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    Salam : "Mélanie ne renie pas du tout Diam's"
    2 juil. 2022 à 09:00
    Mégane Choquet
    Mégane Choquet
    -Journaliste
    Journaliste spécialisée dans l'offre ciné et séries sur les plateformes quel que soit le genre. Ce qui ne l'empêche pas de rester fidèle à la petite lucarne et au grand écran.

    Après une présentation au Festival de Cannes, le documentaire Salam a droit à une sortie en salles exceptionnelles. Anne Cissé, l'une des réalisatrices, est revenue sur sa rencontre avec Diam's et sur la manière dont le film a vu le jour.

    C'était l'un des documentaires évènement de la 75ème édition du Festival de Cannes : Salam bénéficie d'une sortie exclusive au cinéma les 1er et 2 juillet avant une mise en ligne sur la plateforme BrutX à la rentrée.

    Des années après avoir mis un terme à sa carrière musicale, Mélanie (Diam's) choisit de se raconter à coeur ouvert sur ses moments de gloire, ses moments de doute, ses échecs, la psychiatrie, la recherche d'un sens à donner à la vie et sa conversion à l'Islam. Elle aborde des sujets durs, parle de dépression, de pensées suicidaires et de la pression médiatique.

    Salam
    Salam
    Sortie : 1 juillet 2022 | 1h 20min
    De Diam's, Houda Benyamina, Anne Cissé
    Avec Diam's
    Presse
    1,9
    Spectateurs
    3,0

    Pour raconter ce chemin vers la paix intérieure et cette transition vers cette nouvelle existence loin des paillettes et du showbiz a définitivement tourné la page, Diam's a travaillé avec Houda Benyamina (Divines, The Eddy) et Anne Cissé (Vampires) qui ont écrit et réalisé ce documentaire produit par Black Dynamite et Brut. Rencontrée à Cannes, la réalisatrice et scénariste Anne Cissé nous raconte ce projet attendu et ce que Diam's a voulu transmettre à son public à travers ce documentaire.

    AlloCiné : Qu'est-ce qui a poussé Mélanie (anciennement Diam's), aujourd'hui très discrète, à se lancer dans ce projet de documentaire ?

    Anne Cissé : Mélanie m'a expliqué que cela faisait dix ans déjà que des producteurs l'approchaient pour faire de la fiction autour de son histoire. Ils évoquaient des films ou des séries et je pense qu'elle n'était pas encore prête à voir quelqu'un d'autre s'emparer de cette histoire là. Souvent, quand on lui proposait ce genre de projets, on se contentait de narrer l'histoire de la rappeuse qui s'arrête après la conversion.

    Et elle avait envie de raconter l'après conversion, où il se passe des choses qu'on montre très rarement. Quand des producteurs sont venus lui proposer un projet où elle avait carte blanche, elle a accepté. Mais elle ne savait pas faire de films, elle a donc rencontré Houda Benyamina via son amie Adèle Exarchopoulos. Et je suis arrivée sur le projet pour structurer le récit, étant scénariste et réalisatrice. Et comme on s'est très bien entendu, on a décidé de coréaliser ce documentaire.

    Même si le documentaire ne revient pas en détails sur sa carrière musicale, il y a des passages qui reviennent sur sa relation avec ses fans, ses récompenses et ses concerts. C'était important de ne pas minimiser cette partie majeure de son histoire ?

    Mélanie ne renie pas du tout Diam's, ça fait partie de ce qu'elle est. Je pense qu'elle est heureuse d'avoir vécu ce qu'elle a vécu et d'avoir traversé tout ça avec un public qui l'a beaucoup aimé, qui l'aime toujours. La première chose qu'elle m'a dit était qu'elle n'était pas très active sur les réseaux sociaux mais qu'elle parle avec beaucoup de gens en privé. Le soutien du public lui est cher.

    C'est cette sensation qu'elle a retrouvé quand on a tourné dans la salle de concert du Zénith qui lui était plus agréable que lorsqu'on est revenu sur ses trophées, qui représentent plus l'industrie de la musique, qui était quelque chose de plus douloureux pour elle. Mais on sent quand même que la page est tournée et qu'il n'y a pas de regrets ou de rancunes ni de remords.

    Black Dynamite / Brut / M by M

    Outre la salle de concert du Zenith, vous placez souvent Mélanie (Diam's) dans des grands espaces ou des grandes étendues comme le désert, tout au long du documentaire, où on la voit marcher et passer de lieux sombres à des endroits plus éclairés. Avec cette mise en scène, vous représentez son cheminement de pensée.

    Oui, le documentaire est composé de deux parties. La première partie est très sombre puisqu'on parle de souffrances psychologiques, de sujets qu'elle n'avait jamais abordés avec sa mère. Très vite, le film s'ouvre vers des étendues plus lumineuses et ce parti pris s'explique par le fait que Mélanie est très connectée à la nature. Elle parle de religion et d'Islam mais elle parle surtout de spiritualité.

    Elle a trouvé ça dans l'Islam mais on peut la trouver n'importe où. Elle avait envie d'amener le public dans des endroits qui l'ont touchée. Et si on la mise seule et petite dans ces grands espaces, c'est parce qu'elle est finalement devenue toute petite, elle est passée de star à anonyme, une personne privée et simple.

    Lorsque vous avez discuté des sujets qu'elle voulait aborder dans le documentaire, est-ce que Mélanie a imposé des limites ou mis son véto sur certains aspects de sa vie ?

    Non, elle voulait évoquer les questions de souffrance psychologique. C'était important pour elle parce qu'elle reçoit des messages de personnes en souffrance qui l'appellent à l'aide, comme quand elle était Diam's. Elle avait envie de dire avec ce film "Je suis là, je comprends, je suis passée par là et on peut s'en sortir". Elle ne dit pas que son chemin est le bon ou que tout le monde doit l'adopter mais que chacun peut trouver son propre chemin. Elle ne voulait pas traiter son mal-être de manière superficielle.

    Elle l'a toujours abordé de manière plus ou moins douce dans ses chansons, comme dans "T.S." où on comprend qu'elle a fait une tentative de suicide. J'étais là quand elle parlait avec sa mère et il faut s'imaginer que Diam's faisait un concert le soir et se retrouver internée le lendemain avec le visage scarifié. C'était important pour elle d'aborder ces choses dures qui lui sont arrivées pour expliquer qu'on peut s'en sortir mais que ça peut arriver à tout le monde.

    C'est toujours une artiste. C'est ce qui m'a surpris quand je l'ai rencontrée. Diam's a quitté la scène mais Mélanie est une artiste dans l'âme. Elle a toujours écrit, elle est très poétique. Et dans certains des entretiens, je pense qu'elle ne se rend même pas compte qu'elle est presque en train de slamer, qu'elle scande ses mots. C'est très naturel et elle n'était pas Diam's par hasard.

    Il y a beaucoup de témoignages aussi dans le documentaire de personnes proches de Mélanie, qui n'ont pas l'habitude de prendre la parole et qui se mettent en scène avec un éclairage fait uniquement sur leur visage. Est-ce que Mélanie a choisi ses intervenants ?

    Oui, elle avait envie de faire parler ceux qui étaient présents et qui ont vécu les choses avec elle, et pas les amis de circonstance. Elle a choisi des personnes qui étaient détentrices d'un secret. Quand j'ai mené les interviews, tout le monde était très ému. Je les avais eu au téléphone avant et c'est aussi pour ça, le parti pris du clair obscur, c'est qu'on voulait plonger toute l'équipe technique dans le noir pour avoir une ambiance propice à la conversation et au recueil de la parole.

    Et puis on s'est rendu compte au montage qu'il se passait beaucoup de chose sur les visages donc on a voulu se concentrer dessus. Et comme ils prennent la parole avant Mélanie, c'était un moyen aussi de faire oublier son voile. Comme on est habitué à être concentré sur les visages grâce à cette mise en scène et ce montage, on oublie le voile de Mélanie quand c'est à elle de prendre la parole.

    Black Dynamite / Brut / M by M

    Le documentaire a un certain rythme musical avec la voix de Mélanie qui raconte et qui slame presque sur les images. Est-ce que c'était volontaire ?

    C'est toujours une artiste. C'est ce qui m'a surpris quand je l'ai rencontrée. Diam's a quitté la scène mais Mélanie est une artiste dans l'âme. Elle a toujours écrit, elle est très poétique. Et dans certains des entretiens, je pense qu'elle ne se rend même pas compte qu'elle est presque en train de slamer, qu'elle scande ses mots. C'est très naturel et elle n'était pas Diam's par hasard.

    Elle avait envie de reprendre la parole avec une voix off. C'est plus facile aussi pour elle j'imagine de commenter sur les images plutôt que d'être face caméra. La voix off lui a permis de laisser libre cours à sa poésie, à sa rêverie et à son émotion. Même si elle a été très généreuse dans les entretiens.

    Est-ce que vous aviez pensé à évoquer des sujets plus politiques ? Elle a été la voix de toute une génération dans un certain contexte politique mais elle pourrait toujours l'être aujourd'hui. Ses chansons sont souvent remises sur le devant de la scène dans les périodes de cristallisation dans la société française.  

    Mélanie vit maintenant dans une sphère privée, elle n'a pas envie de créer des vagues. C'est quelqu'un qui est dans l'apaisement et plutôt dans la réconciliation. Elle a envie que les gens se parlent. Par exemple, ma mère est fan et quand elle a vu le film, elle m'a dit "Je ne la retrouve plus, elle qui était si en colère". Et je lui ai dit que c'était tant mieux.

    J'en ai parlé à Mélanie et elle était contente qu'elle ait perçue ce changement. Elle a envie de créer le dialogue, elle ne cherche pas à créer de polémiques. Avec ce film, elle a trouvé le bon écrin pour favoriser ce dialogue et livrer sa parole sans qu'elle ne soit interprétée. J'espère et je pense que la jeunesse a d'autres icônes contemporaines.

    Propos recueillis par Mégane Choquet le 27 mai 2022 à Cannes.

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