un polar d’un autre genre
Des routes de l’Est aux salles de rédaction, Rapaces nous embarque dans un thriller, entre journalisme et enquête de terrain. Ici, pas de flics. Seulement des journalistes aux méthodes musclées. Leur terrain de chasse : les faits divers. Leur QG : la rédaction du Nouveau Détective, fondée par Gallimard, temple du fait divers. C’est là que débarque Ava, stagiaire, pas franchement passionnée de crime, mais curieuse de se rapprocher d’un père qu’elle connaît mal.
Samuel, son père, est un journaliste habité. Joué par Sami Bouajila,
il enquête sur le meurtre d’une adolescente dans le Nord. L’affaire lui rappelle un autre dossier. Même région, même mode opératoire. Et si les deux crimes étaient liés ? L’obsession monte. L’enquête prend le pas sur tout. Même sur la relation avec sa fille.
Le duo formé par Bouajila et Wanecque fonctionne. Leur complicité se construit scène après scène, tout en tension retenue. Ava s’implique malgré elle. Elle apprend à regarder. À écouter.
Et peut-être à devenir, à son tour, une cible. Le danger rôde. Le film glisse doucement vers un territoire plus sombre : celui d’un groupe masculiniste. Une menace bien réelle, bien ancrée dans l’actualité
Visuellement, Rapaces soigne son image. Flous maîtrisés, lumières brutes, ambiance pesante. La mise en scène est nerveuse, parfois stylisée, mais jamais gratuite. Peter Dourountzis est un maître en la matière . Il bouscule les genres. Le film démarre presque comme un documentaire sur la presse, avant de basculer vers le thriller. Une prise de risque qui paie
L’intrigue rappelle un fait divers célèbre : la mort d’Élodie Kulik, en 2002. Le lien n’est pas caché. C’est une inspiration assumée. Et c’est aussi ce qui donne au film son ancrage réaliste
. Ce n’est pas une histoire inventée de toutes pièces, c’est le reflet d’un monde bien réel, où ces journalistes sont parfois les derniers à chercher la vérité.
Le film vaut aussi pour ses seconds rôles. Jean-Pierre Darroussin, Stefan Crépon : des présences fortes, bien écrites, bien jouées. Personne ne triche. Tous les personnages ont une épaisseur. On sent le vécu. On sent l’usure.
Et puis il y a ce moment. Une scène clé. Un restaurant. Une séquence tendue comme un câble. À elle seule, elle justifie le détour. De ces scènes qu’on n’oublie pas.
Rapaces, c’est un polar original, tendu, efficace. Un film de genre qui sort des sentiers battus. Un road-movie journalistique. Un regard sur un métier souvent fantasmé, rarement montré de l’intérieur. Et un film engagé, sans donner de leçon.
Pas besoin d’un uniforme pour enquêter. Parfois, un stylo et un dictaphone suffisent. Mais il faut savoir où regarder. Et oser y aller.
J’ai été pris par l’émotion, le suspense, l’histoire, j’ai tout aimé.
Il y a un seul truc que je regrette, le titre. Mais c’est un détail