Depuis le début de leur prestigieuse carrière, les frères Dardenne, n'ont cessé de se renouveler. Leur premier film, en 1978, le drame psychologique poignant, "Que la Bête Meure", avec Claude Brasseur habité, qui cherche le chauffard qui a renversé son fils avec sa limousine. La comédie, "Plus ça va, moins ça va", avec Louis Jourdan et Niels Arestrup, subtile mélange des genres sur un fil de rasoir. "Place Vendôme", le polar, le dur, le vrai, avec cet acteur que l'on voyait trop peu, Jean-Pierre Bisson. Il faudrait tous les citer, et tous les revoir en boucle. Ici, avec "Jeunes Mères", de quoi s'agit-il ? Très simple, c'est le destin brisé de Jessica, Perla, Naïma, Ariane, et la plus lumineuse de toutes, mais aussi la plus sauvage, Julie, la plus belle, et l'on pense irrémédiablement à Grace Kelly à ses débuts. Elle seule sera d'ailleurs le révélateur final du coup de théâtre que nous assène les Dardenne, et qui nous prend, pauvre spectateur, au dépourvu. Certains diront que la référence est grossière, elle ne l'est pas, et c'est sans détour, que les deux réalisateurs rendent un ultime hommage au film de Terrence Malick "Les Moissons du Ciel", de part les éclairages de la cuisine de Jessica qui rappellent les clairs-obscurs de Nestor Almendros. Pourtant, on ne pourra reprocher aux frères Dardenne d'utiliser à outrance un réalisme misérabiliste, tant la leçon retenue de chez Wenders, semble ici accablante. Alors me direz-vous, où sont les hommes ? Sont-ils à ce point absents de ce métrage ? Oui et non, et, à l'instar de leur sixième long-métrage, "Antoine et Antoinette", l'homme est un reflet exigu dépeint comme une triste réalité argentique. Film coup de poing, film admirable, sans parler de la musique qui rappelle bien évidemment celle du "Clan des Siciliens" de Morricone. On aimerait une suite, mais il ne faut pas rêver, et il y a fort à parier que Jean-Luc et René Dardenne nous entraîneront l'année prochaine à Cannes dans un nouveau miracle cinématographique. Palme d'Or donc, pour cette année 2025, amplement méritée, et prix d'interprétation à l'ensemble des comédiennes qui sont venues ce soir-là sur le Tapis Rouge, qui depuis plus de quarante ans, n'avait pas vu déambuler autant de glamour et d'élégance. Ronald Wyatt (Historien du Cinéma).