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On entre dans Le Gang des Amazones comme dans un chapitre oublié de James Ellroy, mais transposé sous la lumière sèche du Vaucluse : violences diffuses, fantômes sociaux, jeunesse cabossée. Comme chez Ellroy, la narration cherche la faille — ce qui se passe entre les lignes — mais Mélissa Drigeard ne retrouve pas tout à fait cette densité : elle préfère l’efficacité, presque une simplicité documentaire qui empêche parfois la fiction de respirer. On pense aussi à Andrea Arnold, pour cette manière de filmer les corps comme des territoires à défendre. Les cinq jeunes femmes avancent comme une meute, impulsives, désordonnées, vibrantes. Comme chez Arnold, la caméra colle aux peaux, aux gestes brusques, au désarroi qui suinte sous les décisions. La différence ? Arnold laisse toujours un espace de sauvagerie poétique. Ici, tout est plus cadré, plus expliqué — parfois trop. Il y a enfin quelque chose de Cédric Jimenez dans la manière de filmer les braquages : frontalité, urgence, tension brute. Sauf que Jimenez ancre ses personnages dans un système criminel complexe ; Drigeard, elle, reste à hauteur humaine, presque intime, quitte à réduire l’ampleur du contexte historique. La comparaison éclaire le film : là où Jimenez raconte un engrenage, Drigeard raconte une impulsion. Une fiction qui carbure plus au sentiment qu’à la mécanique. Le sujet — cinq femmes braqueuses, réelles, oubliées de l’Histoire — portait une intensité immense. Le film, lui, semble hésiter entre chronique sociale, polar et drame judiciaire. Il touche juste par moments, rate l’onde de choc qu'on attendait. Restent les actrices, splendides, surtout Lyna Khoudri et Izïa Higelin, qui donnent au récit une énergie que la mise en scène peine parfois à soutenir. Note : 8 / 20
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