Ariella Mastroianni ("Aucun lien, fille unique", si certains se le demandaient) porte le film sur les yeux fatigués de son personnage, accablé d'une maladie mentale qui lui fait confondre réalité et fiction, l'empêche de savoir quel jour on est, et ralentit involontairement l'enquête dont il est le héros (malgré lui), et est autant spectateur de cette histoire que nous le sommes nous-mêmes (un parti-pris plutôt intéressant). Sur le papier, The Gazer est un thriller psycho plein de promesses, et il est vrai qu'il en tient quelques-unes, mais en laisse filer pas mal avec la candeur d'un premier film (dans le mauvais sens du terme). Alors oui, pour les deux "Michel Palaref" du fond de la salle, The Gazer pompe beaucoup sur du Cronenberg (surtout le
cube humain dans les rêves étranges
), mais le réalisateur ajoute directement que la référence principale, c'est The Conversation de Coppola (effectivement, c'est un personnage qui écoute les vies des autres, imagine des choses, et a des problèmes de chronologies mentales qui le font revenir souvent au même point). Si l'on a bien aimé l'ambiance entre Cronenberg et Coppola, l'actrice principale, et la fougue de ce premier film (le film n'accuse jamais sa débrouillardise : le film n'a eu aucun producteur, le réalisateur et Ariella ont tout financé de leur poche, et ont dégotté des lieux de tournage en coupant des cadenas de lieux privés à la pince-monseigneur... Et cela ne se voit pas, c'est plutôt propre à regarder), on a parfois du mal à justifier les ressorts de l'intrigue (on a été perdu par
les coups dans le coffre, alors qu'il n'y avait personne... C'était un délire de l'héroïne ? Cela expliquerait l'absence de sang...
), on tombe sur une histoire très voire trop alambiquée pour le film donné à voir. The Gazer s'emballe parfois, nous paume en chemin, cache mal ses références, mais a l'honnêteté de mettre le doigt sur une maladie mentale terrible (la dyschronométrie, le fait de n'avoir aucun sens du temps qui passe, de l'espace autour de soi, des visages des gens qui nous sont proches... Vraiment, terrible maladie qui vous fait sentir comme un fantôme dans votre propre vie, ce qu'a voulu raconter le réalisateur), et a l'avantage d'une fin loin d'être une happy-end cucul, mais plutôt une réalité désolante qui sied bien au teint de ce personnage principal tragique. Un thriller psycho étrange, très référencé, mais au personnage principal désarmant. Pas mal !