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Les hommes en noir, Will Smith, Tommy Lee Jones et Frank le chien : à l'occasion de la sortie de MIIB ce mercredi 7 août, Barry Sonnenfeld est revenu pour AlloCiné sur les nouvelles aventures des agents J et K. Retrouvez les confidences d'un réalisateur venu d'ailleurs, définitivement "in black"...
Avec "MIIB", vous n'aviez pas l'intention de refaire le premier "Men in Black" en mieux, mais de faire quelque chose de différent. Comment y êtes-vous parvenu ?
En règle générale, lorsque l'on tourne le deuxième volet d'un film, il faut que cette suite soit relativement identique au premier volet. Prenons les James Bond, par exemple. Il faut que dans chacun des James Bond, il y ait la super séquence qui précède le générique, avec les avions, les parachutes... La superbe voiture est également indispensable dans chacun des épisodes. Et, puis, que serait un James Bond sans Miss Moneypenny, M et Q ?
En revanche, le succès de Men in black provenait en partie du fait que ce film était différent et inédit à sa sortie. Quand Sony m'a proposé de tourner le deuxième volet, je leur ai répondu que la seule façon de réussir une suite était de s'assurer que Will Smith et Tommy Lee Jones participent à ce deuxième volet. Sans eux, le film serait dépourvu de coeur, âme, et humour. Je ne suis pas un très bon réalisateur de films d'action et je suis incapable de faire un film encore plus grand, avec encore plus d'explosions ou avec des extraterrestres plus féroces. Il me fallait donc faire deux choses. Puisqu'il m'était impossible de donner au deuxième volet le même degré d'originalité que le premier, il fallait reprendre les éléments à succès du premier film, c'est-à-dire Tommy, Will, Frank le chien, les vermisseaux extraterrestres... et essayer de le rendre le plus drôle possible. Mon défi était donc d'empêcher que le film ne prenne trop d'ampleur, tout en le rendant plus comique encore que le premier.
Vous avez dit que malgré les effets spéciaux et la science-fiction, "Men in Black" est avant tout une comédie. Était-ce un aspect essentiel du projet à vos yeux ?
Oui. Je me souviens, juste avant la sortie du premier Men in Black, j'avais appelé Steven Spielberg –producteur exécutif des deux volets– et je lui avais dit : "Ecoute, Steven, ce film ne marchera ni en tant que film de science-fiction ni en tant que film d'action". Il y a très peu d'explosions et de sang. Men in Black est un "buddy movie". C'est l'histoire d'une grande amitié entre deux hommes – le tout saupoudré de paillettes et d'artifices pour vous donner l'impression que vous êtes en train de regarder une grosse production.
Certes, ces films suivent une certaine logique. Sur le plan philosophique, ils montrent que le monde est bien plus vaste que nous ne le pensons, qu'il ne faut pas se fier aux apparences, que nous devrions prendre la vie davantage du bon côté et nous montrer plus tolérants. Mais, en ce qui me concerne, tout cela n'est qu'un aspect très subversif et mesuré de ces deux films. À la base, ce que je veux faire avec Men in Black, c'est faire rire le public. C'est que nous avons essayé de faire avec le premier volet et encore plus avec le deuxième.
C'est votre troisième collaboration avec Will Smith après "Men in black" et "Wild wild west". Comment le décririez-vous ?
Will Smith est tellement doué, beau, sûr de lui, décontracté et arrogant que ça énerve. Et, ce mélange d'arrogance et de confiance en soi, mêlé à de la beauté, de l'humour farfelu et de la générosité... Il est également quelqu'un de très généreux, altruiste et gentil. Will est une drôle de dichotomie. Il est arrogant sans pour autant l'être car il est convaincu de son talent. Et, ce qui m'énerve, c'est que c'est vrai ; il est vraiment extrêmement doué !
Et Tommy Lee Jones ?
Tommy Lee Jones est extrêmement drôle. Son humour est unique de par sa ruse et son côté secret. Certaines personnes le trouvent quelque peu intimidant, voire même vieux jeu. Or, sa vision du monde est très réaliste. Et, en fait, l'humour de Tommy Lee Jones provient du fait qu'il dit les choses comme elles sont. Mais, quelquefois, dans une situation étrange et déjantée, il s'avère que celui qui dit "On est mal là !" est le comique du groupe. Donc, Tommy ne se rend pas compte à quel point il est drôle, et Will se croît plus drôle qu'il ne l'est vraiment.
Le troisième agent de l'histoire, c'est Frank le roquet, qui est devenu un personnage majeur dans "MIIB". Parlez-nous de ce chien déjanté...
Une des choses que nous voulions faire avec MIIB était de faire en sorte qu'il soit plus drôle encore que le premier volet. Nous y sommes parvenus, entre autres, avec Frank le roquet. Frank est un chien qui parle, devenu un des agents de Will Smith. D'ailleurs, il n'est pas seulement un chien qui parle, c'est surtout un extraterrestre.
Si le personnage de Frank est drôle, ce n'est pas uniquement dû au fait qu'il parle. Deux éléments font qu'il est vraiment drôle. Tout d'abord, il est LE new-yorkais par excellence. C'est un peu un emmerdeur, il fume des cigares, c'est un coureur de jupons, il explique ses techniques de drague. Cela permet à l'humour du début du film de fonctionner tout aussi bien que plus tard dans le film, bien que la tendance soit inversée. Dans les deux derniers tiers du film, Will Smith devient le comique de l'équipe tandis que Tommy Lee Jones devient le personnage qui a les pieds sur terre. Alors que dans le premier tiers, avant que Tommy ne rejoigne l'équipe, c'est au personnage de Will que revient la tâche d'être sérieux. Il prend le relais sur le personnage de Tommy. C'est pour cela qu'il faut donc quelqu'un qui puisse servir de contrepartie au personnage de Will. C'est excellent de le voir réagir face à un chien qui parle et qui chante.
Une des scènes les plus drôles du film est celle avec Frank le chien qui a la tête à l'extérieur de la voiture, et qui est en train de chanter une chanson de disco, I Will Survive. Ce qui rend cette scène comique, ce n'est pas le simple fait que Frank soit en train de chanter, c'est aussi et surtout de voir Will, au volant, essayant de ne pas s'énerver, de rester impassible. Plus Frank continue à chanter, plus le public s'identifie à Will Smith. Ce qui est comique est que les spectateurs se mettent à rire en regardant Will Smith. Nous nous mettons tous à penser la même chose, que ce soit Will ou le public : "Pendant combien de temps encore Frank va-t-il continuer à chanter cette chanson idiote et banale ?" Plus il continue, plus cela devient drôle, mais uniquement parce que Will est dans la scène. Puis, plus tard dans le film, Will peut reprendre son rôle de clown. Et, la seule raison pour laquelle il peut le faire, c'est parce que Tommy Lee Jones est également dans la scène, en train de le regarder et de se demander : "Mais, que diable est-il en train de faire ?" Voilà donc le rôle de Frank dans le premier tiers du film.
Et seriez-vous prêt à diriger Frank le roquet dans une aventure "rien qu'à lui" ?
Juste après le week-end de la sortie de MIIB, Sony Pictures m'a téléphoné pour me dire : "Il faut absolument faire un film avec Frank le chien comme personnage principal !" Et, ce que je vous ai expliqué, je l'ai également expliqué à Sony. Le personnage de Frank ne peut être drôle que s'il y a quelqu'un lui servant de contrepartie. À mon avis, si l'on tournait un film avec Frank comme protagoniste, accompagné peut-être de ses copains, les vers de l'espace, il serait indispensable de déterminer qui dans le film servirait d'observateur, de personnage sérieux.
On ne peut avoir d'action sans réaction. C'est la même chose avec une comédie. On ne peut avoir quelqu'un de drôle sans qu'il y ait quelqu'un en contrepartie pour représenter la réaction du public. Votre question est plutôt intéressante parce qu'il est fort possible que Sony décide de se lancer sur cette voie. Mais, je les aurai prévenus : sans personnage sérieux, il ne peut y avoir de personnage comique.
Pouvons-nous attendre un prochain "Men in black : épisode 3" ?
Vous savez, bizarrement, je pense qu'il est fort possible que nous nous revoyons d'ici cinq, six ou sept ans, dans cette même pièce – ce que j'espère, car cet hôtel est magnifique ! – à Paris, pour parler de Men in black 3. Will Smith a proposé une superbe idée pour le troisième volet. Je me suis toujours dit que si jamais j'étais mené à tourner un troisième volet, il faudrait impérativement que ce film soit non seulement encore plus comique, mais qu'il revête également une facette plus philosophique. Je voudrais aussi que ce film inclue, d'une façon ou d'une autre, de la mécanique quantique ou bien, la théorie des supercordes. Will Smith a eu l'idée d'une comédie qui est vraiment intelligente et différente, et qui mêle de façon subtile tous ces différents thèmes. Je pense donc qu'il sera possible de tourner un troisième MIB, qui soit mieux, plus comique et plus intéressant que les deux premiers. On verra...
Pouvez-vous nous parler de cette idée ou est-ce un secret ?
Ah non ! L'idée reste secrète pour l'instant parce que ce sera sans doute quelque chose de complètement différent. Je vais sans doute paraître idiot. C'est trop compliqué à expliquer...
Propos recueillis par Yoann Sardet
Traduction : Camille Joubert - Montage : Michel Weinstein
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