C'est une vidéo qui a fait le tour du globe et dont vous vous souvenez sans doute. En 2003, Ghyslain Raza, un adolescent québécois, se filme en train d'imiter Dark Maul, le seigneur Sith de Star Wars : La Menace fantôme, avec un ramasse-balle faisant office de sabre laser. Il ne sait alors pas que ce moment de détente devant la caméra va lui faire vivre un véritable calvaire...
Les images mettant en scène Raza vont en effet être diffusées sur Internet contre son gré et devenir un phénomène planétaire, avant même l'émergence des réseaux sociaux. La vidéo, visionnée des millions de fois, devient l'un des premiers mèmes de l'histoire, tous les médias s'emparent du sujet, et Ghyslain Raza, désormais mondialement connu sous le nom de Star Wars Kid, est victime de cyberharcèlement à haute échelle.
Aujourd'hui, le Québécois a digéré cette expérience très difficile. Près de deux décennies après la diffusion de la fameuse séquence, le trentenaire, qui effectue un doctorat en droit à l’Université Queen’s en Ontario, évoque cette expérience tumultueuse dans un passionnant documentaire intitulé Dans l'ombre du Star Wars Kid.
Inédit dans nos contrées, le film de Mathieu Fournier revient sur ce moment charnière de l'histoire du numérique. "Quand on aborde l'histoire du cyberharcèlement, des mèmes, de la viralité ou même de la mémoire numérique, on se doit de parler de la vidéo Star Wars Kid parce que c'est un tournant de cette histoire", déclare dans le documentaire Kate Eichhorn, essayiste et experte des médias.
Réflexion sur notre soif de contenu et sur le droit à l’oubli à l’ère numérique, sur la viralité et le cyberharcèlement, Dans l'ombre du Star Wars Kid est également le portrait d'un homme qui a vécu une expérience inédite. Traumatisé, il s'en est peu à peu relevé. L'ensemble est captivant, fort, et jamais larmoyant.
Riche de nombreux intervenants (experts en culture pop, nouvelles technologies ou médias, avocats), le documentaire, qui voit Ghyslain Raza se confronter à l'un de ceux qui avaient publié la fameuse vidéo, se veut enfin un moyen d'alerter les jeunes d'aujourd'hui, très connectés, qui seraient victimes de cyberharcèlement. Le Québécois est ainsi allé échanger sur le sujet avec des élèves de son ancienne école.
"Dans la mesure où des gens peuvent vivre des situations difficiles aujourd'hui, c'est certainement quelque chose qui m'encourage à prendre la parole", déclare celui qui est considéré comme "le patient zéro de la viralité". "Ca m'encourage à dire "on peut passer au travers et on est pas obligés de se laisser définir par des événements comme ceux-là."