd'hui. Un film de famille dysfonctionnelle, entre le conte et la comédie romantique, dont nous a parlé son réalisateur, Antony Cordier.

    AGAT FILMS / Jeannick Gravelines

    Synopsis : Après s'être tenu prudemment à l'écart pendant des années, Gaspard, 25 ans, doit renouer avec sa famille à l'annonce du remariage de son père. Accompagné de Laura, une fille fantasque qui accepte de jouer sa petite amie le temps du mariage, il se sent enfin prêt à remettre les pieds dans le zoo de ses parents et y retrouver les singes et les fauves qui l'ont vu grandir... Mais entre un père trop cavaleur, un frère trop raisonnable et une sœur bien trop belle, il n'a pas conscience qu'il s'apprête à vivre les derniers jours de son enfance. 

    AlloCiné : Comment vous est venue l’idée de Gaspard va au mariage ? Qu’est-ce que vous aviez envie de raconter avec ce troisième long métrage ?

    Antony Cordier, réalisateur : Avec ma scénariste, Julie Peyr, nous avions la volonté de faire une comédie romantique. Et on cherchait un peu quel univers pouvait accueillir le couple, pour que ce ne soit pas juste une comédie romantique, mais que le film puisse s’évader, fuguer, et puisse être un peu tout le temps en bifurcation. Et à un moment donné on a eu l’idée du zoo, parce que j’aime beaucoup les films de zoo. Et on a trouvé que cet univers c’était une bonne idée, que ça allait nous permettre de faire un film qu’on n’avait pas fait encore avant, d’écrire des scènes qu’on avait jamais eu l’occasion d’aborder, avec des personnages différents. On s’est donc dit "C’est là qu’il faut aller" parce que ça permettait de proposer un objet un peu singulier.

    En plus d’être une comédie romantique et un film sur la famille, Gaspard va au mariage nous emmène aussi dans le registre du conte à plusieurs reprises. C’est l’univers du zoo qui a imposé cela lors de l’écriture ?

    Oui, clairement. Ce n’était pas vraiment présent au début, mais c’est les hasards du travail. On s’est dit "On est dans un zoo, comment est-ce qu’on peut définir les personnages ?". Et à un moment donné on a eu cette idée d’un personnage qui se prend pour un animal. Et ça nous a emmené très loin. On s’est dit "Elle va se prendre pour un ours. Alors comment elle mange ? Comment elle dort ? Et si elle portait une peau d’ours pour faire chier ses parents ?". Et après on se dit "C’est dingue, c’est comme Peau d’âne". Il y a plein de références. Et quand on tourne, et qu’on met la peau d’ours à Christa Théret, tout le monde se dit "C’est dingue on dirait Catherine Deneuve" (rires). Donc il fallait qu’on chope ça, c’était une chance. On s’est donc mis à faire des scènes un peu différentes. (…) Tout le monde retombait en enfance, mais cette dimension magique n’était pas calculée, on l’a ressentie sur le tournage.

    Le titre, Gaspard va au mariage, c’est une référence assumée à Margot at the Wedding de Noah Baumbach ?

    Oui, c’est un film que j’aime beaucoup. Un film de famille dysfonctionnelle qui n’a jamais été distribué en France, ce qui m’étonne beaucoup. Et puis le titre, Margot at the Wedding, est lui-même une référence à Pauline à la plage. Il y a le côté c’est "Martine à la campagne", "Martine à la ferme". J’aimais beaucoup la simplicité du titre, le fait qu’il soit littéral. Et puis je ne peux pas trop en dire, mais le titre a une double lecture. Une lecture simple, et une lecture très symbolique.

    PATRICK BERNARD / BESTIMAGE

    Le film est chapitré en trois parties. C’est une structure qui s’est imposée dès l’écriture ?

    En fait, on se disait "Il y a beaucoup d’enjeux narratifs". Chaque personnage porte un enjeu. Et en même temps on ne voulait pas que le film vienne se condenser autour d’un de ces enjeux. On voulait qu’il soit libre, qu’il navigue d’un enjeu à l’autre. Donc au départ c’était compliqué à écrire, mais ensuite on a adopté une méthode simple. On s’est dit "Chaque personnage va avoir un enjeu et on va passer d’un personnage à l’autre". Notre structure c’était ça : la partie Gaspard, la partie Laura, la partie Coline. Et on a gardé un peu ça à l’écran, car il y avait ces têtes de chapitre. Je trouvais ça assez joli, c’était comme un livre d’enfant, un livre d’image.

    Après Douches froides et Happy Few, qui traitaient du triolisme et de l’échangisme, Gaspard va au mariage évoque notamment l’inceste. C’est une vraie volonté pour vous de développer des intrigues autour de thématiques sexuelles fortes, souvent tabou ?

    Non, ce n’est pas une volonté du tout. Ça vient car la sexualité des personnages m’intéresse autant que leur destin social par exemple. Je ne vois pas pourquoi on cacherait qu’ils sont travaillés par des choses érotiques. Ça me paraît normal, c’est comme ça dans la vie. Je ne vois pas pourquoi le cinéma mettrait ça de côté. Ou pourquoi on ferait forcément autour de ça des films dramatiques. Mais même si Gaspard et Coline sont attirés l’un par l’autre, ce n’est pas du tout un amour incestueux. Au contraire, l’idée c’est qu’ils se défendent contre ça. Il y a quelque chose de l’ordre de la confusion des désirs là-dedans, et dans le film. Si Coline a une peau d’ours et qu’elle pue, c’est pour ne plus être désirable. Elle combat son désir pour son frère, et c’est pareil pour Gaspard. C’est un des sujets du film mais on ne voulait pas en faire toute une histoire et on en voulait pas que ce soit un thème scandaleux.

    Vous aviez Félix Moati en tête dès l’écriture pour le rôle de Gaspard ?

    Non, pas du tout. Surtout pour Gaspard je ne savais pas très bien. Autant pour certains personnages je pouvais avoir des idées, autant pour Gaspard c’était très ouvert. Je crois qu’il faut laisser le comédien venir au film. Car finalement le meilleur comédien c’est celui qui va avoir envie de faire le film. D’expérience je l’ai constaté. Il faut qu’ils aient un vrai désir, qu’ils soient là pour de vraies raisons. Et Félix quand je l’ai rencontré, il avait très envie de faire le film, et à ce moment-là de sa vie et de sa carrière, peut-être que ce film tombait bien. Et après il l’a beaucoup porté. C’est un film qui a été très difficile à faire, et Félix a été d’une loyauté énorme. Il me disait "Tu sais Antony, même si tu ne me payes pas je m’en fous, je le ferai le film". Et ça c’est très rare. Quand un comédien vous dit ça, vous savez que c’est lui qui doit jouer le film et qu’il sera le meilleur.

    AGAT FILMS / Jeannick Gravelines

    On retrouve Marina Foïs et Élodie Bouchez, avec qui vous avez déjà travaillé sur Happy Few. Vous aimez bien l’idée de vous entourer du même noyau d’acteur de film en film ?

    Pas spécialement. Mais on a tourné ensemble Happy Few et ça a été une expérience très forte, et on s’était promis qu’on retravaillerait ensemble. Et quand un acteur vous dit ça c’est très important. En plus j’ai beaucoup de plaisir à les filmer toutes les deux. Marina, il y a quelque chose que j’aime beaucoup chez elle. Elle est capable de totalement s’oublier sur un tournage. Elle fait vraiment confiance. Elle est vraiment capable de s’abandonner. C’est un actrice jusqu’au bout des ongles. Et Élodie Bouchez, c’est tellement génial lorsqu’elle est là sur un plateau. Toute l’équipe est sous le charme. Il y a une grâce, une sensibilité qui émane d’elle qui est tellement cinégénique. Je ne voulais pas me priver de ce plaisir. C’était très petit ce que j’avais à lui proposer, de l’ordre de l’apparition. J’étais un peu gêné, mais en même temps on aime tellement travailler ensemble.

    Vous avez déjà une idée de quoi parlera votre prochain film ?

    J’ai plusieurs idées, donc je ne sais pas trop laquelle je vais choisir. Ça va dépendre un peu de la réception de celui-ci. C’est un film qui a été très difficile à monter, et j’ai d’autres sujets difficiles qui m’excitent beaucoup. Donc si Gaspard est bien reçu, ça me donnera le courage de continuer. Et s’il est mal reçu je ferai des séries comme tout le monde (rires).

    Ça ne vous attire pas du tout la télévision ?

    Ça ne m’a pas intéressé jusqu’à présent. J’ai l’impression qu’en ce moment, au cinéma, les cinéastes baissent les bras. Donc peut-être que moi aussi je vais baisser les bras et faire une série. Mais je ne sais pas si ça va perdurer. J’avais lu un projet des frères Larrieu que je trouvais extraordinaire, et là ils n’arrivent pas à le monter et ils font une série pour Canal+. Je vois bien que c’est parce qu’on n’arrive pas à produire les films qu’on veut produire et qui sont les plus singuliers au cinéma que tout d’un coup on se tourne vers les séries. Je ne suis pas un gros consommateur de séries donc c’est peut-être naturel que je ne m’y sois pas intéressé jusqu’à présent. Je ne saurai pas quoi en penser mais peut-être qu’à un moment cette forme va m’intéresser et qu’il y a des choses à faire. Il faut vraiment que j’y réfléchisse.

    La bande-annonce de Gaspard va au mariage, en salles ce mercredi 31 janvier :

     

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