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    Quand Walt Disney recrutait un vétéran de la Luftwaffe...pour concevoir des mosaïques
    Olivier Pallaruelo
    Olivier Pallaruelo
    -Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
    Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

    C'est une histoire totalement méconnue du grand public et pourtant incroyable. Membre de la Luftwaffe pendant la guerre et célèbre interrogateur de prisonniers, Hanns Scharff fut recruté par Walt Disney pour décorer DisneyWorld.

    Si vous avez eu la chance de vous rendre à Disneyworld, le parc d'attraction créé par Walt Disney en Floride, situé à Orlando, vous avez sûrement pu découvrir, en vous attardant dans le château de Cendrillon, ces énormes fresques de mosaïques recouvrant les murs intérieurs sur près de cinq mètres, racontant l'histoire de la princesse. Vous en avez d'ailleurs un tout petit aperçu avec le visuel illustrant l'article.

    Ces mosaïques sont l'oeuvre d'un artiste de renommée mondiale dans son domaine, Hanns-Joachim Gottlob Scharff, dont le nom ne parlera sans doute qu'à très peu d'entre vous. Etrange et fascinant destin que celui de cet homme né en 1907 à Rastenburg, en Prusse, au sein d'une famille aisée.

    Son grand-père maternel était le fondateur et propriétaire d'une grosse entreprise de textile réputée. Après des études d'Art et formé pour travailler un jour au sein de l'entreprise familiale, Scharff s'installa en Afrique du Sud où il se maria, et d'où il gérait l'antenne locale de l'entreprise familiale.

    Peu avant que la Seconde guerre mondiale n'éclate, il se trouve en vacances en Allemagne avec sa femme, en 1939. En 1941, Scharff doit être expédié sur le Front russe. Sa femme, soucieuse de le maintenir en vie, tente, avec succès, de convaincre les autorités de laisser son mari comme interprète, car il parle couramment l'anglais. Ses supérieurs finissent par l'envoyer à Oberursel, où se trouve un centre interrogatoire de la Luftwaffe, dans lequel on interrogeait les pilotes américains capturés par les allemands.

    Voici  Hanns-Joachim Gottlob Scharff, en uniforme :

    C'est là qu'il gagnera sa réputation de "Master Interrogator". En effet, contrairement aux pratiques interrogatoires où la torture était le plus souvent utilisée pour arracher des informations, Scharff cherchait à gagner la confiance des prisonniers, jamais en les torturant ni en les menaçant, mais toujours en usant de techniques psychologiques quasi infaillibles. Scharff devint le plus célèbre interrogateur de l'armée allemande.

    Le 16 avril 1945, il fut fait prisonnier par les Alliés, puis relâché deux mois plus tard. En fait, son contact était si humain qu'il se lia même d'amitié avec d'ex-prisonniers alliés qu'il avait eu en charge d'interroger. En 1948, il fut invité par les autorités américaines à venir interroger un certain détenu du nom de Martin James Monti, un pilote de l'US Air Force qui déserta auprès des forces de l'Axe en octobre 1944. Les autorités militaires américaines furent si impressionnées par ses méthodes et techniques interrogatoires qu'elles sont encore enseignées de nos jours.

    Scharff finit par obtenir la citoyenneté américaine et se reconvertit avec succès en artiste spécialisé dans les faïences et mosaïques. En 1955, il obtient au sein du prestigieux magasin de luxe New Yorkais Neiman Marcus de décorer un peu l'intérieur avec son travail de mosaïques. En 1956, il installe son atelier à Los Angeles. Mélangeant le verre, la pierre et le marbre, Scharff s'inspire d'un art et de techniques mésopotamiennes en vogue datant de plusieurs millénaires.

    En dépit de ses créations, qui vont des tables aux fresques murales, il se refusait à se qualifier d'artiste : "Je suis un copiste, pas un artiste créatif. Ça c'est mon art. De copier. Pas de créer" déclara-t-il un jour au Los Angeles Times.

    Un copiste ? Peut être. Mais dont les oeuvres sont visibles jusqu'à la mairie de Los Angeles, dans le bâtiment du capitole de l'Etat de Californie, à Epcot Center et à Disneyworld, sans compter les divers bâtiments officiels à travers le pays, comme les écoles, universités, les maisons de particuliers, les hôtels, les centres commerciaux, etc... Aux quatre coins du monde.

    Pas mal pour quelqu'un qui, modestement, ne se voyait pas comme un artiste, au destin hors norme. Il est décédé en septembre 1992, à l'âge de 84 ans.

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