Ce film a été présenté à l'ACID au Festival de Cannes 2024.
Après À l'abordage, sorti en 2021, Guillaume Brac est retourné dans la Drôme pour filmer Ce n'est qu'un au revoir. Si dans le premier, il suivait pour l'essentiel des jeunes, originaires de Paris et sa banlieue, de passage dans la Drôme, il voulait cette fois s'immerger totalement dans cette région, qui lui est devenue plus familière au fil des ans, au point de s'y installer. "J’ai eu à cœur, cette fois-ci, de filmer une jeunesse ancrée dans ce territoire, où elle s’est forgée des souvenirs, des valeurs, des idéaux communs. Les deux films ont été tournés à Die, mais pas du tout avec le même regard", explique-t-il.
Si Guillaume Brac a l'habitude de travailler avec des écoles et des institutions, cela n'a pas été le cas pour Ce n'est qu'un au revoir. Il a choisi de filmer le lycée de Die, situé près de chez lui, car il passait régulièrement devant : "À cette époque, j’écrivais depuis plusieurs mois une fiction, une comédie, mettant en scène des lycéens et lycéennes, et petit à petit j’ai eu le sentiment de ne pas connaître suffisamment mes personnages, d’avoir du mal à sortir des stéréotypes. J’ai ressenti le besoin de mettre ce projet de côté et de tourner à la place un nouveau documentaire, pour raconter des jeunes dans leur réalité, leur singularité, et non pas tels que nous pouvions les imaginer avec ma scénariste."
Ce n'est qu'un au revoir suit un groupe de jeunes filles, Aurore, Nours, Jeanne et Diane à l’aube de leur départ pour l’université. Guillaume Brac voulait filmer un groupe d’amis, filles ou garçons, et a fait savoir qu'il cherchait un groupe déjà constitué pour un projet documentaire. Finalement, ce sont les jeunes filles qui sont venues le trouver, car elles souhaitaient conserver une trace de ce qu'elles avaient vécu ensemble. Le réalisateur se souvient avoir été un peu effrayé par elles, mais aussi curieux, car elles étaient assez éloignées de sa propre adolescence, ou des adolescents qu'il connaissait : "j’ai découvert chez elles une maturité, une capacité singulière à articuler leur pensée, une conscience politique aigüe. Je sentais qu’elles incarnaient assez fortement quelque chose de ce territoire".
Les protagonistes ne devaient pas interagir avec le réalisateur, le chef-opérateur ou l'ingénieur du son lorsque la caméra tournait, sauf si elles souhaitaient stopper la prise. En amont du tournage, les adolescentes ont fait de petits exercices filmés pour apprivoiser la présence de la caméra. Guillaume Brac revient sur le processus : "Nous nous sommes également mis d’accord sur le principe de discuter des scènes au préalable. Plus précisément, de choisir ensemble le point de départ, évidemment toujours lié à leurs préoccupations immédiates et à ce qu’elles vivaient à ce moment-là. Ensuite, ce sont elles qui emmenaient la scène là où elles le souhaitaient. L’idée étant de ne pas faire un film sur elles, mais avec elles. La nuance est essentielle."
Ce n'est qu'un au revoir se déroule dans un établissement public, un lycée de secteur qui a a priori un fonctionnement similaire aux autres lycées en France. "Mais il est situé dans une région très alternative et assez enclavée, nichée dans la vallée de la Drôme, au pied du massif du Vercors. Des années 60 jusqu’à aujourd’hui, beaucoup de hippies, de néo-ruraux s’y sont installés, souvent animés par des idéaux collectifs et communautaires. Forcément, cet état d’esprit a imprégné ce lycée. Il dispose aussi d’un internat, proposant des options sport nature et cirque qui attirent des jeunes des communes et départements alentour ayant souvent des personnalités très affirmées", précise le réalisateur.