Je crois que c'est officiel : je suis descendu du train Julia Ducournau. Même si j'avais beaucoup aimé "Grave", j'avais déjà été très déçu du visionnage de "Titane", ce dernier m'ayant laissé penser que le premier long-métrage de la réalisatrice avait peut-être été un coup de chance. Alors, en ressortant de ma séance de "Alpha", j'ai eu la sensation que cet avis commençait à réellement se confirmer. Même si j'ai un peu plus apprécié ce nouveau projet par rapport au précédent, je ne peux pas dire que je suis satisfait du résultat. Pourtant, dans son idée, le film propose encore un point de départ très intéressant. On est encore dans ce mi-chemin qu'essaye de porter la réalisatrice, où le genre cherche à amener une réflexion plus ancrée dans la réalité. Et encore une fois, dans le principe, je suis d'accord avec cette base. Malheureusement, dans ce mélange, le film n'est pas toujours très juste. Honnêtement, je pense que la partie m'ayant le plus mis d'accord va être celle appelant au genre, avec des emprunts à un certain cinéma fantastique, ou même horrifique. Par exemple, j'aime beaucoup la manière dont la photographie est gérée, car, si je suis d'accord avec ceux qui pensent qu'elle n'a rien de subtil, je trouve qu'elle reste de qualité. On a un vrai contraste entre des tons très rouges et un côté plus désaturé, ce qui est assez visible. Chaque approche cherche à raconter quelque chose, et même si j'aurais à redire sur ce point, c'est visuellement agréable à regarder. De même, j'aime la manière dont les acteurs ont abordé cet univers, dans une impression d'angoisse permanente. Personnellement, j'ai beaucoup aimé la performance de Mélissa Boros, qui, si elle n'est pas toujours dans la retenue, marque quand même sur certaines séquences. Et également, j'ai apprécié certains seconds rôles, notamment en ce qui concerne Tahar Rahim et sa transformation physique vraiment dérangeante, ou encore Finnegan Oldfield et l'émotion qu'il arrive à transmettre en si peu d'apparitions. Mais alors, une fois que l'on a dit tout cela, il reste encore une histoire à raconter, et c'est là que le film se gatte. Que l'on se comprenne bien, le problème de ce scénario n'est clairement pas ce qu'il cherche à faire, mais bien plus comment il le fait.
C'est bien beau de dire que tu vas créer du mystère autour de cette maladie, quand on comprend, dès la toute première séquence où l'on en parle, que c'est une métaphore du sida. Durant tout le film, on essaye de nous créer un parallèle avec celui-ci, mais je dois dire que la réalisatrice n'a pas grand-chose à raconter sur son sujet. Prendre deux heures pour dire que les gens avaient peur de cette maladie, c'est beaucoup trop long, on finit par s'ennuyer. Et pour le coup, je n'exagère pas, il y a des dizaines de scènes pour nous faire comprendre cela, ce qui devient un peu redondant. J'aurais aimé que la réalisatrice cherche à raconter quelque chose de plus là-dessus, plutôt que de partir dans un pseudo-scénario entremêlé. Puisque, en effet, lorsque la conclusion débarque, la réalisatrice nous révèle que deux différentes timelines étaient finalement mélangées, et que le personnage d'Amin ne symbolisait que les fantômes du passé. Et à ce moment précis, le film m'a complètement perdu. Déjà, car on voit venir cette idée à des kilomètres, notamment à cause de cette fameuse photographie ! C'est bien beau de séparer les scènes du passé très rougeâtre et les séquences du présent très désaturé, mais on comprend donc très rapidement qu'elles ne sont pas liées. On voit très rapidement qu'Amin ne peut donc pas être en vie, et un flou se créait sur sa présence. Alors, quand la révélation arrive, on est trop peu surpris. Par conséquent, l'effet ne fonctionne pas.
Alors, plutôt que d'aller vers la subtilité, la réalisatrice a choisi d'aller à fond dans son délire, mais ne l'a pas pris par le bon bout. Son côté fantastique a beau être très joli à regarder, il paraît très prévisible, et son envie de faire appel à la réalité se montre beaucoup trop limitéepour pouvoir raconter quelque chose d'intéressant, malgré ses efforts. En soi, le long-métrage est donc bien trop gentil, avec une démarche pourtant très grandiloquente. Pour conclure, un film qui confirme mon avis sur Julia Ducournau.