Il existe deux types de comédies françaises sur le voyage dans le temps :
celles qui promettent beaucoup et fatiguent vite, et celles qui n’ont pas l’air de promettre grand-chose… mais qui finissent par vous coincer un sourire durablement. C'était mieux demain appartient clairement à la deuxième catégorie.
Le principe est simple, presque paresseux sur le papier : un couple bien rangé de 1958 catapulté en 2025. On se dit qu’on va cocher toutes les cases habituelles ( le choc technologique, les mœurs libérées, le patriarcat en PLS) et le film le fait. Toutes. Sans honte. Et parfois avec un marteau.
Mais contre toute attente… ça marche.
Pourquoi ?
Parce que le duo Elsa Zylberstein + Didier Bourdon est une arme de distraction massive. Lui, monolithe machiste d’époque, perdu dans un monde où même une version d'Alexa semble le juger. Elle, découverte progressive d’une liberté qu’on ne lui avait jamais proposée. Leur dynamique porte littéralement le film, même quand le scénario force un peu le trait, voire le surligne au Stabilo.
Oui, le message est appuyé.
Oui, certains gags arrivent avec un panneau “ATTENTION : RÉFLEXION SOCIÉTALE”.
Oui, on sent parfois le film se regarder faire de la comédie engagée.
Mais soyons honnêtes : combien de comédies françaises récentes parviennent à faire rire et réfléchir sans sombrer dans le sermon ou le mépris du spectateur ? Ici, malgré les clichés, il y a une vraie tendresse pour les personnages, et surtout une absence totale de cynisme envers le public. Le film n’insulte jamais son spectateur : il lui tend un miroir, parfois un peu déformant, mais jamais cassant.
La mise en scène reste sage, les seconds rôles font le job sans toujours marquer les esprits, et tout n’est pas d’une finesse absolue. Mais C’était mieux demain a une qualité devenue rare : il ne s’ennuie jamais avec lui-même. Le rythme tient, les situations s’enchaînent, et même quand on voit venir la blague, on sourit quand même. Ce qui, en matière de comédie populaire, est déjà une petite victoire.
Au fond, le film parle moins de “c’était mieux avant” que de cette nostalgie confortable qu’on agite quand le présent nous fatigue. Et il le fait sans donner de leçon définitive : le passé avait ses certitudes rassurantes, le présent ses contradictions épuisantes, et personne n’en sort totalement indemne. C’est peut-être là sa vraie intelligence.
en bref : une comédie imparfaite, parfoiss lourde, souvent attendue… mais sincère, drôle, portée par un duo impeccable et suffisamment lucide pour se moquer autant d’hier que d’aujourd’hui. J’ai ri, je ne me suis jamais ennuyé, et après le film, j’ai surtout compris que la nostalgie est une fiction bien plus confortable que la réalité. Rien que pour ça, ça vaut largement ses étoiles