Chien 51 — Blade Runner sous anxiolytiques et merguez froides
Cédric Jimenez a décidé de nous montrer le futur, et c’est pas joli-joli. Paris est devenue une boîte à sardines divisée en trois zones : les riches, les classes moyennes qui croient encore être riches, et les pauvres qui trient les déchets des deux premiers. Au milieu de ce zoo social, une IA du nom d’ALMA gère la sécurité. En gros, Big Brother a pris un abonnement chez BFM TV. Et quand l’inventeur de la bécane se fait buter, deux flics que tout oppose doivent collaborer. Tu sens venir le buddy movie à la française, sauf qu’ici, au lieu de rigoler, tu sens la sueur, la tension et la pauvreté en 4K HDR.
Visuellement, c’est une claque. Paris a des airs de dystopie bien léchée : drones qui volent, néons bleus partout, ciel gris permanent — bref, un peu comme aujourd’hui mais avec un meilleur contraste. Jimenez filme la capitale comme une prostituée fatiguée : maquillée par la technologie, mais pleine de cicatrices. On pense à Blade Runner, à Ghost in the Shell, à Minority Report, sauf que là, c’est pas Tom Cruise qui court, c’est Gilles Lellouche avec la dégaine d’un mec qui a perdu ses clefs de voiture et sa foi en l’humanité.
Gilles Lellouche, c’est pas un acteur ici, c’est un pitbull. Le mec a une gueule de boxeur qui a bouffé trois années de service social dans le 93. Il grogne, il fume, il tabasse, mais il reste humain. À côté de lui, Adèle Exarchopoulos fait le job : froide, tranchante, presque robotique, comme si elle avait avalé un circuit imprimé. Leur duo fonctionne parce que tu sens qu’ils se détestent autant qu’ils se comprennent. C’est un peu comme si un Space Marine et un androïde avaient été forcés de partager un open space.
ALMA, l’intelligence artificielle au cœur de l’histoire, c’est la version high-tech du préfet Lallement : omnisciente, froide, et persuadée de faire le bien. Sauf qu’ici, ça vire au délire totalitaire. Jimenez tisse un propos pas con du tout sur la délégation du pouvoir à la machine, sur la surveillance et la servitude volontaire. Le problème, c’est que le film veut tout dire — le social, la technologie, la morale — et finit par ressembler à un débat d’Arte animé par un CRS.
Putain, ça fait du bien de voir un film français qui sort les crocs. Pas un drame social avec des gens tristes dans un HLM, non : un vrai polar futuriste, nerveux, moite, filmé à la main, avec des acteurs qui respirent la testostérone et des dialogues qui claquent comme des gifles. On sent que Jimenez veut prouver que la France peut faire du cinéma de genre sans se cacher derrière une énième comédie sur le divorce. Et merde, il y arrive.
Chien 51, c’est Blade Runner passé au Ricard. Une dystopie en bleu-blanc-rouge, avec des flics fatigués, des IA manipulatrices et une ville qui sent le bitume mouillé et la désillusion. Le film n’est pas parfait, mais il a ce qu’il faut de tripes, de sueur et de noirceur pour faire honneur au cinéma français. Bref, Cédric Jimenez a créé un polar du futur qui mord, et quand il mord, il ne lâche pas.
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