Une version de Deliver Us From Evil (un excellent film coréen qu'on vous recommande chaudement) ultra-énervé, violent, et qui aime la tatane. La vraie, celle qui ne laisse jamais une égratignure sur la gueule du héros, pour qu'il retourne direct au combat et fracasse à tout-va. Celle qui trouve des idées de cascades absolument géniales et surprenantes. Le héros est assailli par dix gugusses qui grimpent vers lui ? Il descend en rouler-bouler sur la horde, en les dégommant d'un coup de pied gratos au passage. On lui fonce dessus avec un marteau tenu à l'horizontale (pour lui briser les côtes avec le manche) ? Il saute sur le manche. Sur le manche, oui, vous avez bien lu (on a cru halluciner). Mais quelle générosité, quel montage dynamique, quel binôme de héros qu'on suivrait au bout du monde, et quels méchants qu'on rêve de démonter en pièces détachées (des trafiquants d'enfants pour le plaisir sado-sexo de clients ignobles... Oui, on veut qu'ils aient mal, très très mal, et le film nous a entendu à travers l'écran : ça gicle, ça craque, ça désarticule de partout, et on en redemande pour ces fumiers). Tout en The Furious est une expérience de cinéma qui prend tout son sens dans une salle pleine d'amateurs de films hong-kongais "catégorie 3" (ceux qui sont énervés), aussi foncez si vous n'avez pas peur d'être impressionnés par les coups qui font mal (le "-12 ans" est un peu léger, quand on assiste à la fin qui n'en a plus rien à faire de la bienséance... On a adoré le concert de "Ouchhhh..." derrière nous : oui, le film passe la sixième et appuie sur le champi, on n'était pas prêt pour le bain de sang). Comment ne pas se laisser embarquer viscéralement par cette histoire de trafic d'enfants dont la petite fille a une bouille si attachante, dont le papa muet est un héros malgré lui adorable, forme un binôme parfait avec le mari qui cherche sa femme (dont on ne doute pas du destin, comme la scène d'ouverture est vicelarde à souhait : pauvre gosse !). Alors oui, ils se relèvent tous un milliard de fois sans une égratignure, tandis que le gars en charge des effets sonores abuse du son "fracture" (à la moindre baffe, on a droit au craquement d'os en bande-son), mais est-ce qu'on ne vient s'asseoir dans un fauteuil rouge de cinéma justement pour en prendre plein la gueule, nous aussi ? Est-ce qu'on n'a pas envie d'y croire, à cette baston constante de 2h, avec des cascades renversantes, un rythme frénétique qui a pris trop de Redbull, un sbire du grand méchant qui triche comme un pleutre (dans un film de kung-fu, le gars se ramène avec un arc et des flèches, sale tricheur, va !), un autre qui est une vision cauchemardesque de La Boule de Fort Boyard qui est increvable, des acteurs qui connaissent leur métier (Xie Miao vient de Ip Man, Joe Taslim de The Raid : dans les deux cas, ils savent voltiger et cogner), et réalisé par Kenji Tanigaki, le mec en charge des scènes d'action de la saga de films Kenshin (les quelques français qui connaissent ces très bons films de samouraïs sont en train de comprendre combien The Furious rassemble tous les gens qui comptent, pour la bagarre bien filmée). Inutile de faire plus long, The Furious est un condensé du scénario de Deliver Us From Evil et de l'envie viscérale de répondre à la maltraitance des enfants à coups de talon sur le pif de leurs bourreaux, étant certainement le film le plus palpitant qu'on verra cette année, ponctué de bruits de respirations admiratifs ou endoloris derrière nous, ce qui nous a rappelé pourquoi on aime autant le cinéma en salle.