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Film captivant comme un thriller alors qu on connaît déjà la fin ! C est fonc une réussite ! La réalisation impeccable nous plonge dans le passé et dans les abîmes du doute quand il s immisce dans l âme humaine.
Pressure transforme les heures précédant le Débarquement de Normandie en thriller historique presque claustrophobique. Anthony Maras délaisse volontairement le spectacle du champ de bataille pour s’intéresser à ce qui précède l’action : une décision prise dans une pièce fermée, à partir de prévisions météorologiques incertaines, alors que des milliers de vies et l’issue de la guerre peuvent en dépendre.
Trois jours avant le Jour J, les Alliés préparent une opération militaire d’une ampleur sans précédent. Mais une violente tempête menace la Manche et remet en cause l’ensemble du dispositif. Face à cette situation, le général Dwight D. Eisenhower doit choisir entre maintenir le débarquement malgré des conditions potentiellement catastrophiques ou le repousser, avec toutes les conséquences stratégiques qu’un tel report pourrait entraîner.
Au centre de cette décision se trouve James Stagg, météorologue chargé de fournir aux responsables militaires les informations susceptibles de déterminer le lancement de l’opération. Pressure trouve là son idée la plus forte : confronter la puissance militaire à quelque chose qu’elle ne peut ni contrôler ni combattre, la météo. Des armées entières sont prêtes, les plans ont été établis, les hommes attendent, mais quelques variations atmosphériques peuvent encore tout remettre en question.
Anthony Maras et David Haig construisent leur scénario comme un compte à rebours. Les informations arrivent, les prévisions évoluent, les avis s’opposent et la pression augmente. L’absence de certitude devient progressivement plus inquiétante que n’importe quel ennemi visible. Le suspense repose sur une question dont le spectateur connaît pourtant l'issue historique, ce qui constitue l’un des principaux défis du film. La réussite consiste précisément à faire oublier cette connaissance pour nous replacer dans l’incertitude de ceux qui, eux, ignorent encore ce qui va se produire.
Andrew Scott trouve dans James Stagg un rôle particulièrement intéressant. Loin du héros militaire traditionnel, son personnage doit défendre une expertise scientifique dans un univers gouverné par la hiérarchie, l’urgence et la nécessité de décider. Scott traduit remarquablement cette responsabilité : chaque mot prononcé peut contribuer à envoyer des milliers d’hommes vers les plages normandes.
Face à lui, Brendan Fraser compose un Eisenhower moins monumental que profondément humain. Le film s’intéresse à l’homme derrière le commandement, conscient qu’au terme des discussions, une seule personne devra finalement assumer la décision. Kerry Condon apporte une présence tout aussi solide dans un récit où les performances doivent souvent faire naître la tension à partir d’un regard, d’un silence ou d’une information nouvellement communiquée.
La mise en scène d’Anthony Maras exploite intelligemment les espaces fermés. Cartes, bureaux, couloirs, téléphones et bulletins météorologiques deviennent les éléments d’un véritable thriller. Le contraste entre l’immensité de l’opération militaire et l’exiguïté des lieux où son destin se décide donne au film une grande partie de sa puissance.
Cette concentration constitue également sa limite. Le dispositif reste très dialogué et peut parfois conserver quelque chose de théâtral. Les confrontations successives et les discussions météorologiques exigent une attention constante, tandis que le film privilégie clairement la tension intellectuelle au spectaculaire. Mais cette retenue évite justement à Pressure de devenir un nouveau film de guerre construit autour des mêmes images de combat.
Le film rappelle surtout combien l’Histoire peut parfois dépendre d’une décision prise avec des informations imparfaites. La science fournit des probabilités, les militaires évaluent les risques, mais aucun calcul ne peut supprimer totalement l’incertitude. À un moment précis, quelqu’un doit choisir.
Intense, sobre et remarquablement interprété, Pressure réussit à créer un véritable suspense autour d’un événement dont nous connaissons pourtant l’issue. Anthony Maras transforme les heures précédant le Jour J en thriller de décision où la météorologie devient presque un personnage à part entière. Andrew Scott impressionne dans le rôle de James Stagg, tandis que Brendan Fraser donne à Eisenhower une dimension profondément humaine. Un film historique captivant qui rappelle que derrière les grandes dates se cachent parfois quelques heures d’incertitude et une décision impossible à prendre.
Trois jours avant le Jour J, les Alliés préparent une opération militaire d’une ampleur sans précédent. Mais une violente tempête menace la Manche et remet en cause l’ensemble du dispositif. Face à cette situation, le général Dwight D. Eisenhower doit choisir entre maintenir le débarquement malgré des conditions potentiellement catastrophiques ou le repousser, avec toutes les conséquences stratégiques qu’un tel report pourrait entraîner.
Au centre de cette décision se trouve James Stagg, météorologue chargé de fournir aux responsables militaires les informations susceptibles de déterminer le lancement de l’opération. Pressure trouve là son idée la plus forte : confronter la puissance militaire à quelque chose qu’elle ne peut ni contrôler ni combattre, la météo. Des armées entières sont prêtes, les plans ont été établis, les hommes attendent, mais quelques variations atmosphériques peuvent encore tout remettre en question.
Anthony Maras et David Haig construisent leur scénario comme un compte à rebours. Les informations arrivent, les prévisions évoluent, les avis s’opposent et la pression augmente. L’absence de certitude devient progressivement plus inquiétante que n’importe quel ennemi visible. Le suspense repose sur une question dont le spectateur connaît pourtant l'issue historique, ce qui constitue l’un des principaux défis du film. La réussite consiste précisément à faire oublier cette connaissance pour nous replacer dans l’incertitude de ceux qui, eux, ignorent encore ce qui va se produire.
Andrew Scott trouve dans James Stagg un rôle particulièrement intéressant. Loin du héros militaire traditionnel, son personnage doit défendre une expertise scientifique dans un univers gouverné par la hiérarchie, l’urgence et la nécessité de décider. Scott traduit remarquablement cette responsabilité : chaque mot prononcé peut contribuer à envoyer des milliers d’hommes vers les plages normandes.
Face à lui, Brendan Fraser compose un Eisenhower moins monumental que profondément humain. Le film s’intéresse à l’homme derrière le commandement, conscient qu’au terme des discussions, une seule personne devra finalement assumer la décision. Kerry Condon apporte une présence tout aussi solide dans un récit où les performances doivent souvent faire naître la tension à partir d’un regard, d’un silence ou d’une information nouvellement communiquée.
La mise en scène d’Anthony Maras exploite intelligemment les espaces fermés. Cartes, bureaux, couloirs, téléphones et bulletins météorologiques deviennent les éléments d’un véritable thriller. Le contraste entre l’immensité de l’opération militaire et l’exiguïté des lieux où son destin se décide donne au film une grande partie de sa puissance.
Cette concentration constitue également sa limite. Le dispositif reste très dialogué et peut parfois conserver quelque chose de théâtral. Les confrontations successives et les discussions météorologiques exigent une attention constante, tandis que le film privilégie clairement la tension intellectuelle au spectaculaire. Mais cette retenue évite justement à Pressure de devenir un nouveau film de guerre construit autour des mêmes images de combat.
Le film rappelle surtout combien l’Histoire peut parfois dépendre d’une décision prise avec des informations imparfaites. La science fournit des probabilités, les militaires évaluent les risques, mais aucun calcul ne peut supprimer totalement l’incertitude. À un moment précis, quelqu’un doit choisir.
Intense, sobre et remarquablement interprété, Pressure réussit à créer un véritable suspense autour d’un événement dont nous connaissons pourtant l’issue. Anthony Maras transforme les heures précédant le Jour J en thriller de décision où la météorologie devient presque un personnage à part entière. Andrew Scott impressionne dans le rôle de James Stagg, tandis que Brendan Fraser donne à Eisenhower une dimension profondément humaine. Un film historique captivant qui rappelle que derrière les grandes dates se cachent parfois quelques heures d’incertitude et une décision impossible à prendre.
PRESSURE : 15/20
Pressure nous plonge à quelques jours du débarquement de Normandie, mais délaisse les champs de bataille pour s’intéresser à une autre forme de combat : celui qui se joue dans les salles de décision, face à une météo capable de bouleverser le destin de milliers d’hommes.
Et c’est précisément ce qui m’a accroché. Le film prend le temps de nous faire comprendre les enjeux météorologiques du Débarquement et la pression qui repose sur ceux qui doivent prendre une décision dont les conséquences sont potentiellement historiques. On connaît l’issue de l’Histoire, mais cela n’empêche pas la tension de fonctionner.
J’ai particulièrement apprécié cette manière de raconter un événement que l’on connaît tous sous un angle beaucoup moins spectaculaire, mais finalement très humain. Le film réussit à rendre passionnante une succession de discussions, d’observations et de désaccords. Comme quoi, pas besoin de faire exploser un tank toutes les cinq minutes pour créer de la tension.
Et le casting est clairement l’un des gros points forts. Andrew Scott est particulièrement convaincant, tandis que Brendan Fraser apporte une présence solide à l’ensemble. Les échanges entre les personnages donnent au film une vraie intensité.
Seul petit bémol : quelques longueurs viennent parfois casser le rythme et empêchent Pressure d’être totalement captivant sur la durée.
Mais j’en ressors surtout avec cette agréable sensation d’avoir appris quelque chose. Le film m’a donné envie de me replonger dans l’histoire du Débarquement et de mieux comprendre à quel point les conditions météorologiques ont pesé dans la préparation de l’opération.
Une plongée passionnante dans les coulisses du Débarquement, portée par un excellent Andrew Scott. Et clairement le genre de film qui donne cette sensation assez rare de sortir de la salle en se disant : « Bon… je me suis couché moins con. »
Plus de notes sur insta :
Pressure nous plonge à quelques jours du débarquement de Normandie, mais délaisse les champs de bataille pour s’intéresser à une autre forme de combat : celui qui se joue dans les salles de décision, face à une météo capable de bouleverser le destin de milliers d’hommes.
Et c’est précisément ce qui m’a accroché. Le film prend le temps de nous faire comprendre les enjeux météorologiques du Débarquement et la pression qui repose sur ceux qui doivent prendre une décision dont les conséquences sont potentiellement historiques. On connaît l’issue de l’Histoire, mais cela n’empêche pas la tension de fonctionner.
J’ai particulièrement apprécié cette manière de raconter un événement que l’on connaît tous sous un angle beaucoup moins spectaculaire, mais finalement très humain. Le film réussit à rendre passionnante une succession de discussions, d’observations et de désaccords. Comme quoi, pas besoin de faire exploser un tank toutes les cinq minutes pour créer de la tension.
Et le casting est clairement l’un des gros points forts. Andrew Scott est particulièrement convaincant, tandis que Brendan Fraser apporte une présence solide à l’ensemble. Les échanges entre les personnages donnent au film une vraie intensité.
Seul petit bémol : quelques longueurs viennent parfois casser le rythme et empêchent Pressure d’être totalement captivant sur la durée.
Mais j’en ressors surtout avec cette agréable sensation d’avoir appris quelque chose. Le film m’a donné envie de me replonger dans l’histoire du Débarquement et de mieux comprendre à quel point les conditions météorologiques ont pesé dans la préparation de l’opération.
Une plongée passionnante dans les coulisses du Débarquement, portée par un excellent Andrew Scott. Et clairement le genre de film qui donne cette sensation assez rare de sortir de la salle en se disant : « Bon… je me suis couché moins con. »
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Très belle histoire basée sur une histoire vraie c'est très important de connaître cette partie de l'histoire un météorologue qui a fait changé le cours de la guerre en 1944, incarné par l'acteur Andrew Scott très talentueux et l'acteur Brendan Fraser qu'on ne présente plus très grand acteur d'ailleurs je l'ai découvert dans The Whale grand rôle et l'actrice Kerry Condon a apporté une belle touche féminine.
Film passionnant, comme tous ceux qui nous font découvrir des aspects complètement ignorés de l'histoire contemporaine, des "aspects".... mais qui auraient pu changer la face du monde! Un des côtés fascinants des deux "De Gaulle", c'est d'ailleurs l'impression que nous avons, en en sortant, d'avoir appris plein de choses!
Si le débarquement avait tourné au désastre...
A priori, le scénario n'a rien de très glamour. Un thriller dont le principal suspect serait... une dépression atmosphérique..... n'a rien de sexy. Et pourtant.... vous allez vous retrouver scotchés à votre fauteuil...
Nous voilà trois jours avant le D-day programmé. Churchill tient le chef de son service météo, le colonel Stagg (Andrew Scott, excellent!), un écossais raide comme la justice, pour un génie -et il l'envoie à Eisenhower pour prendre le commandement du service.
Mais Eisenhower (Brendan Fraser qui s'est rasé la tête et mis des bajoues supplémentaires..) a aussi son chouchou, dont il est très satisfait, le colonel Krick (il ne s'est jamais trompé pendant les campagnes africaines ce qui, étant donné qu'il fait toujours beau, n'est pas très étonnant..) Chris Messina est excellent aussi dans ce rôle du jaloux qui ne se satisfait pas du rôle de second.
Stagg abandonne donc sa femme très enceinte sous les bombes et débarque dans le staff, aussi aimable qu'un dogue argentin. Mais imaginez -le film nous donne bien à imaginer! ce que pouvait être cette cocotte minute de fortes personnalités à la veille de prendre les décisions les plus radicales pour l'avenir du monde libre... Entre Ike et Monty (Damian Lewis), ce n'est pas toujours le beau fixe..
Deux nationalités, deux visions. Stagg ne se fie qu'aux données du jour; Krick se fie aux analogues du passé, sorties des archives, l'examen de situations identiques vieilles de 15, 30 ans permettrait de prévoir l'évolution du phénomène actuel, ce qui nous apparait comme totalement dingue! comme si la météo était une science exacte! Alors qu'en météo, on l'a bien vu cet été, deux plus deux peuvent faire cinq....
Le film donne une place importante à Kay Summersby (Kerry Condon), secrétaire particulière d'Ike, et très proche de lui. De toutes façons, dans un film destiné au grand public, il faut un jupon...
Voilà, vous saurez pourquoi le D-day, ça a été le 6 juin.... et pas le 5. Mais, plus que tout, cette impression d'avoir vécu ces heures décisive au milieu du staff mérite qu'on se précipite retenir sa place de cinéma...
Film passionnant, comme tous ceux qui nous font découvrir des aspects complètement ignorés de l'histoire contemporaine, des "aspects".... mais qui auraient pu changer la face du monde! Un des côtés fascinants des deux "De Gaulle", c'est d'ailleurs l'impression que nous avons, en en sortant, d'avoir appris plein de choses!
Si le débarquement avait tourné au désastre...
A priori, le scénario n'a rien de très glamour. Un thriller dont le principal suspect serait... une dépression atmosphérique..... n'a rien de sexy. Et pourtant.... vous allez vous retrouver scotchés à votre fauteuil...
Nous voilà trois jours avant le D-day programmé. Churchill tient le chef de son service météo, le colonel Stagg (Andrew Scott, excellent!), un écossais raide comme la justice, pour un génie -et il l'envoie à Eisenhower pour prendre le commandement du service.
Mais Eisenhower (Brendan Fraser qui s'est rasé la tête et mis des bajoues supplémentaires..) a aussi son chouchou, dont il est très satisfait, le colonel Krick (il ne s'est jamais trompé pendant les campagnes africaines ce qui, étant donné qu'il fait toujours beau, n'est pas très étonnant..) Chris Messina est excellent aussi dans ce rôle du jaloux qui ne se satisfait pas du rôle de second.
Stagg abandonne donc sa femme très enceinte sous les bombes et débarque dans le staff, aussi aimable qu'un dogue argentin. Mais imaginez -le film nous donne bien à imaginer! ce que pouvait être cette cocotte minute de fortes personnalités à la veille de prendre les décisions les plus radicales pour l'avenir du monde libre... Entre Ike et Monty (Damian Lewis), ce n'est pas toujours le beau fixe..
Deux nationalités, deux visions. Stagg ne se fie qu'aux données du jour; Krick se fie aux analogues du passé, sorties des archives, l'examen de situations identiques vieilles de 15, 30 ans permettrait de prévoir l'évolution du phénomène actuel, ce qui nous apparait comme totalement dingue! comme si la météo était une science exacte! Alors qu'en météo, on l'a bien vu cet été, deux plus deux peuvent faire cinq....
Le film donne une place importante à Kay Summersby (Kerry Condon), secrétaire particulière d'Ike, et très proche de lui. De toutes façons, dans un film destiné au grand public, il faut un jupon...
Voilà, vous saurez pourquoi le D-day, ça a été le 6 juin.... et pas le 5. Mais, plus que tout, cette impression d'avoir vécu ces heures décisive au milieu du staff mérite qu'on se précipite retenir sa place de cinéma...
À quelques jours du Débarquement, James Stagg doit convaincre l’état-major allié que la météo peut faire basculer l’opération. Anthony Maras tire de cet épisode peu connu un thriller historique tendu, porté par un Andrew Scott remarquable de retenue. "Pressure" rappelle surtout que la science devient essentielle quand elle apporte aux décideurs des réponses qu’ils préféreraient ne pas entendre. Cette idée donne au film une résonance très actuelle. La mise en scène reste parfois prisonnière de ses origines théâtrales et certains effets appuient inutilement le suspense, mais l’ensemble tient par son sujet, son efficacité et un casting solide. Une autre façon, modeste mais prenante, de raconter le Jour J.
Histoire d’un compte à rebours
C’est le 1er film de l’américano-australien Anthony Maras qu’il m’est donné de voir. Faut dire aussi que celui de 2019 a disparu des écrans vite fait, victime du Covid. Si on résume ces 100 minutes en « 4 jours de la vie d’un météorologue », vous me direz que c’est pas forcément très glamour comme sujet de film. Si je vous dis que ça traite de nouveau de la dernière guerre, vous me direz d’un air las, « encore ! ». Et pourtant, tout ça est tout à fait passionnant. Trois jours avant le Jour J, une seule décision peut changer le cours de l’Histoire. Alors que les Alliés s’apprêtent à lancer le plus grand débarquement jamais organisé, une violente tempête menace de faire échouer l’opération. Le général Eisenhower et le capitaine James Stagg, météorologue, font alors face à un choix impossible : attaquer malgré l’incertitude… ou risquer de perdre la guerre. Un angle rarement mis en avant lorsqu’on évoque le Débarquement de Normandie : le rôle décisif joué par la météorologie dans le succès de l’opération. Un très bon moment !
Soyons honnêtes ! Qui connaissait le capitaine James Stagg avant ce film ? Avant d’être un film, Pressure était une pièce écrite par David Haig qui va se charger, lui-même, de l’adaptation pour le cinéma. Quand on pense que cette pièce est née pendant la pandémie, on comprend mieux les thèmes graves envisagés : L’importance des faits et des données scientifiques, oser dire la vérité aux puissants, avoir le courage de ses convictions, même quand ce n’est pas populaire. Un sujet qui permet d’aborder un autre type d’héroïsme. Il faut souligner le soin apporté au moindre détail : par exemple, des météorologues nonagénaires ont formé les acteurs et l’équipe à l’utilisation d’équipements vieux de plus d’un siècle. Les cartes météorologiques utilisées lors du Débarquement ont été reproduites avec exactitude. Ce qui rend le film particulièrement intéressant, c’est sa capacité à créer du suspense autour de simples cartes météorologiques et de prévisions atmosphériques. La reconstitution historique est particulièrement soignée parfaite et rend cette immersion crédible dans cette période décisive de l’Histoire.
Le casting est à la hauteur des ambitions. Andrew Scott, en mode inflexible, voire assez antipathique, emporte à l'évidence le morceau, mais trouve en Chris Messina, un adversaire à sa taille. Mais c’est « l’arbitre », le général en chef, campé par un extraordinaire Brendan Fraser, qui attire tous les regards. Un accessit à la délicieuse Kerry Condon, seule touche féminine dans ce monde pour le moins masculin. Après avoir longtemps mis en scène la violence des affrontements militaires et la folie de l'Histoire, comment continuer à raconter du neuf dans le genre du film de guerre ? Ces 100 minutes apportent une réponse tout à fait passionnante malgré la véritable gageure, qui consiste à nous surprendre quand on connaît par avance l'issue du conflit. Raconter l'envers du décor, mettre en scène un micro-événement catalyseur de la victoire. Ainsi, le codage des transmissions radio, avec U-571 ou Windtalkers : Les Messagers du Vent, la désinformation, via La Fabrique du Mensonge et La Ruse, ou encore l'entourage du Führer, avec Valkyrie, Les Goûteuses d'Hitler et Nuremberg, sont devenus des terrains cinématographiques insoupçonnés, véritable réservoirs de récits comme autant d'à-côtés insolites, pour ne pas dire incroyables.
C’est le 1er film de l’américano-australien Anthony Maras qu’il m’est donné de voir. Faut dire aussi que celui de 2019 a disparu des écrans vite fait, victime du Covid. Si on résume ces 100 minutes en « 4 jours de la vie d’un météorologue », vous me direz que c’est pas forcément très glamour comme sujet de film. Si je vous dis que ça traite de nouveau de la dernière guerre, vous me direz d’un air las, « encore ! ». Et pourtant, tout ça est tout à fait passionnant. Trois jours avant le Jour J, une seule décision peut changer le cours de l’Histoire. Alors que les Alliés s’apprêtent à lancer le plus grand débarquement jamais organisé, une violente tempête menace de faire échouer l’opération. Le général Eisenhower et le capitaine James Stagg, météorologue, font alors face à un choix impossible : attaquer malgré l’incertitude… ou risquer de perdre la guerre. Un angle rarement mis en avant lorsqu’on évoque le Débarquement de Normandie : le rôle décisif joué par la météorologie dans le succès de l’opération. Un très bon moment !
Soyons honnêtes ! Qui connaissait le capitaine James Stagg avant ce film ? Avant d’être un film, Pressure était une pièce écrite par David Haig qui va se charger, lui-même, de l’adaptation pour le cinéma. Quand on pense que cette pièce est née pendant la pandémie, on comprend mieux les thèmes graves envisagés : L’importance des faits et des données scientifiques, oser dire la vérité aux puissants, avoir le courage de ses convictions, même quand ce n’est pas populaire. Un sujet qui permet d’aborder un autre type d’héroïsme. Il faut souligner le soin apporté au moindre détail : par exemple, des météorologues nonagénaires ont formé les acteurs et l’équipe à l’utilisation d’équipements vieux de plus d’un siècle. Les cartes météorologiques utilisées lors du Débarquement ont été reproduites avec exactitude. Ce qui rend le film particulièrement intéressant, c’est sa capacité à créer du suspense autour de simples cartes météorologiques et de prévisions atmosphériques. La reconstitution historique est particulièrement soignée parfaite et rend cette immersion crédible dans cette période décisive de l’Histoire.
Le casting est à la hauteur des ambitions. Andrew Scott, en mode inflexible, voire assez antipathique, emporte à l'évidence le morceau, mais trouve en Chris Messina, un adversaire à sa taille. Mais c’est « l’arbitre », le général en chef, campé par un extraordinaire Brendan Fraser, qui attire tous les regards. Un accessit à la délicieuse Kerry Condon, seule touche féminine dans ce monde pour le moins masculin. Après avoir longtemps mis en scène la violence des affrontements militaires et la folie de l'Histoire, comment continuer à raconter du neuf dans le genre du film de guerre ? Ces 100 minutes apportent une réponse tout à fait passionnante malgré la véritable gageure, qui consiste à nous surprendre quand on connaît par avance l'issue du conflit. Raconter l'envers du décor, mettre en scène un micro-événement catalyseur de la victoire. Ainsi, le codage des transmissions radio, avec U-571 ou Windtalkers : Les Messagers du Vent, la désinformation, via La Fabrique du Mensonge et La Ruse, ou encore l'entourage du Führer, avec Valkyrie, Les Goûteuses d'Hitler et Nuremberg, sont devenus des terrains cinématographiques insoupçonnés, véritable réservoirs de récits comme autant d'à-côtés insolites, pour ne pas dire incroyables.
Un quasi sans faute. L'histoire est indispensable au devoir de mémoire, les décors et costumes sont très réussis, l'intensité dramatique est oppressante et c'en est presque à se demander pourquoi cette histoire n'avait pas été racontée plus tôt dans le septième art.
Finalement la seule ombre au tableau est que l'acteur du personnage principal joue assez mal dans la VO.
Mais ne vous y trompez pas : Pressure restera dans la postérité pour plein d'excellentes raisons.
Finalement la seule ombre au tableau est que l'acteur du personnage principal joue assez mal dans la VO.
Mais ne vous y trompez pas : Pressure restera dans la postérité pour plein d'excellentes raisons.
Un film assez lent qui a la bonne idée de ne pas durer trop longtemps. Une approche très intéressante du débarquement de Normandie. Bien vu.
Le débarquement des alliés en Normandie le 6 juin1944 a déjà été abordé au cinéma, « Le jour le plus long » (1962) de Darryl Zanuck et « Il faut sauver le soldat Ryan » (1998) de Steven Spielberg, servant de références. Il a fallu, donc, de l’audace au réalisateur pour raconter les 3 jours qui précèdent le lundi 5 juin (date choisie initialement en raison des grandes marées et de la pleine lune), et susciter l’intérêt du spectateur, vu que l’issue est connue. Il a choisi de faire un pas de côté en s’intéressant aux impondérables, à savoir les conditions météorologiques. Pari réussi en adaptant la pièce éponyme du britannique David Haig (qui a aussi participé au scénario). Outre l’aspect historique (insertion d’images d’archives colorisées) et les conséquences sur les milliers de soldats impliqués, le vrai sujet est celui du colonel britannique James Stagg (l’Irlandais Andrew Scott, 50 ans, tout en retenue), météorologue intègre (
spoiler:
il ne pratique pas la météorologie analogique, infondée en zone tempérée de l’Atlantique
), sans rancune, professionnel qui doit soutenir son avis, minoritaire, face à des incompétents et/ou prétentieux [son alter ego étatsunien, Irving Krick (l’Américain Chris Messina, 52 ans)], des va-t’en guerre [le général Bernard Montgomery (le Britannique Damian Lewis, 55 ans) ou un général Dwight Eisenhower autoritaire (l’Américain Brendan Fraser, 58 ans), marqué par l’échec de l’opération Tigre d’avril 1944 (700 soldats américains morts). Un thème toujours d’actualité en ce début de siècle de dérèglement climatique où les scientifiques ne sont pas toujours écoutés. Le pari est réussi grâce à une réalisation, certes académique (notamment la photographie de Jamie Ramsay) et des dialogues efficaces.
), sans rancune, professionnel qui doit soutenir son avis, minoritaire, face à des incompétents et/ou prétentieux [son alter ego étatsunien, Irving Krick (l’Américain Chris Messina, 52 ans)], des va-t’en guerre [le général Bernard Montgomery (le Britannique Damian Lewis, 55 ans) ou un général Dwight Eisenhower autoritaire (l’Américain Brendan Fraser, 58 ans), marqué par l’échec de l’opération Tigre d’avril 1944 (700 soldats américains morts). Un thème toujours d’actualité en ce début de siècle de dérèglement climatique où les scientifiques ne sont pas toujours écoutés. Le pari est réussi grâce à une réalisation, certes académique (notamment la photographie de Jamie Ramsay) et des dialogues efficaces.
Passionnant! Si on peut imaginer que les évènements ne se soient pas exactement passés ainsi, le film nous donne envie que ce soit le cas. Pas un temps mort, d'excellents acteurs, de très belles images, et un sujet très fort. Tout pour un film excellent qui, de plus est, raconte un évènement capital de l'histoire et les éléments qui l'ont amené.
Le film est incroyable, passionnant, il nous tient en haleine du début à la fin, aucun temps mort, et ça fait plaisir de revoir l'acteur Brendan Fraser.
Un film précis, puissant et haletant sur un épisode méconnu du jour J. Qui aurait cru que la météo pouvait être si fascinante ? Elle l'est dans ce film, tout comme la prestation intense d'Andrew Scott.
Ce film se regarde sous une vraie pression, le D-Day approche et Einsenhower fait venir le meilleur prévisionniste météo des renseignements. Très bien réalisé, Fraser et Scott sont parfaits, un bon suspense qui tient en haleine -même si on connaît le dénouement. à découvrir !
Le dernier carton de Pressure rapporte une anecdote : en janvier 1961, Kennedy demande à Eisenhower ce qui a donné l'avantage aux Alliés en Normandie, et le président sortant répond qu'ils avaient de meilleurs météorologues que les Allemands. Les historiens du sujet ne connaissent aucun document qui l'atteste, et la bibliothèque d'Eisenhower n'en produit pas davantage. Cent minutes durant, le film aura plaidé pour la donnée vérifiée contre l'intuition ; il se referme sur un mot que rien n'atteste, dans les mêmes lettres blanches que le carton d'ouverture — celui qui promettait, sans précaution ni "librement inspiré", une histoire vraie.
David Haig avait écrit Pressure pour la scène, en 2014, et le théâtre lui suffisait : une salle, une table, des hommes qui attendent un chiffre. En passant au cinéma, Anthony Maras conserve ce huis clos mais hérite d'une obligation que la pièce ignorait — à un moment ou à un autre, il faudra montrer les plages. Le reste du dispositif tient en peu de choses : soixante-douze heures, un manoir du Hampshire converti en quartier général, deux météorologues dont les cartes se contredisent, et un général sommé de désigner celui qu'il croit. StudioCanal et Working Title financent, Focus sort le film à quelques jours du 6 juin, devant un public acquis à la date avant de l'être au sujet — et qui sait donc, en entrant, que le débarquement a réussi. C'est l'obstacle central : l'incertitude dont ce film dépend entièrement est la seule chose que sa salle ne peut plus éprouver. Reste à voir par quoi Maras la remplace.
Les premières minutes esquissent une réponse. Un très jeune soldat agonise dans l'eau rougie, le visage tourné vers le ciel ; la caméra recule et découvre la plage jonchée de corps. Nous sommes à Exercice Tiger, la répétition générale du débarquement, où sept cents Américains sont morts sous les balles de leur propre camp lors d'une manœuvre à munitions réelles autorisée par le commandement. Aucun Allemand à l'écran, donc, et rien à quoi imputer le désastre sinon une décision prise en amont, dans une pièce, autour d'une table, par des hommes qui ne mouilleront pas leurs bottes. Le film installe là sa hiérarchie morale et son seul geste vraiment souverain — la faute appartient à ceux qui délibèrent, pas à ceux qui débarquent. Il passera le reste de sa durée à en négocier le remboursement.
Le remboursement commence tout de suite. Entre les séquences, Maras insère des plans de systèmes dépressionnaires, de vagues, de ballons-sondes suivis jusque dans la couche nuageuse : images magnifiques, et ruineuses pour le propos. Aucun personnage ne les voit. Elles n'appartiennent qu'au spectateur, qui reçoit ainsi la tempête comme un fait établi avant que quiconque, à l'écran, ait pu la calculer comme une hypothèse. Le débat qui suit en sort tranché d'avance : Stagg n'a plus à démontrer quoi que ce soit, il n'a qu'à rejoindre ce que nous savons déjà, et Krick n'est plus un adversaire mais un retardataire.
C'est une démarche très contemporaine. Sommée de défendre la science contre ceux qui la contestent, la fiction choisit ici de produire la preuve par le résultat : elle montre le scientifique ayant eu raison, jamais le scientifique en train de ne pas savoir. Le procédé se croit pédagogique mais il fait reposer l'autorité du savant sur ce qui n'est pas de son ressort — l'issue — plutôt que sur ce qui l'est : la manière dont il recueille, doute, corrige, et accepte de dire qu'il est confiant sans être certain. Une méthode se juge sur sa série, et une prophétie sur son coup. En donnant la tempête à voir avant qu'elle soit calculée, Maras congédie la première pour glorifier la seconde, et fabrique exactement ce dont son héros se défend : un homme qui avait vu juste.
Southwick House, où Stagg débarque, est un manoir converti en administration, et Maras y filme la guerre comme une partie de Risk : tables de cartes couvertes de pions, tableaux, couloirs, portes. Le format maintient le cadre à hauteur d'homme assis. Le travail chromatique de Jamie D. Ramsay y installe un système de caste plus qu'une atmosphère : dans la marée de khaki et de brun, la chemise bleue de Stagg le détache jusque de dos dans les plans de groupe. Le bleu dit le civil sous l'uniforme, l'homme dont la loyauté ne va pas au corps qui l'emploie.
Krick, le météorologue américain, joue Boogie Woogie Bugle Boy au piano devant ses hommes ; Stagg entre, exige qu'on retire l'instrument, rabat le couvercle sur une note fausse. Tout passe par le son, le charme est un rythme qu'on partage, la rigueur une interruption qu'on impose. Sauf que le spectateur en retient une chose : l'homme qui s'amuse a tort. Or sa méthode — chercher dans les archives la journée la plus ressemblante et parier qu'elle se répétera — n'est pas fausse parce qu'il fanfaronne, elle est fausse parce que le régime atlantique n'offre aucun précédent utilisable à trois jours, argument vérifiable et indépendant de son porteur. En faisant coïncider aussi exactement la faute de méthode et le défaut de caractère, Maras dispense d'examiner un raisonnement : il suffit de jauger un tempérament.
D'autant que le film sait le faire, une fois. À la conférence du 4 juin, Stagg démonte la série historique de Krick en lui opposant Mont Sorrel, juin 1916, absent de ses données. Quelques répliques, et l'affaire est réglée sur pièces : c'est le seul moment où le désaccord se tranche par la vérification d'un corpus plutôt que par l'ascendant d'un caractère.
Il se fie, en revanche, très justement aux visages. Scott tient Stagg de bout en bout, froid comme ses prévisions, jamais quémandeur, et fait de l'antipathie du personnage le moteur même de l'adhésion. Messina lui oppose une chaleur d'emprunt, Lewis une morgue de commandement, Condon une intelligence qu'on ne consulte jamais ; Fraser, plus contesté, joue Eisenhower en homme qui s'entend décider et n'aime pas ce qu'il entend. L'ensemble tient parce que ces cinq registres ne s'accordent pas — il obtient sa tension, dans des visages qui ne se répondent pas.
Ce qui rend d'autant plus superflu le péril domestique dont on lest le personnage : la femme enceinte, la maternité bombardée, le sort tenu en suspens jusqu'au dernier acte. Le dispositif a été ajouté pour garantir qu'une salle tienne quatre-vingts minutes de discussions barométriques, comme si l'obstination d'un homme ne suffisait pas à faire un enjeu.
Par contre, Kay Summersby n'existe dans le film que comme amortisseur. Elle console Stagg quand l'état-major l'a humilié, elle tempère Eisenhower quand il s'est emporté, elle filtre les demandes d'audience — et pas une fois le montage ne lui accorde un plan où elle penserait pour son compte, une réplique qui engagerait autre chose que l'apaisement d'un homme.
La messe dominicale est le sommet du film et l'endroit où sa thèse se retourne. Le soleil entre par les ouvertures pendant l'office, puis la tempête arrive, à l'heure dite, et le contrechamp est fourni par le ciel lui-même pendant que les officiers prient. La science apparaît pour ce qu'elle est, une forme de patience, et la providence pour ce qu'elle n'est pas. Mais l'ironie du montage joue contre celui qu'elle glorifie : Stagg n'est jamais justifié par la solidité de sa démarche, il est justifié par l'événement. Le spectateur sait depuis toujours que le 6 juin a marché ; chaque scène de doute est un théâtre à résultat garanti, et l'éloge de l'expertise se réduit à la célébration d'un pari rétrospectivement gagnant. Le film ne saura jamais dire ce qu'aurait valu un Stagg honnête et faux.
Et puis la mer se retire et les barges arrivent. Après quatre-vingts minutes passées à soutenir que l'histoire se joue dans une pièce, autour d'une table, entre des hommes qui lisent des chiffres, Maras filme le débarquement. Rampes qui s'abattent, eau qui gicle, corps qui tombent en contre-jour : la grammaire est celle de tous les films de plage, exécutée proprement, sans une idée. Le montage alterne la fusillade et la salle de contrôle, ce qui rétrograde la délibération au rang de cause dont l'assaut serait l'effet — le film paie en spectacle une thèse qui affirmait que le spectacle était secondaire. Et il le fait parce qu'il n'a pas de quoi finir autrement : une querelle de prévisions dont on connaît l'issue ne remplit pas cent minutes, il fallait bien quelque chose au bout. Maras a eu besoin de la plage parce qu'il n'a pas cru, en fin de compte, que la salle suffisait.
Ce que Pressure raconte, sans le vouloir, c'est la manière dont notre époque s'y prend pour défendre ce qu'elle dit chérir. Sommée de plaider pour la donnée contre l'intuition, pour la mesure contre la vantardise, elle produit un saint : un homme désagréable et seul, vêtu d'une autre couleur, dont la sainteté est certifiée non par la solidité de sa démarche mais par le fait avéré qu'il a gagné. Et pour tenir cette salle, il retouche la vérité.
David Haig avait écrit Pressure pour la scène, en 2014, et le théâtre lui suffisait : une salle, une table, des hommes qui attendent un chiffre. En passant au cinéma, Anthony Maras conserve ce huis clos mais hérite d'une obligation que la pièce ignorait — à un moment ou à un autre, il faudra montrer les plages. Le reste du dispositif tient en peu de choses : soixante-douze heures, un manoir du Hampshire converti en quartier général, deux météorologues dont les cartes se contredisent, et un général sommé de désigner celui qu'il croit. StudioCanal et Working Title financent, Focus sort le film à quelques jours du 6 juin, devant un public acquis à la date avant de l'être au sujet — et qui sait donc, en entrant, que le débarquement a réussi. C'est l'obstacle central : l'incertitude dont ce film dépend entièrement est la seule chose que sa salle ne peut plus éprouver. Reste à voir par quoi Maras la remplace.
Les premières minutes esquissent une réponse. Un très jeune soldat agonise dans l'eau rougie, le visage tourné vers le ciel ; la caméra recule et découvre la plage jonchée de corps. Nous sommes à Exercice Tiger, la répétition générale du débarquement, où sept cents Américains sont morts sous les balles de leur propre camp lors d'une manœuvre à munitions réelles autorisée par le commandement. Aucun Allemand à l'écran, donc, et rien à quoi imputer le désastre sinon une décision prise en amont, dans une pièce, autour d'une table, par des hommes qui ne mouilleront pas leurs bottes. Le film installe là sa hiérarchie morale et son seul geste vraiment souverain — la faute appartient à ceux qui délibèrent, pas à ceux qui débarquent. Il passera le reste de sa durée à en négocier le remboursement.
Le remboursement commence tout de suite. Entre les séquences, Maras insère des plans de systèmes dépressionnaires, de vagues, de ballons-sondes suivis jusque dans la couche nuageuse : images magnifiques, et ruineuses pour le propos. Aucun personnage ne les voit. Elles n'appartiennent qu'au spectateur, qui reçoit ainsi la tempête comme un fait établi avant que quiconque, à l'écran, ait pu la calculer comme une hypothèse. Le débat qui suit en sort tranché d'avance : Stagg n'a plus à démontrer quoi que ce soit, il n'a qu'à rejoindre ce que nous savons déjà, et Krick n'est plus un adversaire mais un retardataire.
C'est une démarche très contemporaine. Sommée de défendre la science contre ceux qui la contestent, la fiction choisit ici de produire la preuve par le résultat : elle montre le scientifique ayant eu raison, jamais le scientifique en train de ne pas savoir. Le procédé se croit pédagogique mais il fait reposer l'autorité du savant sur ce qui n'est pas de son ressort — l'issue — plutôt que sur ce qui l'est : la manière dont il recueille, doute, corrige, et accepte de dire qu'il est confiant sans être certain. Une méthode se juge sur sa série, et une prophétie sur son coup. En donnant la tempête à voir avant qu'elle soit calculée, Maras congédie la première pour glorifier la seconde, et fabrique exactement ce dont son héros se défend : un homme qui avait vu juste.
Southwick House, où Stagg débarque, est un manoir converti en administration, et Maras y filme la guerre comme une partie de Risk : tables de cartes couvertes de pions, tableaux, couloirs, portes. Le format maintient le cadre à hauteur d'homme assis. Le travail chromatique de Jamie D. Ramsay y installe un système de caste plus qu'une atmosphère : dans la marée de khaki et de brun, la chemise bleue de Stagg le détache jusque de dos dans les plans de groupe. Le bleu dit le civil sous l'uniforme, l'homme dont la loyauté ne va pas au corps qui l'emploie.
Krick, le météorologue américain, joue Boogie Woogie Bugle Boy au piano devant ses hommes ; Stagg entre, exige qu'on retire l'instrument, rabat le couvercle sur une note fausse. Tout passe par le son, le charme est un rythme qu'on partage, la rigueur une interruption qu'on impose. Sauf que le spectateur en retient une chose : l'homme qui s'amuse a tort. Or sa méthode — chercher dans les archives la journée la plus ressemblante et parier qu'elle se répétera — n'est pas fausse parce qu'il fanfaronne, elle est fausse parce que le régime atlantique n'offre aucun précédent utilisable à trois jours, argument vérifiable et indépendant de son porteur. En faisant coïncider aussi exactement la faute de méthode et le défaut de caractère, Maras dispense d'examiner un raisonnement : il suffit de jauger un tempérament.
D'autant que le film sait le faire, une fois. À la conférence du 4 juin, Stagg démonte la série historique de Krick en lui opposant Mont Sorrel, juin 1916, absent de ses données. Quelques répliques, et l'affaire est réglée sur pièces : c'est le seul moment où le désaccord se tranche par la vérification d'un corpus plutôt que par l'ascendant d'un caractère.
Il se fie, en revanche, très justement aux visages. Scott tient Stagg de bout en bout, froid comme ses prévisions, jamais quémandeur, et fait de l'antipathie du personnage le moteur même de l'adhésion. Messina lui oppose une chaleur d'emprunt, Lewis une morgue de commandement, Condon une intelligence qu'on ne consulte jamais ; Fraser, plus contesté, joue Eisenhower en homme qui s'entend décider et n'aime pas ce qu'il entend. L'ensemble tient parce que ces cinq registres ne s'accordent pas — il obtient sa tension, dans des visages qui ne se répondent pas.
Ce qui rend d'autant plus superflu le péril domestique dont on lest le personnage : la femme enceinte, la maternité bombardée, le sort tenu en suspens jusqu'au dernier acte. Le dispositif a été ajouté pour garantir qu'une salle tienne quatre-vingts minutes de discussions barométriques, comme si l'obstination d'un homme ne suffisait pas à faire un enjeu.
Par contre, Kay Summersby n'existe dans le film que comme amortisseur. Elle console Stagg quand l'état-major l'a humilié, elle tempère Eisenhower quand il s'est emporté, elle filtre les demandes d'audience — et pas une fois le montage ne lui accorde un plan où elle penserait pour son compte, une réplique qui engagerait autre chose que l'apaisement d'un homme.
La messe dominicale est le sommet du film et l'endroit où sa thèse se retourne. Le soleil entre par les ouvertures pendant l'office, puis la tempête arrive, à l'heure dite, et le contrechamp est fourni par le ciel lui-même pendant que les officiers prient. La science apparaît pour ce qu'elle est, une forme de patience, et la providence pour ce qu'elle n'est pas. Mais l'ironie du montage joue contre celui qu'elle glorifie : Stagg n'est jamais justifié par la solidité de sa démarche, il est justifié par l'événement. Le spectateur sait depuis toujours que le 6 juin a marché ; chaque scène de doute est un théâtre à résultat garanti, et l'éloge de l'expertise se réduit à la célébration d'un pari rétrospectivement gagnant. Le film ne saura jamais dire ce qu'aurait valu un Stagg honnête et faux.
Et puis la mer se retire et les barges arrivent. Après quatre-vingts minutes passées à soutenir que l'histoire se joue dans une pièce, autour d'une table, entre des hommes qui lisent des chiffres, Maras filme le débarquement. Rampes qui s'abattent, eau qui gicle, corps qui tombent en contre-jour : la grammaire est celle de tous les films de plage, exécutée proprement, sans une idée. Le montage alterne la fusillade et la salle de contrôle, ce qui rétrograde la délibération au rang de cause dont l'assaut serait l'effet — le film paie en spectacle une thèse qui affirmait que le spectacle était secondaire. Et il le fait parce qu'il n'a pas de quoi finir autrement : une querelle de prévisions dont on connaît l'issue ne remplit pas cent minutes, il fallait bien quelque chose au bout. Maras a eu besoin de la plage parce qu'il n'a pas cru, en fin de compte, que la salle suffisait.
Ce que Pressure raconte, sans le vouloir, c'est la manière dont notre époque s'y prend pour défendre ce qu'elle dit chérir. Sommée de plaider pour la donnée contre l'intuition, pour la mesure contre la vantardise, elle produit un saint : un homme désagréable et seul, vêtu d'une autre couleur, dont la sainteté est certifiée non par la solidité de sa démarche mais par le fait avéré qu'il a gagné. Et pour tenir cette salle, il retouche la vérité.
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