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    Terence Hill : comment il a changé le western italien
    Par Corentin Palanchini — 28 mars 2020 à 09:06

    Terence Hill fête ce dimanche ses 81 ans, l'occasion de nous pencher sur la façon dont l'acteur a changé le western italien, et l'a fait basculer dans l'humour et la pantalonnade.

    Titanus

    Il a été Trinita, Django, Lucky Luke, Don Matteo et même... Personne ! Terence Hill fête ses 81 ans aujourd'hui, l'occasion d'explorer la carrière de celui qui a été l'une des incarnations les plus reconnaissables du western italien, avec ou sans l'aide de son comparse Bud Spencer.

    La rencontre avec Bud Spencer... par hasard

    Suite à la sortie des trois premiers westerns de Sergio Leone avec Clint Eastwood de 1964 à 1966, le western italien prend son envol et lance à la chaîne des productions axant leurs intrigues sur la vengeance, la violence et les héros durs à cuire. A l'époque, Terence Hill s'appelle Mario Girotti et il a joué dans Le Guépard de Visconti et pléthore de petits rôles dans quelques péplums, comédies et drames. Depuis quelques temps en Allemagne où il participe à la série des Winnetou, Girotti retourne en Italie et se retrouve par hasard à tourner dans un western.

    Produzioni Atlas Consorziate (P.A.C.)
    Le pistolero ténébreux aux yeux bleus "à la Franco Nero"

    Nous sommes en 1967 et il tourne pour Giuseppe Colizzi le western Dieu pardonne, moi pas. Sur le plateau, il rencontre un certain Carlo Pedersoli et tous deux prennent des pseudonymes américains. Il sera Terence Hill et Pedersoli sera Bud Spencer. Au départ, Terence Hill vient remplacer un acteur (Pietro Martellanza) qui s'est blessé au pied et se retrouve avec le premier rôle ! Il devient ami avec Bud Spencer et le film, un joli succès, devient le premier d'une trilogie informelle.

    Les Quatre de l'Ave Maria (1968) et La Colline des bottes (1969) vont suivre après Dieu pardonne moi pas, toujours avec Colizzi aux manettes et Hill comme Spencer y reprennent leurs rôles. Ce sont des westerns majoritairement "sérieux", où l'on dégaine vite et on discute peu. L'humour commence à poindre par petites touches dans Les Quatre, mais sera totalement absent de La Colline, qui propose un surprenant mélange de western et de cirque.

    Citons pour mémoire à cette période T'as le bonjour de Trinita, comédie musicale portée par Rita Pavone qui vaut le coup d'oeil et un autre western sérieux : Django, prépare ton cercueil, retitré des années plus tard Trinita prépare ton cercueil après le succès de On m'appelle Trinita.

    Trinita, le basculement

    En 1966, Enzo Barboni (sous le pseudonyme d'E.B. Clucher) prépare un western parodique qu'il propose à l'acteur Franco Nero alors qu'il tourne Django. Ce dernier refuse et le projet est ensuite discuté pour George Eastman et Pietro Martellanza (encore lui). Finalement, le duo Terence Hill / Bud Spencer est plus convaincant et ce sont eux qui tournent On l'appelle Trinita (1970), l'histoire de deux demi-frères aux physiques et caractères diamétralement opposés. L'un est longiligne et séducteur, l'autre massif et bougon. Ensemble, ils repoussent les assauts de bandits mexicains qui souhaitent attaquer une colonie de mormons.

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    L'humour avec Trinita

    Le film tranche véritablement avec ce que le western italien proposait jusqu'alors. L'ambiance est à la rigolade, les fusillades ressemblent à des duels de Lucky Luke (où les méchant finissent avec le pantalon sur les genoux) et les problèmes causés aux petites gens par les puissants se règlent avec des coups de poings assénés avec vigueur mais dans la bonne humeur.

    On l'appelle Trinita est un succès international qui propulse Terence Hill et son comparse au rang de stars. Une suite est immédiatement lancée, simplement intitulée On continue à l'appeler Trinita (1971), qui suit la même veine et obtient un succès similaire. mais les deux films Trinita ne vont pas être que des films à succès, ils vont aussi changer la face du western italien.

    Alors que les histoires de vengeance et de courses au trésor sur fond d'humour noir sont sur le déclin, les recettes incroyables des Trinita vont faire vriller le genre tout entier vers la comédie, jusqu'à faire disparaître les héros sombres et ténébreux et voir fleurir les personnages paresseux amateurs de bagarre et de fayots. Il ne s'appelleront pas tous Trinita mais aussi Cippola Colt (Franco Nero), Providence (Tomas Milian) ou Tresette (George Hilton). Cependant, peu sont ceux à parvenir à trouver leur ton et beaucoup sont des copier-collers de Trinita. Surtout, l'humour se dégrade très vite et tombe dans les bagarres interminables, les blagues faciles et la pétomanie.

    Après Trinita, devenir Personne

    Le succès du duo Hill-Spencer laisse tout de même du temps à chacun pour tourner ses projets personnels. Après le western Et maintenant on l'appelle El Magnifico (1972) dans lequel il joue un "pied-tendre", Terence Hill tourne Mon nom est Personne de Tonino Valerii (1973). Dans ce dernier, considéré comme un classique du genre, il incarne un jeune pistolero fan d'un autre, vieillissant, incarné par Henry Fonda. Ce casting est un symbole fort : le western italien (Hill) rend hommage au western américain (Fonda), auquel il doit tout. Mon nom est Personne est également le chant du cygne du western européen, qui connaîtra certes encore quelques grands films, mais qui ici boucle la boucle avec le grand ancien, le cinéma américain.

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    La positivité dans Mon nom est Personne

    Terence Hill montre encore ses yeux bleus lumineux dans le western comique Un génie, deux associés une cloche (1975) avec Miou-Miou et Robert Charlebois puis consacre la décennie suivante à ses collaborations avec Bud Spencer. Leur dernier film ensemble sera Petit papa baston (1994), un échec retentissant.

    En 1991, malgré sa non-ressemblance avec le personnage mais grâce à sa bonne humeur et à son charisme, Hill est engagé pour jouer Lucky Luke dans un film puis une série de huit épisodes. Trop librement adaptée, cette tentative ne convainc pas les fans de la BD mais ravit les enfants. Enfin, Hill incarne en 2009 le personnage de Doc West dans deux téléfilms qui le voient interpréter un joueur de poker pistolero à 70 ans avec une aisance déconcertante.

    Par son physique de jeune premier et sa capacité à effectuer lui-même certaines de ses cascades, Terence Hill restera un visage particulier du western, de ceux que l'on raccroche toujours au genre parce qu'ils se démarquent et véhiculent une positivité contagieuse. Sa blondeur et ses yeux bleus pénétrants immédiatement identifiables en ont fait un Lucky Luke vivant, un cowboy au grand coeur et aux bonnes intentions, en bref : un véritable héros.

    "On l'appelle Trinita", la fin du western "sérieux" en Italie :

    On l'appelle Trinita Bande-annonce VO

     

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    Commentaires
    • Incertitudes
      Deux Super-flics, Salut l'ami adieu le trésor, Quand faut y aller, faut y aller, ce sont des souvenirs d'enfance quand les films passaient sur M6 dans les années 90 pendant les vacances scolaires. Je les connais par cœur avec les Trinita que j'ai découverts plus tard.Avec Bud Spencer, ils n'ont pas eu la fin qu'ils méritaient. Les Supers flics de Miami n'est pas très bon et leur comeback en 1994 avec Petit papa baston est passé inaperçu.Je n'ai pas vu ses derniers téléfilms inédits chez nous ainsi que sa série Don Matteo.
    • Hunnam29
      J'ai envie de dire : tout dépend du cinéma dans lequel tu vis. Par exemple où j'habite à Rennes, je ne mets pas les pieds dans Gaumont, CGR & cie.On a une flopée de cinéma bénévoles autour (j'en compte 5 à vue de nez mais il y en a plus) où on retrouve absolument tout le charme du cinéma : pas de pub, salles vraiment bien équipées, gens civilisés, sons de qualité, et un vrai côté chez soi. On a aussi le TNB en ville qui fait cinéma, qui n'a pas de pub et qui a des tarifs plus sympas. On en a un autre également, axé que 'Arts & Essais', plutôt cher (mais toujours moins qu'un multiplexe) et sans pubs aussi. Je vais pas te mentir, et tu l'auras certainement compris, perso je passe mon temps dans les cinémas bénévoles et c'est toujours un immense bonheur d'y aller. Dans celui que je vais principalement, c'est 7€ la place. Mais si tu montres ta carte de bus, peu importe ton âge, ça descends à 5.5€ la place. Et si tu prends des carnets de 10 tickets, à 4.5€ la place. S'ils ont un film en 3D (c'est rare), aucune majoration sur la place... Le tout avec des bénévoles qui sont contents d'être là.Et j'ai un autre bon plan tout près de chez moi, où pour 5€ par trimestre (!) tu peux aller le Mardi soir voir des anciens films projetés en 35mm (une dizaine par trimestre). Et là tu ne croises que des passionnés, c'est génial. Tout ce que je dis là, c'est pas pour faire briller ma situation, c'est aussi et surtout pour montrer que ça dépend beaucoup d'où on habite, et de quelle façon on se renseigne aussi autour de soi. Toutes les grandes villes comme Rennes ont forcément ce genre de plan. En Bretagne en campagne, même dans les coins paumés, il y a pas mal de cinémas bénévoles également, qui sont à des années lumières des multiplexes. Alors parfois c'est vieillot, ça sent la poussière mais c'est aussi ça le charme du cinéma pour moi.Après j'ai malheureusement vécu un an en Picardie, où c'était multiplexe ou rien. Et VF en plus, un enfer quoi. J'y allais quand même de temps en temps mais bon. On peut être dans une situation défavorable aussi, après faut pas non plus généraliser LE cinéma dans sa globalité parce qu'on a des mauvaises expériences.
    • Plaza13
      plutôt réaliste :avant la norme c'était 1h30 pour un film: ok mais on avait droit a des bonus pour une somme relativement modique.Aujourd'hui la norme est autour de 2h avec un tunnel de 20 mn de pub (les memes que celle de tf1) et bande annonce que l'on voit ici pour le prix d'un bon livre ou d'un dvd en promoJ'avoue, j'ai du mal a voir le progrès...
    • Legion666
      Comme beaucoup ici, un acteur que j'adorais enfant! J'ai vu quelques uns de ses films au cinéma, et durant les 80's ceux-ci passaient souvent durant les vacances de Noel. Nostalgie quand tu nous tiens....
    • Hunnam29
      Nostalgique je vois :)
    • Plaza13
      mes premiers films en salle. Une époque ou il y avait encore des balcons, des tarifs ridicules (25 francs/ 4 euros) l'ouvreuse avec ses glaces miko et ses chouchous. la séance comprenait toujours avant le film : un dessin animé, un documentaire et bien sur les fameuses réclames Jean Mineur.Une sortie ciné était un évènement et on en avait pour notre argent.
    • Max Rockatansky79
      L’idole de mon enfance. Et encore aujourd’hui chaque fois que je me repasse mon nom est personne.
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