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    Archipel : un film d'animation primé à Annecy entre le documentaire et la fiction
    5 juil. 2021 à 12:00
    Clément Cusseau
    Clément Cusseau
    -Rédacteur
    Après des études en école de cinéma, Clément Cusseau intègre la rédaction d’AlloCiné en 2011. Il est actuellement spécialisé dans les contenus streaming et l’actualité des plateformes SVOD.

    Présenté en clôture du PIAFF, le film d'animation québécois Archipel a été récompensé il y a quelques semaines au Festival d'Annecy. Nous avions rencontré à cette occasion son réalisateur Félix Dufour-Laperrière.

    Embuscade Films

    Comment est venue l’idée de ce film très complexe dans la forme comme dans le fond ?

    Félix Dufour-Laperrière : Au départ, deux désirs paradoxaux se sont rencontrés. Tout d’abord, d’écrire sans penser à la forme. Je voulais vraiment me lancer dans l’écriture d’un script pour le simple plaisir d’écrire, bien que j’avais déjà en tête l’idée de séquences qui s’intégreraient ensuite dans un film. Je voulais retrouver la liberté qu’offre l’écriture pour explorer l’imaginaire sans les contraintes d’une scénarisation.

    Mon deuxième désir était d’apporter de l’improvisation et de la légèreté au processus d’animation qui est un univers généralement très rationnel et contrôlé. C’est le film que j’aurais aimé faire si j’avais eu les financements et la maturité nécessaires à la sortie de l’université quand j’avais encore un atelier d’expérimentation de l’image.

    J’avais à cœur de retrouver cet état d’esprit de liberté, et de l’adapter à un format de long métrage qui laisse assez peu de place à ce genre de démarche. Le film a été assez peu cher à produire. Puisqu’il joue sur plusieurs tableaux, je l’ai financé comme un documentaire bien qu’il intègre des éléments de fiction, ce qui m’a offert de grands espaces de liberté.

    Au final, ce film a été comme un cadeau. Il s’est écrit sans aucune difficulté et a su répondre à mes désirs créatifs, son financement a été très rapide en raison de son caractère atypique et malgré la pandémie j’ai pu travailler avec des collaborateurs de grande qualité. Cela a été un plaisir de travailler deux ans en atelier sur ce film pour essayer de dialoguer par le biais des images.

    Le film se situe à la lisière du documentaire et de la fiction, du rêve et de l’éveil : comment le décririez-vous ?

    C’est un documentaire sur quelque chose d’intangible et c’est aussi une fiction qui se base sur le concret, les cartes, les images d’archives etc. Donc c’est à la fois une fictionnalisation d’un documentaire et en même temps un documentaire de voyage basé sur l’observation. C’est un film sur la notion de territoire, qu’il soit géographique ou affectif, qui explore ce qui suscite notre attachement et notre engagement à quelque chose.

    C’est également un film qui aborde quelque chose de très intime, puisqu’on y croise ma fille, ma grand-mère, des auteurs et autrices qui m’inspirent, tout en essayant de dresser des ponts vers des sentiments plus collectifs, voire politiques, pour les insérer dans une sorte de destin commun.

    Le parti pris du film est de donner l’intuition que notre rapport à l’Histoire et au territoire est en partie fictionnel, il s’inspire de récits, et donc l’idée est de partir du fait que dans toute construction d’un récit, il y a toujours une part d’imaginaire. C’est un sentiment que j’ai essayé de saisir avec les codes du documentaire.

    Mais c’est aussi un film que je qualifierais d’intuitif, qui laisse de la place au plaisir de créer des images, de les juxtaposer et de métamorphoser des documents. J’espère que c’est également un aspect qui se ressent au visionnage.

    Quel état des lieux tirez-vous de l’industrie de l’animation ? L’engouement pour l’animation pour adultes pourrait-elle ouvrir la porte à de nouvelles formes d’expressions ?

    Pour moi, l’animation a toujours eu ses lettres de noblesses. Je n’enlève rien aux films familiaux, mais si l’on suit le cinéma d’auteur, on peut réaliser à quel point l’animation est une forme d’art, on se rend compte de son ampleur et de sa pertinence, sa profondeur aussi. Il y a une vraie connexion avec les arts plastiques et visuels qui ne peut que me réjouir en tant qu’artiste.

    La maturité du public à l’égard de l’animation n’est pas encore tout à fait installée mais je crois que c’est un processus en cours. Il y a selon moi une grammaire vraiment propre au cinéma d’animation d’auteur que des spectateurs issus d’une cinéphilie plus générale ne sont pas encore capables de mettre en contexte.

    Ce n’est qu’une question de temps, je pense que c’est un mouvement qui va continuer à prendre de l’importance dans les prochaines années. Je ne peux que m’en réjouir, même si cela reste compliqué de financer cette forme d’animation, mais je pense que pour une fois cela ne peut que s’améliorer (rires).

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