Le Mage du Kremlin
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Le Mage du Kremlin" et de son tournage !

Une heureuse coïncidence

Le Mage du Kremlin est adapté du roman du même nom de Giuliano da Empoli publié en 2022. Il se trouve qu'Olivier Assayas et l'écrivain italo-suisse sont voisins "dans un coin reculé de la Toscane", et que ce dernier avait envoyé au réalisateur français un exemplaire de son ouvrage au moment de sa sortie.

Alors qu'il venait d'arriver dans sa résidence estivale, Assayas a reçu un coup de fil d'un producteur qui lui vantait les qualités du Mage du Kremlin, le qualifiant de "formidablement cinématographique". Le cinéaste se souvient : "j’avais le livre devant moi et [...], par la fenêtre, j’apercevais même la maison de l’auteur. Cela a attisé ma curiosité, j’ai aussitôt lu le livre, dont l’originalité tenait à la fois à ses grandes qualités littéraires et à une intelligence précise et exigeante des rouages du pouvoir contemporain."

Un projet qui a failli ne jamais voir le jour

Bien que séduit par le roman de Giuliano de Empoli, Olivier Assayas avait de grands doutes sur sa capacité à l'adapter pour le cinéma : "Trop abstrait, trop construit sur les dialogues ; beaucoup de choses qui allaient de soi dans le roman, réflexions sur le pouvoir, sur l’histoire moderne de la Russie, me semblaient plus épineuses au cinéma. J’y ai longuement réfléchi et puis j’ai rappelé ce producteur en lui expliquant pourquoi, selon moi, l’adaptation du Mage du Kremlin posait des questions insurmontables."

L'implication salvatrice d'Emmanuel Carrère

Olivier Assayas hésitait à se lancer dans une adaptation cinématographique du Mage du Kremlin, mais un appel de l'agent François Samuelson lui a fait l'effet d'un déclic. Celui-ci lui apprenait que l'écrivain Emmanuel Carrère était enthousiasmé par le livre de Giuliano da Empoli. Après en avoir parlé à son producteur Olivier Delbosc, Assayas a commencé à envisager de collaborer avec Carrère : "On se connaît depuis toujours, on a l’un et l’autre débuté dans la critique de cinéma, qui est un tout petit milieu. L’idée de se retrouver autour d’un projet ambitieux me semblait stimulante. Emmanuel m’apportait à la fois sa culture, familiale, de l’histoire Russe et une connaissance bien plus poussée que la mienne de la Russie contemporaine. Non seulement il parle la langue, mais il a mené un travail de terrain et d’investigation sur la Russie post-soviétique".

Jude Law en Poutine : un pari risqué

Trouver l'interprète de Vladimir Poutine a été le plus grand défi lors de la constitution du casting. Olivier Assayas et Jude Law se connaissent depuis qu'ils ont été membres du jury du Festival de Cannes en 2011. Ils ont depuis failli collaborer sur des projets qui n'ont finalement pas abouti. "En suivant sa carrière, en tant que spectateur, j’ai eu le sentiment qu’il aimait de plus en plus se grimer, qu’il avait développé une capacité de transformation et, même sans vraie ressemblance physique, qu’il pouvait réinventer de l’intérieur un Poutine crédible", explique le cinéaste.

Celui-ci ne voulait pas que Jude Law utilise des prothèses pour ne pas tomber dans une imitation de Poutine. L'acteur s'est plongé dans de nombreuses images d'archives, livres et documentaires sur le président russe : "Une fois que je me suis lancé dans les recherches, et même si Olivier ne souhaitait pas que je m’y plonge de manière obsessionnelle, il était difficile de décrocher d’un sujet aussi captivant." Si l'entreprise lui paraissait initialement titanesque, il est parvenu à trouver la distance idéale : "il ne s’agissait pas d’être dans une imitation parfaite. Il s’agissait d’inscrire ce personnage dans le récit et de parvenir à un résultat qui sonne juste."

Immersion totale

Pour interpréter Vadim Baranov, Paul Dano s'est lancé dans une immersion totale. Il a passé des mois à se documenter sur l'histoire contemporaine russe grâce à des livres, des vidéos YouTube et des podcasts : "Mon travail, c’est non seulement d’être aussi précis que possible dans mon jeu, mais aussi de devenir une sorte d’expert sur le sujet qu’aborde le film."

Olivier Assayas ne tarit pas d'éloges sur lui : "C’est un acteur stupéfiant, tout en nuances, qui parvient à force de virtuosité, à force de travailler sur les moindres détails, à trouver la clé la plus intime de son personnage en toute circonstance."

La langue anglaise

Tourner en langue anglaise était une évidence pour Olivier Assayas : "Même si on avait décidé de tourner en Russie, ce qui était hautement improbable, on n’aurait jamais trouvé d’acteur qui accepte de prendre le risque de jouer dans un film critique vis-à-vis de Poutine. Par ailleurs, on n’aurait jamais réuni les financements si le film ne se faisait pas en anglais et avec des acteurs de renom."

En revanche, le réalisateur s'est demandé si les acteurs devaient garder leur accent respectif, Paul Dano étant américain, tandis que Jude Law, Tom Sturridge et Will Keen sont anglais, et qu'Alicia Vikander est suédoise. La majorité des seconds rôles sont quant à eux lettons. "Et puis assez rapidement je me suis détendu sur la question. Je me suis rendu compte que l’important c’était de réunir la meilleure distribution possible, anglo-saxonne ou Lettone confondue, et puis laisser jouer les acteurs", confie-t-il.

La Lettonie

C'est en voyant Limonov, la ballade de Kirill Serebrennikov, où la Russie est reconstituée en Lettonie, qu'Olivier Assayas a eu l'idée d'y tourner Le Mage Du Kremlin : "Il était bien entendu inenvisageable de filmer en Russie et, pendant un certain temps, on ne savait pas où on allait tourner. Aucun pays n’avait tous les décors dont nous avions besoin. Cela impliquait de multiplier les voyages, selon une logistique qui économiquement était démesurée. Et qui, pour être clair, rendait le film impossible."

Finalement, la Lettonie s'est révélée parfaite grâce à la diversité de ses décors et de ses ambiances, capables de reproduire Moscou, Saint-Pétersbourg, la mer Noire et même la Suède. Le palais du Kremlin a été reconstitué dans un château du XVIIème siècle au sud-ouest de la Lettonie. Seules les scènes du Cap d’Antibes et de la Riviera ont été tournées en trois jours dans le Midi de la France.

La reconstitution du bureau de Poutine

Le bureau de Vladimir Poutine a été reconstitué dans un immeuble 1900 de Riga. Le chef-décorateur s’est appuyé sur toute la documentation possible pour se rapprocher au mieux du véritable bureau du président russe, "mais on a dû compléter avec du mobilier qu’on est allés chercher dans des pays voisins, faire faire des chaises en Pologne… il fallait évoquer une forme de faste étatique russe et dont on ne trouvait pas l’équivalent en Lettonie", explique le réalisateur.

De fausses archives

Le Mage du Kremlin contient trois types d'archives : celles qui permettent de faire revivre Moscou, celles qui concernent des événements politiques, avec des personnages existants, et enfin celles que la production a dû reconstituer, comme par exemple celles avec Boris Eltsine car un acteur l'incarne dans le film. Ces images ont été recréées à l’identique, puis patinées pour leur donner la texture particulière de la télévision de l’époque. Le réalisateur précise : "Paradoxalement, les archives qui nous ont posé le plus de difficultés sont celles des deux cérémonies d’intronisation de Poutine. Les vidéos de l’époque ont très mal vieilli et la qualité des images existantes est épouvantable."

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