Note à but personnel:
Encore un film où il est dur de prendre des notes, très dense. Xavier Giannolli s'impose clairement comme le plus fort, je n'y ai pas particulièrement vu un grand artiste mais davantage un grand travailleur. Il a cherché la subtilité à cette période, l'angle, le point de vue. Voilà où ma première critique se place, celle du point de vue soit celui d'un souvenir, d'un souvenir de Corinne Luchaire mais je ne suis pas sûr d'à quel point la voix-off est réussie. Ça marche, ça marche très bien mais je me vois bien oublier cette aspect de la narration dans quelques années. Attention, il n'y a pas feu au lac non plus mais c'est ma réserve, une réserve que j'étends à Natsya Golubeva qui a une résponsabilité monstre dans ce film, qui a les épaules mais qui n'est pas monumental non plus comme j'ai pu l'entendre. Je pense que des moments auraient pû avoir un peu plus de subtilité. Je suis très très rude mais bon, quand le niveau est haut, l'exigence monte.
Quand au film, son succès pour moi est d'avoir réussi à portrayer la lâcheté, j'ai peu de souvenir de personnage lâche au cinéma et Jean Dujardin comme Otto Abetz sont sublimes de lâcheté. Pas la lâcheté qui vous fait faire des horreurs pour défendre votre peau, parce que précisément ces horreurs, on ne les voit pas dans ce film, elle nous hantent en tant que spectateurs mais on ne les voit pas car les personnages non plus. Mais par choix. Le moment qui m'a marqué, c'est ce traveling avant sur cette chaise vide de Luchaire pendant la lecture d'un édito ignoble. Ce traveling qui ne nous dit pas, Luchaire n'est malencontreusement pas là, mais qui nous dit, Luchaire fuit. Parce que comme le dit si bien le procureur lors de sa plaidoirie, "la lâcheté, ça rend subtile". C'est précisément la force et pour moi la philosophie du film.
Étant allé à ce film avec des aprioris très positif, je me suis activement posé la question de qu'est-ce que j'aimerai de ce film. Est-ce qu'on aime un film pour ces frissons, ces émotions qu'on nous transmet au travers de la magie mystérieuse qu'est le cinéma, est-ce le propos, est-ce le divertissement, avons-nous de divertissement pour apprécier un film? Pleins de questions sans réponse mais voici ma tentative le 8 avril 2026, ça me va de m'ennuyer comme un rat mort pendant trois-heures tant qu'à la fin, je me dis que je n'ai pas perdu mon temps pour X ou Y raison. L'inverse n'étant absolument pas vrai.
Alors quand à ce film, oui, il est moins jouissif que le précédent, s'ils partagent tous deux la décadence, l'une est grandiose, l'autre est pitoyable. Alors oui pour nous chers spectateurs, c'est sans doute plus d'ennui parce la musique passe d'une noblesse effréné dans Illusions Perdues avec Hippolyte et Aricie à la tragédie du Requiem dans Les Rayons et les Ombres. Ce sentiment là que ça provoque, ce malaise, cet inconfort qui fait que Xavier Giannolli n'a pas seulement fait un film de point de vue des collabos, parce que nous publics sommes habités par les horreurs de la guerre, nous n'oublions jamais au court des trois heures les horreurs qui ont étés commises. Il me paraît clair que Luchaire se lave les mains avec ces petits services étant hanté par ses immenses crimes, opposé à quelqu'un qui aurait les mains sales pour un plus grand bien.
Hanté, c'est ce que le film me laisse, hanté de me dire si moi aussi, j'aurai pu être un collabo, si moi aussi, j'aurai pu faire ces horreurs...
Les Rayons et les Ombres, c'est très bien.