Une formidable fresque historique, à l’américaine, puissante , somptueuse, sur la période si complexe et peu traitée au cinéma, de la collaboration française.
Le film remonte à la source, les années 20, le choix du pacifisme de beaucoup, au sortir de la grande guerre , de gauche comme de droite, qui veulent tout faire pour éviter la 3eme.
La présence de Otto Abetz, francophile, intellectuel de gauche dès les années 20 dans les cercles intellectuels parisiens. On assiste, en live, grâce à un scénario remarquablement écrit, au cordeau, par Giannoli ; à la genèse de ce que sera la collaboration , d’abord dans son mode « soft » , voir même protecteur comme le voudra Pétain au début de la guerre .
Tout cela est décortiqué, sans manichéisme, avec beaucoup d’analyses très fines, très justes. Probablement le meilleur film jamais réalisé, sur cette période, vu du côté « collaborateur » . On a vu de très nombreux films, très bons, très grands films du point de vue de la résistance, mais rarement du côté des perdants .
La tentative pour ces collaborateurs de la première période de créer un pont sincère, un lien entre l’ Allemagne et la France . Et puis très vite la dérive, la corruption, la violence , l’horreur .
Tout cela est montré, les faits historiques le plus importants sont montrés avec finesse. Y compris l’intervention lunaire et surréaliste de Louis- Ferdinand Céline, la seule fois où il sera invité à l’ambassade, très ironique. On voit bien la participation « passive » et attentiste du milieu culturel français, et beaucoup de noms sont cités dans le film, très courageusement, terreau sur lequel la toute jeune Corinne Luchaire se fondra, s’éblouira, et se perdra, dans des dépravations de fin de régime.
Le film repose sur la magistrale interprétation du trio principal ; Jean Dujardin, parfait dans ce rôle tout en intériorité, en souffrance, quel grand acteur, August Diehl , qui confirme une fois encore qu’il est un des tout grands acteurs européens, et le jeune Nastia Goloubeva, remarquable , par la variété et la profondeur de son jeu .Une très grande maturité et beaucoup de finesse , à suivre de près .
A noter la formidable prestation de Philippe Torreton, en procureur général, qui donnera une plaidoirie lors du procès Luchaire, qui constitue une synthèse parfaite , forte mais équilibrée, de toute cette période . Quel grand acteur.
On se régale, pour ce grand film, rare dans le cinéma français et Xavier Giannoli confirme qu’il est l’un des meilleurs réalisateurs français contemporain.