C'est cela la magie du cinéma : raconter la Russie du nouveau tsar et de son conseiller très spécial, en adaptant le roman d'un Italien, en tournant en Lettonie en langue anglaise avec un trio d'interprètes majeurs, un Américain, un Britannique et une Suédoise, le tout dans une réalisation française d'Olivier Assayas, sur un scénario coécrit avec Emmanuel Carrère, dont la patte est d'ailleurs identifiable dans la narration. Le livre de Giuliano da Empoli a eu le succès que l'on sait, jugé impressionnant par ses lecteurs, avec des longueurs, cependant. Quid du long métrage, qui malgré une durée de plus de 150 minutes ne saurait prétendre rivaliser dans le détail ? En revanche, dans l'efficacité de son récit et sa mise en scène très sûre, Assayas fait mieux que répondre aux attentes, forcément exigeantes. C'est une leçon d'Histoire et de Géopolitique, qui explique parfaitement la période Eltsine et le temps des oligarques, avant qu'une fois de plus la Russie accueille son homme fort, la délivrant du semblant de démocratie chaotique qui n'aura existé que quelques années. On le sait, la voix off au cinéma est un outil qui est souvent lassant, mais dans Le mage du Kremlin, elle est un instrument didactique bien utile pour saisir les mécanismes sournois et cyniques d'un pouvoir absolu, au service d'une ambition sans limites. Le peuple russe peut paraître comme le grand absent du film, mais le personnage d'Alicia Vikander lui permet toutefois d'exister, au moins un peu. L'actrice est parfaite et tire son épingle du jeu, même si Paul Dano et Jude Law volent très haut dans leurs prestations, sans jamais que l'ombre portée de la caricature n'apparaisse.