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    Adèle Haenel : "Distinguer Polanski, c’est cracher au visage de toutes les victimes"
    24 févr. 2020 à 12:57
    Brigitte Baronnet
    Passionnée par le cinéma français, adorant arpenter les festivals, elle est journaliste pour AlloCiné depuis 10 ans. Elle anime le podcast Spotlight.

    Un peu plus de 3 mois après sa prise de parole dans Mediapart, Adèle Haenel livre sa première interview, dans les colonnes du New York Times. Elle revient sur les nombreux témoignages reçus, mais aussi sur l'affaire Polanski notamment.

    Bestimage

    Après s'être tenue éloignée des médias pendant un peu plus de 3 mois, Adèle Haenel s'exprime pour la première fois depuis sa prise de parole forte dans les colonnes de Mediapart, puis dans l'émission dans laquelle elle s'était exprimée en direct. La comédienne a choisi le New York Times pour ce retour médiatique, avec un long entretien disponible à la fois en anglais et en français. En voici quelques extraits choisis.

    Adèle Haenel revient notamment sur la façon dont sa prise de parole a été reçue et les témoignages qui ont suivi :

    "Mon histoire a été comme comme un précipité en chimie, c’était le gramme de plus où on voit le précipité apparaître. Elle a « pris » parce que la société française avait fait ce travail de réflexion autour de #MeToo.  Je fais partie du milieu du cinéma, mais aujourd’hui je veux rencontrer des femmes d’autres milieux, dans la recherche, dans le monde associatif. J’ai reçu énormément de lettres manuscrites, de messages, de mails, majoritairement de femmes, mais aussi de garçons, victimes ou non, qui avaient été touchés par le témoignage, et qui m’ont fait réaliser le manque de récits médiatiques de victimes de violences sexuelles en France."

    "Il y a un paradoxe #MeToo en France : c’est l’un des pays où le mouvement a été le plus suivi, du point de vue des réseaux sociaux, mais d’un point de vue politique et médiatique, la France a complètement raté le coche. Beaucoup d’artistes ont confondu, ou voulu confondre le jeu sexuel et l’agression. Le débat s’est positionné sur la question de la liberté d’importuner, et sur le prétendu puritanisme des féministes. Alors qu’une agression sexuelle est une agression, pas une pratique libertine. Mais dans les discussions, #MeToo s’est imprimé dans les esprits. La France bouillonne de ces questions."

    Interrogée sur la présence de Roman Polanski aux César, la comédienne répond sans détour : 

    "Distinguer Polanski, c’est cracher au visage de toutes les victimes. Ça veut dire, « ce n’est pas si grave de violer des femmes ». À la sortie de « J’accuse », on a entendu crier à la censure alors qu’il ne s’agit pas censurer mais de choisir qui on veut regarder. Et les hommes riches, blancs, rassurez-vous : vous possédez tous les moyens de communication."

    Retouvez l'entretien complet mené par Elian Peltier, reporter basé à Londres pour le New Yort Times :

    Rappelons qu'Adèle Haenel est en lice pour le César de la meilleure actrice pour Portrait de la jeune fille en feu, nommé à 10 reprises. Le film réalisé par Céline Sciamma est en compétition notamment face au film réalisé par Roman Polanski, J'accuse, nommé à 12 reprises.

    Adèle Haenel, Roman Polanski... Assiste-t-on à un #MeToo Acte 2 dans le cinéma français ?

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