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    Il nous a choqués, il nous a bouleversés... Qui est ce génial réalisateur coréen à qui l'on doit Decision to Leave ?
    2 juil. 2022 à 12:20
    Emilie Schneider
    Emilie Schneider
    -Journaliste
    Amatrice d’œuvres étranges, bizarres, décalées et/ou extrêmes, Emilie Schneider a une devise en matière de cinéma : "si c'est coréen, c'est bien".

    18 ans après "Old Boy" et son Grand Prix, Park Chan-wook est reparti du dernier Festival de Cannes avec le Prix de la mise en scène pour "Decision to Leave", en salles depuis mercredi. Retour sur le parcours de ce réalisateur majeur du cinéma coréen.

    Il fait partie, avec ses compatriotes Kim Jee-woon (J’ai rencontré le Diable) et l’Oscarisé Bong Joon-ho, des cinéastes qui ont participé au renouveau du cinéma coréen il y a près de vingt ans et lui ont permis de s’exporter au-delà des frontières de la péninsule, au point de s’imposer désormais comme l’une des industries les plus dynamiques et stimulantes du paysage cinématographique mondial. Park Chan-wook est de retour avec Decision To Leave, une variation autour de la figure de la femme fatale, dans laquelle un enquêteur succombe au charme de sa principale suspecte.

    Decision To Leave
    Decision To Leave
    Sortie : 29 juin 2022 | 2h 18min
    De Park Chan-Wook
    Avec Tang Wei, Park Hae-il, Go Kyung-pyo, Yong-Woo Park, Lee Jung-Hyun (II)
    Presse
    4,0
    Spectateurs
    3,8
    Séances (120)
    Des débuts compliqués

    S’il est désormais une figure incontournable du cinéma coréen (et mondial), tout n’avait pas commencé sous les meilleures auspices pour lui. Passionné de cinéma depuis son plus jeune âge, c’est pourtant en philosophie qu’il obtient son diplôme. Fils d’un architecte, il se destine à une carrière de critique d’art, avant de se lancer dans la réalisation en 1992 avec The Moon Is... The Sun's Dream, un film de gangsters se déroulant à Busan.

    Ce premier long est un échec cuisant et l'aspirant cinéaste se tourne en 1994 vers la critique cinéma. Il publie un recueil de ses articles avant de retenter l'expérience de la réalisation en 1997 avec Trio, un portrait comique de trois personnages hors-la-loi. Là encore, il se confronte à un flop et se donne une dernière chance de percer en tant que réalisateur.

    Un premier grand succès populaire

    Heureusement pour lui, le troisième essai sera le bon. En 2000, le thriller JSA (Joint Security Area) attire plus de cinq millions de spectateurs en Corée du Sud et demeure l'un des plus gros succès au box-office national. Le film, relatant une enquête sur un meurtre perpétré sur le pont du Non-Retour, à la frontière de la Corée du Nord et de la Corée du Sud, est aussi bien ambitieux dans sa forme que dans son fond. Il s’agit d’une des très rares productions à l’époque qui évoquent aussi frontalement les relations entre les deux territoires.

    La trilogie de la vengeance

    2002 est une année clé pour le cinéaste qui parvient à concrétiser un projet de longue date : Sympathy for Mr. Vengeance, soit la descente aux enfers d'un homme ayant kidnappé une petite fille dans l'espoir de soigner sa soeur avec l'argent de la rançon.

    Bac Films
    Old Boy (2004)

    Un an plus tard, il poursuit sur la thématique de la vengeance en adaptant le manga Old Boy avec Choi Min-sik dans le rôle principal. Sélectionné en Compétition à Cannes (l'année où Quentin Tarantino est Président du Jury), le film obtient le Grand Prix et consacre au passage le réalisateur sur la scène internationale. L'histoire de cet homme kidnappé, emprisonné durant 15 ans puis relâché sans aucune raison apparente, a permis à Old Boy de s'imposer rapidement au rang de film culte.

    Après avoir signé l’un des segments du triptyque 3 extrêmes, il achève en 2005 sa "trilogie de la vengeance" avec Lady Vengeance, centré cette fois, comme son titre l'indique, sur un personnage féminin. Accusée du meurtre d'un petit garçon, l'héroïne entreprend de se venger à sa sortie de prison. Une œuvre violente empreinte d'un humour noir incisif qui révèle tout le talent du cinéaste.

    Une adaptation sanglante d’Emile Zola

    Il s'essaie à un registre plus léger en 2007 avec Je suis un cyborg, une histoire d'amour à la fois loufoque et mélancolique entre deux patients d'un hôpital psychiatrique. Un film qu'il qualifie lui-même de "bouffée d'oxygène" entre ses différents projets et qui lui vaut d'être distingué à la Berlinale par le prix Aflred Bauer récompensant le film le plus novateur de la sélection.

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    En 2009 sort sur nos écrans Thirst, ceci est mon sang, une audacieuse relecture de Thérèse Raquin d'Émile Zola avec... des vampires ! On y suit en effet la romance interdite entre un prêtre devenu une créature de la nuit et la femme de son ami. Il y dirige pour la quatrième fois son acteur fétiche Song Kang-Ho. Le long-métrage obtient le Prix du Jury au 62ème Festival de Cannes.

    Un talent sollicité à l’échelle internationale

    Trois ans plus tard, le Coréen s'exporte aux USA pour la première fois avec Stoker. Il dirige dans ce thriller familial, écrit par Wentworth Miller (le Michael Scofield de Prison Break), Nicole Kidman et Mia Wasikowska. En 2016, il revient dans sa Corée natale avec le sulfureux Mademoiselle, adapté du roman de l'auteur britannique Sarah Waters, Du bout des doigts

    S'il repart bredouille du Festival de Cannes où le film est en compétition officielle, le réalisateur revient l'année suivante sur la Croisette en tant que membre du jury, sous la présidence de Pedro Almodovar et aux côtés de Will Smith et Jessica Chastain. En 2018, Park Chan-wook se frotte à un nouveau format avec la mini-série d'espionnage britannique The Little Drummer Girl, portée par Alexander SkarsgårdFlorence Pugh et Michael Shannon.

    Retour aux sources

    Depuis le 27 juin, il est de retour dans les salles françaises avec Decision To Leave, thriller romantique dans lequel un détective s'éprend d'une veuve qu'il soupçonne du meurtre de son mari. Dénué des scènes chocs auxquelles le réalisateur nous a habitués, ce film semble en apparence marquer une accalmie dans son style. Il le qualifie de « film pour adultes. Au lieu de raconter une histoire de deuil en la considérant comme un événement tragique, j’ai cherché à l’évoquer avec subtilité, élégance et humour, d’une manière qui touchera les adultes. »

    CYRIL MOREAU / BESTIMAGE
    Tang Wei, Park Chan-wook et Park Hae-il au photocall de "Decision To Leave" lors du 75ème Festival International du Film de Cannes, le 24 mail 2022.

    Il s’agit pourtant d’un retour aux sources pour Park Chan-wook, qui rend ici un hommage à celui qui l’a influencé et l’a poussé à faire du cinéma : Alfred Hitchcock. C’est en effet durant le visionnage de Sueurs froides lors d’une soirée étudiante qu’il découvre sa vocation. Une projection d’autant plus importante qu’il y rencontre celle qui deviendra son épouse.

    À l'instar de l'obsession que nourrit James Stewart pour la mystérieuse Kim NovakPark Hae-il campe un détective coréen consciencieux qui se met à suivre et observer la principale suspecte de son affaire, une veuve chinoise (Tang Wei) qui semble peu affectée par la mort de son mari. Sa filature se transforme en jeu de séduction et leurs séances d'interrogatoire deviennent des simulacres de rendez-vous galants. 

    Si Decision To Leave n'a pas permis à Park Chan-wook de décrocher la Palme d'or au dernier Festival de Cannes, où le film était en compétition officielle, cet habitué de la Croisette est toutefois reparti avec le Prix de la mise en scène. « Je voulais réaliser un film susceptible de séduire le spectateur et de le captiver de manière progressive et quasi imperceptible ». Pari réussi.

    La bande-annonce de Decision To Leave, actuellement en salles :

     

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