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    Cheyenne et Lola sur OCS : "être acteur c'est un sport, une vraie discipline" pour Pierre Lottin
    Par Julia Fernandez — 8 déc. 2020 à 18:30
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    Rencontre avec l'acteur révélé dans "Les Tuche", que l'on retrouve au casting de "Cheyenne et Lola", série noire franco-flamande créée par Virginie Brac et actuellement en diffusion sur OCS.

    Qui est votre personnage dans Cheyenne et Lola ?

    Pierre Lottin : Je joue Kévin, qui est une sorte de gitan au style un peu rockeur qui fait partie des "histoires à tiroir" de ce projet. J'ai une histoire avec une femme dont je suis fou amoureux, je la perds, et je fais tout pour essayer de la retrouver. Il y a un truc un peu théâtral là-dedans qui est hyper intéressant à jouer. On le voit de temps en temps, mais on me laisse carte blanche, parce que c'est important de laisser un acteur s'exprimer mais aussi de savoir le diriger. Du coup je me sens à la fois très libre et en sécurité.

    Qu'est-ce qui vous a séduit dans le projet ?

    Le réalisateur, Eshref Reybrouck, c'est quelqu'un de très beau, du coup... (rires) Ce qui m'a attiré, c'est de pouvoir bosser avec des Belges, parce que j'adore la Belgique, je les salue d'ailleurs ! Je m'étais intéressé à ce qu'avait fait le réalisateur, au travail de son chef opérateur, et je trouvais ça subtil. Je savais à son contact que c'était un bon directeur d'acteurs, or c'est compliqué d'être dans la subtilité avec une économie de moyens. On veut de plus en plus faire du cinéma avec des moyens de série, et les moyens de série s'amoindrissent... Donc ça tire sur la corde, sauf qu'on arrive à maintenir une subtilité ici, et c'est ce que j'ai senti dès le départ chez Eshref. On a le même langage.

    Virginie Brac, la créatrice de la série, disait qu'entre le réalisateur et Veerle Baetens, qui sont flamands, il y a une vraie identité du Nord dans la série. 

    C'est exactement ça ! Il y a une identité du Nord qui est parfois exploitée dans le cinéma français à travers des projets qui ne sont pas très intéressants, et de manière un peu plan-plan, un peu tiède. Et pourtant il y a de très bons films là-dessus : 38 témoins avec Yvan Attal par exemple, qui est très bien. Mais on sent encore cette froideur, ce truc assez français où on prétend à quelque chose mais on assume pas de le faire jusqu'au bout. Parce qu'on a pas cette notion d'absolu, et c'est ce qui me manque. Je peux pas dire que je l'ai cette notion parce que ce serait prétentieux, mais j'ai cette prétention de vouloir mener quelque chose avec honnêteté et le plus loin possible. Et les Belges le font ! ils ont ce truc. Poelvoorde avait fait une allégorie là-dessus, il disait : "en France, on engueule la moitié du plateau pour que j'ai une caisse, en Belgique, la caisse, on la bouge." C'est comme ça que je bosse, et c'est cette identité-là qui me plaît. Plus dans l'humour, plus honnête et détachée. 

    On a l'impression que les réalisateurs de séries belges, qui tournent beaucoup en coproduction avec d'autres pays, ont tendance à se fondre plus facilement dans les projets internationaux...

    Complètement ! Jaco Van Dormael, des mecs comme ça. En France, je ne sais pas pourquoi on retarde les choses. Parce qu'il y a des artistes, des personnes comme Jean-Baptiste Leonetti, pour qui j'aimerais énormément tourner, à qui on coupe la parole alors que ce sont des génies, ces gens-là. Mais c'est un peu subversif, et c'est trop concret pour un français. Des films géniaux comme My Little Princess d'Eva Ionesco, on en voit pas beaucoup et ça fait pas d'entrées, parce que ça gêne la "tiédeur" confortable. Mais les choses bougent progressivement, parce qu'on en a marre ! Ce qui me fait un peu peur en revanche, ce sont les budgets de plus en plus petits et des organisations qui sont de plus en plus foireuses.

    Vous qui êtes habitué à une certaine économie de cinéma à gros budget, sur Les Tuche notamment, ressentez-vous ces restrictions budgétaires dans les séries en particulier ? 

    C'est surtout les films. A partir du moment où on les fait en Annexe III, c'est galère. (rires) Je suis sur un film avec Kad Merad en ce moment, on sent qu'il y a un manque. Parfois, ça a été palpable, et j'ai du baisser mon cachet parce que c'était pas possible, il y avait pas assez d'assistants. J'ai fait le film Tout le monde m'appelle Mike récemment, idem, il y a eu des tensions parce qu'on manquait de monde. Le manque d'argent va provoquer un manque d'organisation, et ça je le ressens en tant que comédien. En revanche, et c'est là le paradoxe, il y a de plus en plus de prouesses artistiques. Sur Cheyenne et Lola aussi, c'est pour ça que ça me dérange pas de faire un troisième ou quatrième rôle. C'est hyper intéressant à défendre, c'est beau, bien dirigé, on fait ça avec des passionnés. 

    Vous êtes également à l'affiche d'une autre série, Vampires sur Netflix. Sentez-vous également venir un vent de changement dans la fiction française ?

    Sur cette série, j'ai senti qu'il y avait un "Big Brother", sans me sentir sclérosé pour autant. Mais j'ai senti que le réalisateur l'était. C'est le cas de figure où joues un mec cool, et c'est monté de façon sérieuse. Il y a pas mal de projets où c'est comme ça : je vais faire le malin, jouer un voyou, j'essaie de mettre de la fantaisie dans tout ça, et c'est aussi pour ça qu'on me choisit ! Sauf que j'ai l'impression que les décisionnaires n'ont pas cet amour du jeu ni cette lecture. Du coup certains trucs passent à la trappe alors que ça peut être culte si on laisse le temps aux choses. On aurait pas pu faire Dikkenek avec des financiers, ils n'auraient rien compris ! J'ai beaucoup de respect pour l'institution qu'est OCS, car même si leur économie est réduite, ils donnent carte blanche aux artistes. J'ai tourné dans leur série Holly Weed à l'époque, c'était très sympa, Vingt-cinq aussi... Netflix, c'est plus "on vous donne carte blanche, mais à la fin c'est nous qui décidons." Je trouve qu'il y a quelque chose de presque stérile dans leurs longs-métrages. La photo est bonne, la réalisation est bonne, le jeu, la réalisation... Mais il manque un truc. Pour l'instant, Netflix se contente de fonctionner comme ça parce que ça marche, mais avec l'arrivée de la concurrence d'Amazon, de Disney+ et tout ça, ils vont surement se remettre en question et faire des trucs un peu plus indépendants. Et c'est déjà un peu plus le cas dans leurs séries ! Et dans ce sens, tous les films qui ne trouvent pas de distributeur vont finir aller sur les plateformes au bout d'un moment. 

    Quelles séries regardez-vous ?

    J'adore Peaky Blinders, et des classiques comme The Wire, Oz, The Shield, des séries un peu sombres comme ça.

    Vous avez hésité à vous engager dans l'armée avant de vous orienter vers le théâtre. Avez-vous parfois des regrets d'avoir fait ce choix ?

    Parfois, oui. Après, j'essaie de les mettre dans le cinéma les valeurs que j'aurai voulu qu'on m'inculque dans l'armée. L'esprit de cohésion, se surpasser... Un acteur pourra jamais faire comprendre en quoi son métier est ingrat. C'est plein de problèmes de riches qui, mis bout à bout, deviennent des problèmes de pauvres. Sur un tournage, le rythme est très intense, et une fois le projet fini, dehors il y a encore le taff de parler du film, la promo... C'est jamais fini. C'est Nekfeu qui disait "ma vie privée, c'est devenu un entracte." Au début, on ne choisit pas d'être connu quand on se lance. Et quand on voit la célébrité arriver, on panique. Alors que ce métier c'est un sport, une vraie discipline. Là j'ai fait 4/5 projets en six mois, et le corps encaisse. Tu perds du poids, il faut en reprendre direct sinon tu n'es plus raccord, tu te blesses sur des scènes de baston... Mais là on ça atteint vraiment, c'est sur le plan personnel. C'est un métier comme un autre, qui a ses côtés bâtards !

    Je ne sais plus quelle actrice disait ça, que chaque rôle laissait une trace psychologique, et que le fait de jouer une chose, même sans l'avoir vécue, laissait des cicatrices.

    Oui, ça laisse des traces, carrément. Il y a des choses que je n'aurai jamais faites dans ma vie, quand je joue des mecs un peu tarés... (rires) Tu prends les réflexes d'autres gens et tu te les incorpores, parce que t'aimes ça. Parfois dans le métro j'observe des gens, je reprends leurs mimiques, je remarque ceux qui ont un "truc"... Il y a une forme de mimétisme qui reste ancré profondément. Et c'est parce qu'on se connaît aussi bien et qu'on sait de quoi on est fait, y compris nos fragilités, qu'on peut se permettre d'être quelqu'un d'autre. 

    Propos recueillis le 27 novembre 2019

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    Commentaires
    • meiyo
      Quand je vois le jeu de certains et certaines, c'est clair qu'ils/elles manquent d'entraînement. ;)
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