Un film très compliqué à analyser pour plusieurs raisons.
Parlons déjà des points forts : le jeu d’acteur est incroyable (les trois premiers rôles), et notamment l’acteur allemand jouant l’ambassadeur.
La reconstitution de la France occupée est très crédible : on sent que le budget et les talents du cinéma français ont été mis à contribution.
Enfin, et c’est particulièrement notable, comme le dit Dujardin dans ses interviews : 3 h 19, mais un ressenti de 1 h 40. C’est vraiment ça : le film est très prenant et on ne sent pas trop sa durée.
Malgré ces qualités indéniables, le film présente quelques défauts. Déjà, et même si le film passe relativement vite, certains passages sont peut-être en trop. Toutes les scènes relatives à la maladie des personnages se ressemblent finalement un peu et appuient trop sur ce point : une ou deux scènes auraient suffi ; là, c’est vraiment un sujet central du film.
Surtout, le positionnement du film est délicat. Je comprends qu’il s’agit d’une œuvre et non d’un documentaire historique, mais les « héros », sans aller jusqu’à dire qu’ils sont réhabilités, sont un peu protégés par le film. On montre leurs bons côtés sans que cela soit justifié par la vérité historique et, à trop vouloir expliquer, on a parfois l’impression que l’on cherche à excuser.
Ok, ils sont malades, ok ils sont pacifistes à la base, ok ils ont des problèmes d’argent, mais tout cela ne justifie pas de fermer les yeux et de profiter de la situation.
Plusieurs scènes posent problème. Dujardin surprend des résistants en train d’imprimer des tracts… et ferme les yeux. A priori, cette scène n’a jamais existé : pourquoi l’inventer alors que le personnage est déjà suffisamment « sympathique » ?
La fin est également problématique : on voit des FFI odieux et dégueulasses sans raison, par opposition à des collaborateurs finalement très polis et humains. On passe sous silence l’attitude de Luchaire, jusqu’au-boutiste, qui prendra des fonctions officielles jusqu’à Sigmaringen, en le présentant simplement comme un homme contraint de se cacher et de fuir, qui aurait gardé de la distance avec les collaborateurs.
Enfin, même le procureur, chargé de juger Luchaire et qui aurait dû livrer une plaidoirie rappelant la gravité des faits, semble passer pour un « méchant » qui juge sans savoir et sans tenter de comprendre.
Il s’agit sans doute de maladresses, mais tout cela laisse un goût bizarre à la fin du film…
Il n’en reste pas moins que ce film est un objet cinématographique à part, de très grande qualité, qui mérite d’être vu, ne serait-ce que parce qu’il aborde un sujet trop rare dans notre cinéma.