Une belle surprise que ce film de Nathan Ambrosioni son troisième long-métrage qui creuse le sujet de la famille, un thème qu'il a placé depuis ses débuts au cœur de sa filmographie et qui a valu à « Les enfants vont bien » de recevoir le Valois de diamant au Festival du film francophone d'Angoulême... Jeanne (Camille Cottin), sans enfants, vit seule dans une grande maison vide. Un jour, elle voit débarquer Suzanne (Juliette Armanet), sa sœur, qu'elle n'a pas vue depuis longtemps, avec ses deux jeunes enfants. Avant d'aller se coucher, Suzanne exprime son désir de parler avec sa sœur, mais Jeanne, fatiguée, préfère remettre cette conversation au lendemain.
Au réveil, cette dernière constate que sa sœur a quitté la maison en laissant un mot... et ses enfants, Gaspard et Margaux totalement déboussolés... Jeanne, sidérée, fait un signalement à la gendarmerie où on lui annonce qu'aucune recherche ne peut être lancée puisque Suzanne est une personne majeure. Une nouvelle vie commence alors pour Jeanne, et pour les deux enfants de sa sœur. Camille Cottin incarne avec une justesse bouleversante une femme confrontée à un chaos intime qu’elle tente de contenir. Le choix de la profession d’assureuse n’est pas innocent : habituée au pragmatisme, Jeanne doit affronter une tempête émotionnelle inédite. Face à elle, les jeunes acteurs Manoâ Varvat et Nina Birman remarquables, donnent au film une fraîcheur et une authenticité rares dans cette histoire de recomposition familiale forcée. Ils habitent le film avec une vérité brute, une intense fragilité qui bouleverse sans jamais forcer l’émotion...Manoâ Varvat , notamment impose un regard qui en dit long sur le désarroi d’un enfant confronté à une réalité qui le dépasse. Il devine sans comprendre perçoit les failles, les murmures d’adultes. A l’inverse Margaux encore trop jeune pour nommer le manque, le traverse avec une sorte d’insouciance...Cette dissymétrie des regards forme le cœur battant du film...Monia Chokri, dans le rôle de Nicole, l'amie discrète de Jeanne, et Guillaume Gouix dans celui du gendarme attentif, apportent une note de douceur et de lumière à cette histoire. Jouée par Juliette Armanet, Suzanne est paradoxalement au cœur de toutes les discussions, bien que son absence soit une constante. Nathan Ambrosioni signe là, un drame sensible qui explore avec délicatesse l’absence, la famille et la reconstruction. A voir...