J’ai complètement été séduite par The Ugly Stepsister, une relecture audacieuse et dérangeante du conte de Cendrillon. Ici, ce n’est plus la belle et douce héroïne que l’on suit, mais Elvira, l’une des demi-sœurs, une jeune fille ordinaire, malléable, dévorée par les injonctions sociales de son époque, prête à tout pour satisfaire les attentes d’un monde et d'une mère qui ne lui laissent pas d’autre choix que le mariage pour survivre.
L’histoire débute presque comme un roman gothique : Elvira vit avec sa sœur et sa mère, une femme rigide qui croit encore pouvoir redorer son blason social. Leur vie bascule lorsqu’elle épouse un homme qu’elle croyait fortuné, mais qui meurt presque aussitôt. Faute d’argent pour payer ses funérailles, son corps reste dans une pièce, en lente putréfaction, métaphore glaçante d’une famille qui s’effondre.
Au fil du récit, ce n’est pas seulement le cadavre qui se décompose. Elvira aussi, à sa manière, se défait d’elle-même. Elle s’épuise à remodeler son corps, inspirée et guidée par les poèmes du prince qu'elle lit et relit comme une incantation, dont elle s’est entichée. Obsédée par l’idée de lui plaire, elle se transforme, physiquement et moralement. En parallèle, Agnès, la belle-fille du défunt, glisse lentement dans le rôle de Cendrillon car elle a commis l'irréparable avec le garçon d'écurie, réduite à l’état de servante silencieuse. Le film joue habilement sur les symboles, jusqu’à frôler le body horror, donnant à ce conte un aspect profondément organique et perturbant.
Ce qui m’a vraiment touchée, c’est à quel point le film parvient à illustrer, malgré ses moyens limités, la violence des attentes faites aux femmes. Il dénonce sans lourdeur la nécessité, imposée à certaines époques (et encore aujourd’hui), de plaire, de séduire, d’atteindre un idéal souvent inatteignable comme l'a fait récemment The Substance, quitte à y perdre sa propre identité. Le parcours d’Elvira n’est pas celui d’une méchante sœur, mais d’une jeune fille brisée, qui croit sincèrement qu’il lui faut se sacrifier pour sauver sa famille de la ruine.
La mise en scène, bien que parfois modeste, est relevée par une direction d’acteurs remarquable et une atmosphère prenante. Les décors, lents et délabrés, ainsi que la bande son participent à cette sensation d’étouffement progressif. Et lorsque, dans les dernières scènes, Elvira découvre que seul l’amour de sa sœur peut encore la sauver, The Ugly Stepsister bascule d’un conte cruel à une forme de rédemption.
Ce film, à la frontière du drame psychologique, du conte et de l’horreur, est une belle réussite. Il renverse les codes du conte de fées pour en révéler toute la brutalité sous-jacente. Une œuvre sombre, mais nécessaire, qui questionne ce qu’il en coûte d’être une femme dans un monde qui exige trop.