Marty Supreme trouve ses racines dans un moment inattendu de la vie de Josh Safdie. Alors qu'il était absorbé par la production de Uncut Gems, sa femme découvrit un livre poussiéreux écrit par Marty Reisman, un prodige new-yorkais du tennis de table. Bien qu'il n'eût pas immédiatement plongé dans cette lecture, le cinéaste fut profondément inspiré par l'histoire de cet outsider audacieux. C'est ce coup de foudre pour un récit oublié qui a ouvert la voie à la création de Marty Supreme.
Marty Supreme traverse des décors variés, allant de Manhattan aux pyramides égyptiennes. En embrassant ces paysages hétérogènes, le réalisateur a cherché à souligner l'universalité de la quête de son protagoniste. Chaque lieu a été choisi pour sa capacité à contraster avec le modeste début de Marty, reflétant ainsi son rêve démesuré.
Dans le New York des années 1950, le tennis de table a fait naître une véritable sous-culture peuplée de magouilleurs, de génies et de marginaux. On pratiquait cette discipline dans des salles clandestines enfumées, au cours de fêtes organisées sur les terrasses des immeubles, dans les auberges de jeunesse, les dortoirs des prestigieuses universités de la côte Est du pays, et les immeubles du sud de la ville.
C’est parmi ces outsiders, ces êtres sans scrupules, que Safdie et Bronstein ont découvert un nouveau territoire pour laisser libre cours à leur passion pour les personnages faillibles et les univers interlopes. "Les gens qui brillaient au tennis de table étaient souvent ceux qui ne trouvaient leur place nulle part ailleurs. La discipline n’était pas respectée et attirait des types louches, des puristes, des obsessionnels."
"Quand j’ai découvert que le tennis de table remplissait des stades au Royaume-Uni et partout en Europe, j’ai compris qu’il était parfaitement crédible qu’un jeune homme, en 1952, soit convaincu qu’il pouvait devenir célèbre grâce à ce sport."
Avant même d’écrire une seule ligne de dialogue, Josh Safdie a contacté Timothée Chalamet, qu’il avait rencontré à l’occasion d’une fête pour Good Time en 2017, quelques mois avant la sortie de Call Me By Your Name et l’ascension fulgurante du jeune acteur. Au fil des années, ils sont restés en lien et ont nourri une amitié s’appuyant sur leur passé commun de petits New-yorkais rêvant de faire du cinéma.
"Je savais qu’il était lancé pour faire une carrière étincelante et devenir l’un des plus grands de sa génération. Mais je savais aussi qu’il pouvait s’étrangler de rire en entendant une blague débile pendant qu’il mangeait son hot-dog ! Il y a une gravité singulière chez Timmy qui me semblait correspondre à la perfection au doux rêveur crédule qu’on avait commencé à imaginer", se rappelle le réalisateur.
Pour habiller Gwyneth Paltrow dans le rôle de Kay Stone, Miyako Bellizzi s'est inspirée du style européen de l'après-guerre. Pour recréer l'allure sophistiquée et glamour du personnage, la costumière a écumé les archives du Metropolitan Museum of Art. Ne pouvant se permettre les pièces originales, elle a soigneusement reproduit des robes Dior pour donner à Kay Stone une allure distinguée et intemporelle.
Les scènes de tennis de table ne se sont pas contentées d'être de simples séquences d’action. Pour restituer les échanges vertigineux, plusieurs caméras, dont certaines en pleine ligne de tir, ont été utilisées, donnant un effet documentaire. Cette technique immersive a permis de capter l'intensité des matchs, plongeant les spectateurs dans le cœur de l'action.
Une des créations marquantes du chef décorateur Jack Fisk pour le film est Lawrence’s, un ancien club de tennis de table. Inspiré par une institution oubliée de New York, située à l’angle de Broadway et de la 55ème rue, Fisk et Safdie ont entrepris de lui redonner vie. Ils ont fouillé les archives et, grâce à des chercheurs, ont récupéré les plans architecturaux d’un immeuble aujourd’hui démoli, reconstituant ainsi méticuleusement ce lieu chargé d'histoire qui n'existe plus aujourd'hui.
Daniel Lopatin, alias Oneohtrix Point Never, a conçu une bande originale en trois vagues distinctes. Inspirée par "le son des balles de tennis de table qui ricochent", la musique mêle mélodies polyrhythmées, ostinatos de flûte des années 50, et synthés années 80. Ce choix anachronique vise à capturer l'énergie inachevée du rêve de Marty, créant ainsi un lien entre les mondes du passé, du présent et du futur, et prolongeant la collaboration entre Lopatin et Safdie.
Pour capturer l'atmosphère vibrante du Lower East Side des années 50, Fisk a décidé de ne pas reconstituer le décor en studio. À la place, il a utilisé trois pâtés de maisons autour d'Orchard Street, habillant certaines façades pour retrouver l'essence de l'époque. "Il y a une présence entêtante dans le Lower East Side qu’on ne retrouverait pas si on l’avait reconstitué en studio", affirme Fisk, soulignant l'importance d'utiliser des lieux réels pour capturer l'authenticité désirée.
Selon Deadline, le budget de production de Marty Supreme serait compris entre 90 et 70 millions de dollars, ce qui ferait de lui le film le plus cher jamais produit par A24 à ce jour, avec The Smashing Machine, autre biopic sur fond de sport, porté par Dwayne Johnson et mis en scène par Benny Safdie cette fois-ci.
Deux longs métrages qui, outre le studio dans lequel ils sont nés, ont en commun de bénéficier d'un budget étonnamment élevé. Mais qui illustrent bien la nouvelle direction prise par A24, désireux de produire davantage de projets ambitieux comme ceux-ci à l'avenir.