Adaptation d’un succès littéraire de Guiliano Da Empoli (que je n’ai pas lu), co-scénarisé par Olivier Assayas et Emmanuel Carrère, « La Mage du Kremlin » est le film évènement de ce début d’année, ou du moins présenté comme tel. Long de 2h25, un peu trop long même on peut dire, car les 20 premières minutes semblent s’étirer un peu vainement, le film d’Assayas met pas mal de temps à démarrer. Toute la partie « avant Poutine » est là pour poser le personnage central, mais honnêtement cela aurait pu être plus ramassé. Les longues scènes dans les boites undergound du début des années 90 à Moscou ou même la pièce mis en scène par le jeune Baranov n’apporte pas grand chose au cœur du propos. Lorsque les choses sérieuses arrivent enfin, là le film devient plus fort, plus intéressant. Oliviers Assayas couvre une période allant de 1991 à 2014, tout cela sous la forme un immense récit fait à postériori en 2019 par Baranov lui-même, dans sa datcha, à un universitaire américain. Baranov raconte ses années de pouvoir sans qu’on puisse déterminer s’il dit réellement la vérité, la vérité étant un mot sonnant étrangement dans ce film. Disons qu’il raconte SA vérité. Mélangeant reconstitutions et images d’archives, les imbriquant même à l’occasion, le film fait des sauts de puce de grands évènements en grands évènements : des attentats tchéchènes aux JO de Sotchi en passant par le naufrage du Koursk ou la Révolution Orange, toujours vu sous l’angle du pouvoir poutinien, de plus en plus autocratique, de plus en plus cynique. Il y a des passages plus intéressants que d’autres, plus instructifs que d’autres, plus choquants (à nos yeux d’occidentaux) que d’autres mais honnêtement, quand on s’intéresse un peu aux affaires du monde, on ne tombe pas de notre fauteuil de cinéma devant les « fermes à clics » (peut-être le passage plus mieux écrits et le plus pertinent, du film) ou les assassinats ciblés ou les attentats auto commandés. Ce qui est proposé par « La Mage du Kremlin », c’est à la fois une leçon d’histoire de la Russie postsoviétique mais surtout le portrait psychologique d’un homme et au-delà de lui, d’un pays qui n’a jamais connu la Démocratie et qui semble, dans son ensemble, ne pas en vouloir. Culte de l’homme fort, du pouvoir vertical, influence de la religion orthodoxe (aspect très peu évoqué dans le film et c’est bien dommage), nostalgie d’un passé millénaire tzariste (et/ou communiste, à force les deux se mêlent très bizarrement), la Russie dépeinte ici est sans concession. Alors oui, c’est la vision occidentale d’une Russie conquérante et cynique, et il aurait été difficile d’en faire une autre description. J’imagine que les « fermes à clic » du pouvoir russe noteront sur Allociné ce film en conséquence ! Jude Law est assez bluffant en Vladimir Poutine, finalement assez ressemblant et avec dans le regard une froideur et un détachement qui réellement, fait parfois froid dans le dos. Autre aspect négligé par le film : la vie privée de Poutine. Autant celle de son conseiller est racontée assez longuement (et elle n’est pas franchement passionnante), autant celle de son « tzar » semble être le secret le mieux gardé du Kremlin. Dans un second rôle intéressant on notera la bonne performance de Will Keen et celle, plus nuancée d’Alicia Vikander. Concernant le rôle titre et la performance de Paul Dano, je vais être moins élogieuse. Sans charisme, peu expressif, il m’a semblé traverser ce film dont il est portant l’élément central comme une sorte de fantôme. Je sais que Quentin Tarantino a dit des choses très dures sur ce comédien, et ça me navre de l’écrire mais je trouve qu’il y a du vrai dans ce qu’il a dit, Paul Dano ne m’a pas du tout convaincu dans le rôle de Vadim Baranov, sauf dans quelques scènes. Ce sont les scènes où il a les dialogues les plus forts, les plus incisifs à prononcer qu’il s’en sort le mieux et pour cela il peut dire merci au scénario. Convaincue par « La Mage du Kremlin » ? A moitié je dois dire. Le film ne manque pas d’intérêt ni de pertinence par moment, il propose une vision sans concession de la Russie et du pouvoir russe. Mais il ne nous apprend rien que nous ne soupçonnions déjà, il souffre de quelques longueurs et d’un petit souci de casting assez dommageable.