Comment en est-on arrivé là ?
Au début des années 90, cinq jeunes femmes, amies d’enfance, ont braqué sept banques dans la région d’Avignon. La presse les a surnommées « Le Gang des Amazones ». C’est leur histoire que raconte Mélissa Drigeard durant 125 minutes. Plus qu’un film de braquage, ces deux grosses heures relèvent plutôt du polar social et se révèle parfaitement passionnant, si ce n’est une durée excessive. Une histoire qui m’a rappelé cette phrase de Bertold Brecht : Qui est le plus grand criminel? Celui qui vole une banque ou en fonde une ?
Je dois avouer que les 3 films déjà réalisés par cette cinéaste m’ont laissé un souvenir pour le moins mitigé – et je suis poli -. Car, si Tout nous sourit était honorable, les Jamais le premier soir et Hawaï émargeaient au rayon du nanar XXL. Mais cette fois, c’est la belle surprise qui m’attendait. Le film s’inspire donc de la véritable histoire de cinq jeunes femmes qui se sont rendues coupables d’une série de braquages dans le Vaucluse, entre janvier 1989 et juillet 1990. Fascinée par les trajectoires de ces femmes, la cinéaste a contacté l’une d’entre elles, Hélène Trinidad, puis est partie à la rencontre des différentes « amazones » dans le Sud de la France afin de les convaincre de raconter leur histoire. Pour ajouter à l’authenticité du film, les scènes de prison du film n’ont pas été reconstituées en studio mais ont été tournées dans de véritables centres pénitentiaires comme celui des Baumettes à Marseille ou celui de Tarascon. Voilà un film qui nous montre toutes les failles humaines. Celles de l’administration et du système, mais aussi les failles humaines de ces braqueuses chez qui ont retrouvent pêle-mêle égoïsme, recherche de profit - certes relatif -, égo, désespoir, courage, un poil de bêtise et sentiment d’injustice. Ce sont des êtres humains, rien de plus et le film se garde bien d’en faire des héroïnes. Autopsie d’un engrenage social très réussie et surtout très bien incarnée.
Car, outre l’authenticité, le point fort de ce film reste son casting avec Lyna Khoudri, Laura Felpin , Mallory Wanecque, Izia Higelin et Kenza Fortas, auxquelles on ajoutera volontiers quelques seconds rôles de grand talent comme Moussa Maaskri, Louis Memmi, Patrick Descamps et Mama Prassinos. Le portrait de femmes malmenées par la vie et qui n’ont trouvé d’autre solution que de franchir la frontière, celle de l’illégalité. En évitant tout sensationnalisme, le film laisse place à une vraie réflexion résumée par les paroles d’une juge d’instruction d’une grande humanité : Comment en est-on arrivé là ?