Un pequeño extra
Plombé par la politique culturelle aussi inique que stupide du régime d’autocrate Xavier Milei, le cinéma argentin avait disparu des radars. Il fait un retour remarqué grâce à Federico Luis qui, pour son 1er film, - un des derniers financés par l’Institut National du Cinéma argentin avant sa fermeture par le président actuel -, se rapproche du célèbre par le thème du P’tit truc en plus mais avec l’humour d’Artus en moins. Simón a 21 ans et vit en Argentine. Depuis peu, il fréquente une nouvelle bande d’amis inattendue. Auprès d’eux, pour la première fois, il a le sentiment d’être lui-même. Mais son entourage s’inquiète et ne le reconnaît plus. Et si Simón voulait devenir quelqu’un d’autre ? Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes l’an dernier, un drame audacieux, mais posant des questions troubles sur la norme et l’énigme de l’identité. On en sort mal à l’aise.
Federico Luis lui-même a du mal à définir le genre auquel appartient son film. La question centrale du long-métrage est de connaître et comprendre les motivations de Simon à rejoindre ce groupe de personnes en situation de handicap. Si de nombreux films ont montré le handicap de manière positive, de sorte que le public s’attache aux personnages comme dans Forest Gump, Intouchables, Rain Man ou ce cinéaste a exploré le pendant plus sombre et manipulateur que peuvent avoir, comme tout individu, certaines personnes handicapées. Cette distance mise volontairement avec le handicap s’avère, pour moi, un défaut plus qu’un atout. Portrait d’un jeune homme en construction loin de l’angélisme béat sur les leçons traditionnelles de tolérance face à la « différence », je le répète, ces 98 minutes filmées au plus près des personnages, dérangent en nous maintenant dans une sorte d’« entre-deux » qui finit par nous rendre Simon antipathique voire éprouvant. La question reste de savoir ce qu'est la normalité mais, visiblement, il n'y a pas de réponse satisfaisante.
Pour ce tournage, le réalisateur a travaillé réellement avec des acteurs atteints de handicap, comme l’incroyable Lorenzo Ferro, ou Kiara Supin et Pehuen Pédié. J’ajouterai le nom de Maura Nevole, en mère dépassée. Voilà un film inconfortable dont on sort mal à l’aise avec un doute insidieux chevillé au cœur. Personnellement, j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce film, qui, pour un sujet aussi grave, entretient exagérément l’ambiguïté. A trop vouloir brouiller les cartes, on peut perdre la partie.