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    Le Tatoué : Louis de Funès et Jean Gabin ont détesté travailler ensemble
    25 avr. 2021 à 18:30
    Corentin Palanchini
    Passionné par le cinéma hollywoodien des années 10 à 70, il suit avec intérêt l’évolution actuelle de l’industrie du 7e Art, et regarde tout ce qui lui passe devant les yeux : comédie française, polar des années 90, Palme d’or oubliée ou films du moment. Et avec le temps qu’il lui reste, des séries.

    Lorsque deux comédiens-vedettes se donnent la réplique, il arrive que les choses ne se passent pas forcément comme prévu. Cela a été le cas pour Jean Gabin et Louis de Funès sur le tournage du "Tatoué".

    Prodis

    En 1968, les producteurs Ralph Baum et Maurice Jacquin ont l'opportunité de réunir au cinéma Jean Gabin et Louis de Funès pour l'adaptation du roman Le Tatoué signé Alphonse Boudard. A l'époque, De Funès est au sommet de sa gloire et Gabin attire encore 2 millions de spectateurs avec la plupart de ses films.

    L'histoire suit Félicien Mezeray, brocanteur d'art, découvrant un jour un authentique Modigliani tatoué sur le dos d'un ex-légionnaire bougon et colérique. Mezeray est prêt à tout pour récupérer cet inédit du peintre-sculpteur, même à retaper la maison de campagne du légionnaire.

    Le Tatoué
    Le Tatoué
    Sortie : 7 septembre 1968 | 1h 26min
    De Denys de La Patellière
    Avec Louis de Funès, Jean Gabin, Paul Mercey
    Spectateurs
    3,4
    louer ou acheter

    Avant Le Tatoué, Jean Gabin et De Funès s'étaient déjà donné la réplique dans Le Gentleman d'Epsom (où le second n'avait qu'un rôle secondaire) et bien sûr La Traversée de Paris, dans laquelle Gabin hurlait "Jaaaambier !" sur un De Funès outré. Pour être complet, ce dernier était aussi apparu dans un rôle anecdotique de Napoléon, sorti en 1954.

    De Funès est devenu célèbre à 50 ans, là où Gabin l'a été un peu avant son trentième anniversaire. Il y aurait pu y avoir un rejet de l'un des comédiens envers l'autre, mais contrairement à une idée reçue, ils sont au départ heureux de travailler ensemble d'égal à égal.

    Prodis

    Sauf qu'une fois sur le plateau, De Funès, en signe de respect envers son aîné (ils ont dix ans de différence), le vouvoie, ce qui crée une distance immédiate, alors que Gabin tutoie son partenaire. Ce dernier connaît l'équipe, est à l'aise et taquine De Funès qui mange peu sur le plateau pour garder sa concentration et se trouve intimidé par des techniciens inconnus.

    Par ailleurs, les deux acteurs ont retoqué le scénario initial et le producteur, ne souhaitant pas laisser passer l'occasion de réunir ces deux vedettes n'abandonne pas et décide que l'histoire sera écrite au jour le jour, comme se le rappelle le réalisateur Denys de la Patellière en 2008 :

    "Au commencement du tournage, nous n'avions que trois scènes écrites. Jardin m'apportait chaque scène à l'avant-veille du tournage et préparions le plateau la veille !"

    Cette atmosphère incite De Funès à proposer des ajouts et improvisations, ce qui agace Gabin, pour qui le scénario est le scénario :

    "Ce sont deux acteurs de style absolument différent", confiait à l'époque sur le plateau De la Patellière. "C'est le charme et la difficulté de cette rencontre : leur technique d'acteur est différente. Jean Gabin est habitué à jouer des choses très précises, très prévues d'avance, avec un découpage technique qu'il a bien vu et connaît très bien, avec des réactions sur des mots bien précis."

    Prodis

    Quant à la méthode De Funès, elle est selon lui beaucoup plus imprévisible :

    "(...) De Funès est la spontanéité même, et trouve des choses en jouant et même d'une prise sur l'autre. Quand on recommence les scènes, il trouve des choses nouvelles, et il est important de ne pas le gêner lui dans ses trouvailles, comme il est important que Gabin retrouve aussi sa façon de jouer la comédie."

    Une situation complexe donc, renforcée par le fait que le scénario écrit la veille pour le lendemain, doit être validé par les deux acteurs, mais que De Funès change très souvent d'avis le matin du tournage, après avoir pourtant donné son accord la veille. De fait, des tensions apparaissent.

    Dans un entretien réalisé en 2007, le réalisateur raconte :

    Les deux comédiens assistaient aux projections chaque soir et en discutaient immédiatement après. Mais le lendemain, Jean Gabin se rendait compte que Louis de Funès avait un avis différent de ce qu'il avait dit la veille. Et cela énervait Gabin.

    "Quelques fois [De Funès] me faisait porter une lettre sur le plateau pour me dire qu'il n'était plus d'accord avec une scène", ajoute-t-il. "C'était très difficile. S'il y a bien une chose que détestait Gabin, c'était qu'on discute de la scène au moment du tournage."

    Prodis

    De la Patellière enfonce le clou, toujours à propos de De Funès (dans les bonus du DVD édité chez StudioCanal) :

    "Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi tendu pendant un tournage. J'avais le sentiment de voir un acrobate monté en haut du mât dans un cirque et qui disait "Je vais me casser la gueule". Il n'arrivait pas à se décider."

    Pour Denys de la Patellière, cela restera un tournage difficile, fait donc de compromis au jour le jour :

    On met au point les scènes entre nous, et on s'arrange pour que Jean Gabin soit bien à l'aise dans une chose qui soit suffisamment prévue pour qu'il sache comment il va jouer sa scène, et que Louis de Funès puisse jouer en réaction de ce qu'il fait et sur la situation.

    Si l'ambiance à couteaux tirés entre les deux acteurs a largement été exagérée au fil des années, le fait est que cette expérience sur Le Tatoué leur aura servi de leçon : De Funès ne tournera quasiment plus qu'avec des équipes et metteurs en scène qu'il connaît sur le bout des doigts et Jean Gabin fera de même.

    En salles le 7 septembre 1968, le film est un beau succès de 3,2 millions d'entrées, même si les critiques sont pour la plupart désastreuses.

    Avec le temps, De Funès comme Gabin n'auront plus que des compliments à dire l'un envers l'autre. Le premier sera même à l'initiative du Prix Jean-Gabin en 1981. Renommé depuis le Prix Patrick-Dewaere, il récompense chaque année l'espoir du cinéma français ou francophone.

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