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    Criminal sur Netflix : comment se passe un vrai interrogatoire ? Un expert répond
    Par Solène Boutillier, propos recueillis le 20 septembre 2019 — 23 sept. 2019 à 18:00
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    Sortie le 20 septembre sur Netflix, la série internationale Criminal retrace 12 interrogatoires de police, dont trois menés en France. Le show est-il fidèle à la réalité ? Christophe, ancien membre de la police judiciaire pendant 15 ans, nous répond.

    Netflix

    [Attention spoilers] L'interview qui suit commente certains ressorts des scénarios de Criminal. Si vous n'avez pas encore vu les épisodes, poursuivez votre lecture au risque de vous faire spoiler !

    Ancien officier de police judiciaire et aujourd'hui auteur du blog Police de caractère, Christophe a mené de nombreuses enquêtes, gardes à vue et auditions dans le cadre de ses fonctions. Pour AlloCiné, il se penche sur les similitudes et les différences entre les vrais interrogatoires de police et ceux mis en scène dans la série Criminal.

    AlloCiné : Au cours de votre carrière, avez-vous assisté à des scènes similaires à celles de la série Criminal ?

    Christophe (@pj_un_jour) : Les interrogatoires ne se passent pas de cette façon, avec une glace sans tain et d’autres personnes qui observent. C’est un huis clos avec un ou plusieurs enquêteurs, mais personne n’observe de loin. Ils peuvent être très courts… selon ce qu’on en attend… ou très longs, selon les questions que l’on a à poser. Parfois, il peut ne rien se passer, la personne refusant de répondre aux questions. Ou alors elle peut répondre, en essayant de minorer son rôle, voire en mentant. Ou encore en répondant aux questions pour dire la vérité.

    La seule chose assez ressemblante dans la série, c'est la "technique" qui consiste à chercher les contradictions ; ce qui, en fait, est le but de l'audition. Opposer les éléments obtenus dans l'enquête aux déclarations de celui/celle qui est suspecté.

    AC : En comparaison avec les commissariats français, le cadre est-il bien respecté dans la série ?

    C : Non, absolument pas. Le principal outil n’est pas là : l’ordinateur. Tout est retranscrit dans l’instant et aussi enregistré via une webcam, en audio/vidéo. La procédure française est entièrement écrite. Tout ce qui se passe est consigné. La garde à vue est un procès-verbal avec la notification des droits. La fouille est un autre PV. Chaque audition est un PV. Les auditions ne s'enchaînent pas les unes après les autres. Il y a, au milieu, d’autres recherches. Lesquelles entraînent les questions qui suivront.

    AC : Les policiers peuvent-ils aller et venir à leur guise dans la salle d’interrogatoire ? Ou communiquer entre eux pendant l’audition ?

    C : Le principe veut que celui qui procède à l’audition reste. Mais il peut faire une pause pour X raison. Pour lui, ou à la demande de la personne qui lui fait face. Les policiers peuvent tout à fait communiquer entre eux, via une messagerie. Au besoin, celui qui fait l’audition peut sortir un instant, le temps de prendre une information qui lui serait nécessaire. Rien n’est totalement figé. Le tout, c’est de l’expliquer.

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    AC : Dans le premier épisode français, une policière frappe sur la vitre sans tain : si un élément extérieur interfère avec l’interrogatoire, est-ce que cela peut créer un vice de procédure ?

    C : S’il doit y avoir un incident, le tout est de l’écrire dans la procédure. Et selon l’importance, aviser le magistrat qui contrôle la mesure. Mais a priori, un tel événement n’est pas cause de nullité.

    Par contre, il y a une incohérence dans le premier épisode : l’avocat dit aux policiers qu’ils doivent mettre la cliente en garde à vue ou la laisser partir. A l’issue de l’audition, il est question de la déférer auprès du parquet, ce qui n’est pas possible sans garde à vue.

    On peut également remarquer une autre incohérence dès le début de l’épisode 2 [NDLR : la femme interrogée se voit demander par le policier de déposer ses bijoux et barrettes dans une boîte. Elle est seule dans la pièce avec trois hommes.] : la fouille de la personne se fait normalement dans un huis clos avec une personne de même sexe. On fait vider toutes les poches. Et ce qui s’y trouve est consigné sur un procès-verbal.

    AC : Quelques éléments surprenants ressortent des autres épisodes européens : un animal de compagnie présent pendant l’interrogatoire, des négociations avec une détenue pour recueillir des informations, une personne interrogée qui fait une pause dans le couloir sans être accompagnée par un policier. Parmi ces exemples, est-ce que certains vous choquent ou est-ce que cela peut arriver en France ?

    C : L’animal de compagnie, c’est juste impossible. La personne seule sans surveillance, c’est une question de sécurité, donc peu probable. Les négociations… ça dépend de quoi il peut être question. Mais le policier n’a pas la main pour négocier quoi que ce soit. S’il s’agit de repentir, ou de quelque chose du genre, c’est au magistrat de l’apprécier. Et c’est une procédure distincte.

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