Comme elle aime à le dire, rien de bien n'attend Zephyr sur la terre ferme, c'est pourquoi la jeune femme préfère dompter les vagues avec sa planche de surf. Hélas, alors qu'une possible ancre sentimentale se dessine sur fond de soudain coup de foudre, elle préfère la fuir à nouveau pour trouver refuge dans l'océan. Grave erreur car, aux alentours de la plage, un très dangereux squale à pattes humaines a décidé de refermer ses dents acérées sur elle...
Sean Byrne is back ! Enfin. Car, après un premier film, "The Loved Ones" en forme de coup de maître et un deuxième, "The Devil's Candy", confirmant bel et bien l'essai, le réalisateur et scénariste australien nous avait tout simplement laissé orphelin de lui depuis dix ans ! Et ce n'est pas peu dire que l'on attendait le retour inespéré du bonhomme aux manettes de "Dangerous Animals", un film de requins forcément atypique par le fait que ceux-ci y deviennent les instruments de mort d'un tueur en série amateur de jeunes femmes croquées par leurs soins.
Si l'idée n'est pas forcément nouvelle (on se souvient notamment d'un raté "Shark 3D" partageant vaguement un concept similaire), "Dangerous Animals" est d'emblée boosté par une approche hybride entre le meilleur de ce qu'un survival australien brut de décoffrage a à offrir et la peur primaire que peut recouvrir un aileron aperçu dans l'océan grâce à la mise en scène d'un Sean Byrne n'ayant rien perdu du talent percutant qu'on lui avait décelé.
Après un efficace prologue où les tendances prédatrices dissimulées derrière le masque d'un affable humain se révèlent bien plus redoutables que l'instinct primaire de carnivores aquatiques, Byrne prend le soin d'installer son héroïne, sirène blessée par la vie et s'extirpant avec difficulté des mailles d'un coup de coeur inattendu, pour la mettre dans les griffes de son chasseur. Chaque action de ce dernier à son égard résonneront dès lors comme d'imparables coups de mâchoires visuelles et sonores à l'écran, et, là où n'importe quelle proie innocente se serait noyée dans le désespoir de cette situation inextricable (ce qui est d'ailleurs mis fort intelligemment en avant), le film va nous dévoiler l'esprit combatif de Zéphyr, forgé par les épreuves, qui va être constamment sa bouée de sauvetage et de résistance face à son bourreau, lui-même conscient de tenir là une victime d'exception, une sorte d'égale susceptible de comprendre voire de partager sa folie (aussi irrationnelle soit-elle).
Sans forcément se montrer révolutionnaire quant aux codes qu'il emprunte par son approche bâtarde entre terre et mer, entre perversion humaine et danger marin à sa disposition, "Dangerous Animals" va se servir de cet engrenage improbable pour délivrer un survival très bien maîtrisé, toujours capable de rattraper ses quelques facilités (ce qui passe à l'extérieur du côté de l'amoureux transi de Zephyr) par la tension remarquable qu'il insuffle dans son duel se construisant via une suite exponentielle de confrontations diablement prenantes et les rebondissements jubilatoires permis par les possibles échappatoires qui en découlent.
Revenu du fin fond de la catégorie des chats noirs du cinéma (une partie de sa filmographie prêtait à croire que sa seule présence faisait rimer certains blockbusters US avec médiocrité), Jai Courtney y trouve également un rôle de psychopathe enfin à sa démesure, faisant même office de ce que l'on pourrait qualifier d'une véritable résurrection à l'écran tant sa prestation suinte toute la déviance irrémédiable de son personnage face à la révélation Hassie Harrison, parfaite en vue de lui tenir tête dans l'affirmation de caractère d'une héroïne prête à tout pour ne pas se faire engloutir par les ténèbres d'autrui.
Bref, même si on aurait préféré le voir aussi à l'écriture de ce "Dangerous Animals" pour sans doute en faire quelque chose de bien plus original, Sean Byrne prouve encore aujourd'hui qu'il est bien un réalisateur australien sur lequel il faut compter, doté d'un savoir-faire imparable pour traduire toute l'intensité des fondements d'un bon survival et les fondre à une donne de shark movie bien entendu plus détonnante dans ce contexte d'outils à la folie humaine. En espérant maintenant ne pas avoir à attendre dix nouvelles années avant son prochain long-métrage...