Derniers Avis : Les Rayons et les Ombres - Page 22
Les Rayons et les Ombres
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Patricederambuteau
1 critique
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4,5
Publiée le 3 avril 2026
Un conseil pour les cinéphiles. Visionnez la vraie Corinne Luchaire dans "Prison sans barreaux " et le "Dernier tournant " Elle est encore plus inouïe que Nasha Goulebova, une très grande trouvaille du film.
Avec "Les Rayons et les Ombres", Xavier Giannoli (Illusions perdues) ausculte à nouveau le milieu de la presse, cette fois sous la chape de l’Occupation nazie. Porté par le trio Dujardin / Golubeva / Diehl, le film explore les zones grises morales et rappelle à quel point la guerre change un Homme, jusqu’à nous renvoyer une question inconfortable : aurions-nous résisté, profité, ou simplement fermé les yeux ? Fresque ambitieuse promise à marquer le cinéma français, elle souffre toutefois de sa durée (3h15), qui aurait gagné à être resserrée sans perdre en impact.
Le cinéma français a régulièrement évoqué la Résistance mais a nettement plus rarement mis au centre de ses récits les Collaborateurs. Xavier Giannoli n’a pas eu peur d’affronter ce sujet compliqué et explosif et le moins que l’on puisse dire est qu’il a grandement remporté son pari ! En effet, Les Rayons et les ombres sont une grande réussite. Ce film retraçant le parcours véritable de pacifistes ayant dérivé par opportunisme vers ce qu’ils rejetaient fait preuve d’une grande subtilité dans le traitement de personnages bénéficiant d’interprètes brillants (on notera notamment les superbes performances de Jean Dujardin et Nastya Golubeva). Le cinéaste arrive parfaitement à montrer comment ce glissement peut s’effectuer de manière insidieuse sans s’en rendre compte. Ne cherchant jamais à faire oublier son sujet par sa mise en scène, Giannoli arrive à rendre son long-métrage passionnant de bout en bout malgré une durée qui pourrait effrayer. Un vrai coup de maitre qui se classera très certainement comme une future œuvre de référence sur cette période !
Un chef-d’œuvre !!! Les 3h15 sont passées très vite pour ma part. Le jeu d’acteur est incroyable. Ce film montre l’importance des médias et des journaux, ainsi que leur impact lors des périodes sombres. Ce film nous replonge dans une époque très sombre de notre histoire. Le but de ce film n’est pas d’être lisse, bien au contraire : il montre un père et une fille qui ne comprennent pas la gravité de la situation et qui ne pensent qu’à se faire de l’argent ou à être admirés.
Il nous montre également l’importance des médias et des journaux, ainsi que leur impact pendant les guerres.
Au niveau de la réalisation, j’ai bien aimé le fait qu’il y ait des plans en noir et blanc. Cela nous plonge vraiment dans une ambiance d’époque.
En conclusion, Les Rayons et les Ombres est un film marquant, porté par une excellente interprétation et une mise en scène immersive. Malgré sa longue durée, il parvient à captiver du début à la fin.
On entre dans la collaboration par aveuglement idéologique, intérêt financier ou légèreté. Jean Luchaire collabore avant tout par conviction. Journaliste de gauche, il relaie depuis la fin des années 1920 des idées pacifiques, cristallisées en 1930 par son amitié avec le diplomate allemand Otto Abetz : « il faut maintenir le dialogue avec Hitler ». C’est une erreur, mais est-ce déjà une faute? Quand ses convictions commencent à vaciller, l’argent qu’il reçoit de l’Allemagne nazie sert à son journal collaborationniste – et accessoirement à financer son train de vie, qui est tout ce qui lui reste quand il perd le goût d’écrire. Le glissement s’opère de façon magistrale, soutenu par d’excellents dialogues. Interprété honorablement par Jean Dujardin, Luchaire joue le rôle qu’il a choisi sous les projecteurs de son petit monde collaborationniste, et ferme les yeux sur ce qui se passe au-delà. Privée de compas moral, sa fille, Corinne, incarnée avec grâce par Nastya Golubeva Carax, abandonne l’école pour devenir actrice. Tous deux sont malades de la tuberculose et se consument avec la fumée comme ils se compromettent avec le régime nazi. Mais plus de cigarettes ont été allumées que nécessaire. Quand les invités s’empiffrent à l’ambassade d’Allemagne comme s’il n’y avait point de lendemains, ou que le Requiem æternam de Mozart s’élève au début de la fin, on regrette que Milos Forman ne soit pas aux manettes. Ces petits défauts sont vite oubliés. Léonide Moguy, le cinéaste juif ukrainien qui donne à Corinne son premier grand rôle, observe le drame. Avant de s’éclipser après la projection de son film, il lui enseigne en ukrainien la réplique phare de son film, «je suis innocente », prémonitoire des réponses qu’elle aura à trouver dans la vraie vie lorsqu’on lui demandera « Est-ce que tu as cherché à savoir ? » Le réalisateur a voulu nous faire découvrir un personnage ambitieux et ambigu, naviguant dans une époque de combats. Pari réussi.
"Des rayons et des ombres" propose une œuvre sensible, parfois même poignante, qui explore avec justesse des mécanismes humains complexes, entre peur, conformisme et dérive collective. La réalisation est maîtrisée, les acteurs convaincants, et certaines scènes marquent durablement par leur tension ou leur subtilité.
Ce qui frappe surtout, c’est la résonance évidente avec notre époque. Le film semble tendre un miroir à notre société, où certaines idées autrefois marginales se banalisent progressivement. Pourtant, là où il touche juste, il reste aussi parfois en retrait. On sent que le parallèle avec la situation actuelle, notamment la montée et la normalisation de discours d’extrême droite, est présent en filigrane, mais il n’est jamais pleinement assumé. C’est sans doute un choix de prudence, voire de volonté d’universalité. Mais au fond, on ne peut s’empêcher de penser qu’un propos plus frontal aurait donné encore plus de force au film.
Oui, cela aurait peut-être exposé l’œuvre à des critiques de militantisme. Mais dans un contexte où certaines dérives s’installent insidieusement, prendre ce risque aurait pu être non seulement courageux, mais nécessaire.
Un très bon film donc, intelligent et dérangeant, mais qui laisse le sentiment qu’il aurait pu devenir un véritable électrochoc en osant aller un cran plus loin.
Voilà une belle et bonne production comme on aimerait en visionner plus souvent ! Qu'il s'agisse de la mise en scène, du script, des décors, costumes et accessoires, de la bande sonore, et bien sûr, du jeu des acteurs, tous excellents, bravo ! Certes, on pourrait discuter d'une répétitivité accentuée des scènes de débauche, de goinfrerie, de crises de toux...mais elles paraissent nécessaires pour bien recréer ce que fut la regrettable réalité historique. Que cela finisse par importuner, est en effet une nécessité pour pousser dans les retranchements. Le film semble coller de près à tout ce qui a pu être rassemblé comme témoignages autour des Luchaire de cette période de leur vie, et, de ce fait, retrace fidèlement leurs "aventures", succès ou tribulations, bien cadrées dans le vilain enchaînement des sinistres épisodes vécus par la nation durant ces noires années. De nombreuses et courtes phrases, semées cà et là au long de ces trois heures, qui disent beaucoup en peu de mots, contrastées par la longue tirade conclusive du procureur dans le dernier quart d'heure donnent une grande force à cette oeuvre cinématographique. L'accéléré final des dénouements ajoute au style "grandeur et décadence"... Plus pragmatiquement, reste une question...comment une maladie infectieuse telle que la tuberculose, véhiculée par deux personnes ayant un mode de vie aussi grégaire, avec tant de proximité et de promiscuité, tant d'intimité buccale dans des milieux confinés et surpeuplés n'a-t'elle pas entraîné une épidémie parmi tous ces gens ??? Pour revenir au cinéma, on peut apprécier dans ce film que les rayons, comme les ombres, sont superbement traités, et que l'histoire de ces quelques figures humaines, avec leurs limites dépassées, est transposable à tout un peuple de cette époque, qui savait sans vraiment (vouloir) savoir, qui ne pouvait, sans vraiment chercher à pouvoir, car les rayons, comme les ombres, peuvent rendre aveugle...
Très bon film qui nous laisse découvrir un angle différent sur la guerre. La collaboration. Les acteurs sont très convaincants, nous sommes plongés avec eux pendant 3h15 qui finalement passe assez vite. Seul bémol la cigarette tout au long du gill
Des personnages qui sont à la fois ombres et lumières. Pas de manichéisme mais pas de nihilisme non plus. On peut comprendre comment l’argent détourne les bonnes intentions de départ. En l'occurrence celles d’un directeur de journal sous l'occupation très bien interprété par Dujardin et de son acolyte pacifiste allemand qui devient diplomate nazi. Appel à la lucidité sur la manipulation que les politiques savent faire des sentiments pacifistes.
J'ai beaucoup aimé. Je n'ai pas vue 3h15 passer. Très bon film. Les acteurs jouent très bien. Je pense le revoir bientôt. C'est rare on voit les films pareils.
Je digère toujours ce film qui dépeint magistralement toute l'ambiguïté des personnages emportés dans le chaos de la film analyse avec une grande intelligence l'evolution Jean luchaire, de concessions en renoncements, puis de renoncements a la compromission avant le naufrage moral et la fuite eperdue dans la décadence. Un chef d'œuvre porte par trois acteurs exceptionnels. Je retiendrai cette phrase :"les mots des salauds arment le bras des imbeciles", comme un sombre écho a l'époque actuelle.
Il y a un peu plus de 4 ans, 2 films adaptés d’œuvres d'Honoré de Balzac étaient sortis à un mois d'intervalle : "illusions perdues" de Xavier Giannoli, film à gros budget, et "Eugénie Grandet" de Marc Dugain, film à budget beaucoup plus réduit, une coïncidence temporelle qui permettait, par comparaison, de prendre conscience combien, dans le cinéma, de gros moyens n'étaient pas forcément synonyme de grande qualité. Avec "Les rayons et les ombres", on retrouve le duo Xavier Giannoli, réalisateur et scénariste, et jacques Fiescchi, coscénariste, on retrouve de très gros moyens mais on n'a pas d'élément de comparaison. On a juste un énorme pudding très ennuyeux qui, malgré sa longueur, n'arrive pas à bien nous expliquer comment des pacifistes de gauche se sont retrouvés aux côtés des nazis et des idées antisémites de la collaboration. Seules, quelques minutes m'ont paru intéressantes et/ou émouvantes : celles où on entend "le véritable pouvoir d'un journaliste n'est pas dans ce qu'il dit, mais dans ce qu'il ne dit pas" et le 3 dernières minutes du film. A noter que le réalisateur a dû se rendre compte que sa réalisation seule ne parvenait pas à transmettre aux spectateurs toutes les intentions qu'il avait en tête puisqu'il s'est cru obligé de faire appel à une musique quasiment omniprésente pour tenter de "boucher les trous". Une petite information en passant : le procureur joué par Philippe Torreton qu'on entend lors du procès de Jean Luchaine avait pour nom Raymond Lindon, et il était le père de Jérôme Lindon et le grand-père de Vincent Lindon.
Efficace, certainement le meilleur script et montage du moment,très sérieux dans la reconstitution de cette époque , la maîtrise des scènes collectives est étonnante comme toujours avec ce réalisateur,un peu long tout de même.. bravo