Je viens d'aller voir "Les Rayons et les Ombres," grande fresque historique de 3h19. Je n'étais jamais allé voir un film ayant une telle durée, mais purée, je n'ai pas regretté la balade...
Je pourrais vous parler de la lumière, de la bande son ou de l'élégance de la mise en scène. Mais la maîtrise technique ne suffirait pas pour justifier un projet pareil. Je pourrais évoquer une écriture au cordeau, la puissance de l'interprétation ou la parfaite coordination des acteurs, mais on serait encore loin du compte.
Disons qu'un auteur français inspiré, inspirant et en pleine possession de son art, a estimé que c'était la durée adéquate pour restituer toute une page de notre histoire. Et pour nous amener, comme "Indigènes", "Cessez-le-feu" ou Au-revoir là-haut" ont pu le faire, à considérer ce qu'on croyait avoir compris d'une époque avec un regard différent.
On pourrait être tenté de se dire : "ah, non, encore une histoire avec les nazis, on n'en peut plus de la Grande Vadrouille." Et on pourrait également penser que parler de la deuxième Guerre pour nous rappeler les dangers du fascisme est un procédé assez lourdingue.
Mais l'auteur a juste choisi quelques personnes ayant réellement vécu, dans un monde mouvant, complexe et imprévisible, pour nous parler de nous. Et il a mobilisé tous les moyens disponibles, du charisme de Jean Dujardin à une science du montage et de la composition assez confondantes, pour nous embarquer avec une force, une tendresse, une rigueur et une absence de jugements qu'on ne ressent pas souvent.
Au point qu'on ressort de ce film en comprenant cette durée hors normes. La richesse, la profondeur et l'ambiguïté morale de l'époque. Et au fond la richesse, la profondeur et l'ambiguïté morale qui nous caractérisent tous.
Les Rayons et les Ombres, et rien de moins.