Morgan S. Dalibert a été contacté par Clément Miserez de la société de production Radar Films. Il existait déjà une version avancée du scénario de Rapide sur laquelle ce dernier avait travaillé avec David Moreau. "J’aimais beaucoup cette idée de course automobile vue d’un point de vue féminin, d’autant qu’à cette époque je ne recevais que des scripts de polars, des films très masculins ! Je savais que j’allais avoir la chance de prendre le temps de choisir le projet d’après et celui-là a de suite retenu mon attention", raconte le réalisateur.
Si Rapide met en scène une jeune femme dans un milieu d'hommes, le réalisateur ne considère pas pour autant qu'il s'agit d'un film féministe : "les enjeux de l’histoire auraient été les mêmes s’il s’était agi de celle d’un gamin pauvre débarquant dans le milieu très riche de la F1. Je suis ravi de filmer une femme dans cet univers-là mais le fait que Max soit une femme n’est pas le cœur du film ; ce qui m’a plu c’était de raconter l’histoire d’un outsider, quelqu’un qui n’est pas du sérail [...]".
Morgan S. Dalibert regardait les retransmissions de course automobile à la télévision quand il était petit mais s'est désintéressé de ce sport en grandissant, à l'exception du parcours de quelques grands sportifs, comme Sébastien Loeb. "En fait, je n’aime pas vraiment la vitesse, j’ai toujours considéré ça comme un danger avant tout", admet-il. C'est en passant en revue avec Alban Lenoir des sujets potentiels de futurs films que les deux hommes se sont mis à regarder la série documentaire Netflix Formula 1 : pilotes de leur destin, et ont replongé dans ce sport, comme le raconte le réalisateur : "Nous sommes tous les deux très fans des jeux vidéo, notamment un où chacun a la possibilité d’avoir sa voiture de course dans des écuries rivales. En plus, on venait de faire Balle perdue, [Alban] était devenu pote avec Esteban Ocon, (le pilote de F1 français) via les réseaux sociaux. Bref, on sentait qu’il y avait un truc, que c’était le moment..."
Alban Lenoir a joué dans tous les longs-métrages de Morgan S. Dalibert, dès Nouveau Monde en 2005. Ce dernier se remémore cette époque : "Alban est tombé sur l’annonce du casting sans vraiment y croire et il a passé les essais alors que je n’étais pas là. Mes coréalisateurs, (Mathieu Lalande et Thibault Monbellet), m’ont appelé en me disant qu’ils avaient vu un mec génial et m’ont envoyé la vidéo... Et là, j’ai trouvé Alban horrible, nul, ne sachant pas son texte, ne parlant pas anglais ! Il me faisait rire mais je n’en voulais pas pour le film. Mathieu et Thibault ont fini par me convaincre et nous sommes donc tous partis aux USA. C’est là que nous nous sommes découverts avec Alban et en effet, je le considère aujourd’hui comme mon grand frère..."
Les deux hommes ont aussi collaboré sur la série de Simon Astier, Hero Corp, où Dalibert était chef opérateur. Le réalisateur se réjouit de permettre à l'acteur de renouer avec le registre comique : "J’avais très envie de le retrouver dans ce registre, ce que permettait le personnage de Stan. Nous l’avons donc développé pour en faire un type plutôt haut en couleurs et je trouve qu’il apporte un second souffle original au récit." Alban Lenoir renchérit : "Moi je viens de Hero Corp, de Kaamelott, de Lazy Company ou des Gamins donc de la pure comédie. [...] J’adore cette idée de faire rire le spectateur, tout en étant très sincère et très premier degré, avec ce côté solaire que j’ai pu perdre petit à petit dans le cinéma d’action".
Le réalisateur a eu à cœur de se documenter sur le milieu de la course automobile : il a collaboré étroitement avec l'écurie française de Formule 1 Alpine, qui est partenaire du film, et dont l’Académie de pilotes met justement en avant les femmes ; ainsi qu'avec la Winfield Racing School, une académie française de pilotage. Il est aussi allé à la rencontre de plusieurs pilotes femmes, comme Lisa Billard, Sophia Floersch ou encore Abbi Pulling qui a remporté le championnat 2024 de F1 Academy.
Il précise : "Je me suis aussi intéressé au karting où les filles se challengent vraiment avec les garçons. Cela m’a permis de mieux comprendre les envies de gagner, l’engagement de ces jeunes femmes : le fait de s’illustrer dans un monde d’hommes n’est absolument pas le sujet pour elles. Ce qui leur plaît c’est la vitesse, la compétition et la rage de gagner..."
Morgan S. Dalibert voulait proposer un point de vue différent de ce qui a déjà été fait et a choisi de filmer le Grand Prix presque entièrement depuis les stands. Les films consacrés à la F1 sont rares en France, donc il avait peu de références sur lesquelles s'appuyer. Il rappelle qu'il s'agit d'un sport extrêmement complexe à filmer : "c’est vraiment difficile d’accrocher des caméras sur les véhicules ou de s’adapter à leur vitesse tout en imaginant des mouvements chorégraphiés".
Il précise : "Pour la course finale, j’ai fait réaliser un animatique très précis avec toutes mes envies mais aussi avec des extraits de vraies courses iconiques, notamment des départs incroyables où des pilotes qui partent en bout de grille parviennent à remonter 10 places en un tour !" Quant aux cascades plus classiques, elles étaient réalisées par l’équipe du coordinateur des cascades David Julienne.
À l'origine influenceuse, Paola Locatelli a fait ses débuts d'actrice dans les séries Chair Tendre et Jusqu'ici tout va bien, ainsi que dans une relecture moderne pour Netflix des Liaisons Dangereuses. Le réalisateur ne la connaissait pas et l'a découverte durant ses essais : "C’est un rôle pas si évident que cela, celui d’une jeune fille en réaction constante par rapport à ce qu’elle vit et on peut assez vite tomber dans la caricature de l’ado détestable. Paola joue sur ce fil-là et elle y amène son côté solaire en créant une véritable empathie vis-à-vis de Max. Il y avait sans doute une sorte de challenge du côté de la production à miser sur quelqu’un qui n’a pas encore fait ses preuves au cinéma et qui n’entre pas dans les cases classiques."
Pour la jeune femme, il s'agit d'un rêve devenu réalité : "J’aimerais faire de plus en plus de films mais aussi apprendre ce métier : prendre des cours, rencontrer celles et ceux qui le font pour encore m’améliorer. Le cinéma, c’est un rêve depuis que je suis toute petite. J’y suis arrivé un peu par hasard en étant d’abord influenceuse mais je n’y avais aucun contact puisque mes parents ne sont pas du tout issus de ce monde artistique."
Dans Rapide, Alban Lenoir arbore une moustache pour laquelle le réalisateur s'est battu ! Morgan S. Dalibert avait déjà tenté de lui en faire porter une dans AKA, en vain. Il confie : "Grâce à une formidable spécialiste des postiches, nous avons trouvé la bonne moustache pour Stan car, en même temps que le nôtre, Alban tournait son prochain film Les Orphelins pour Gaumont dans lequel il doit être rasé de près et porter un catogan ! Sans cela, question coiffure, j’aurais encore accentué son côté méché !"