Djenaba et Shaï m’ont profondément touché. Chacune à leur manière, elles incarnent une amitié, une joie de vivre, une énergie, mais aussi ce moment charnière du passage à l’âge adulte, lorsque les illusions commencent à se fissurer. Peu à peu, elles prennent conscience de leur situation sociale, des difficultés d’une vie qui enferme dans des carcans, de la complexité de s’en extraire. Ce n’est sans doute pas un hasard si cette prise de conscience survient au moment où elles entrent dans la vie professionnelle, qui plus est comme monitrices de colonie de vacances.
Parce qu’elles sont entourées d’enfants. Parce qu’elles sont mises face à leurs responsabilités. Parce qu’elles sont à la fois émerveillées par la vie et dotées d’une profonde humanité. Les jeunes actrices jouent avec une justesse remarquable. Elles crèvent l’écran, débordent de sentiments sans jamais forcer l’émotion. À peine la vingtaine. Déjà, je commence à me sentir loin de cet âge. Sans s'en rendre compte, on parcourt du chemin. On grandit. Elles ont grandi.
Bientôt, elles ne seront plus monitrices, ou alors elles deviendront, comme le personnage incarné par Amel Bent, des adultes solides, encadrantes, avec en elles des fleurs d’enfance qui reviendront éclore par intermittence, nourries d’une empathie profonde.
Rien ne paraît fabriqué, tout est facile. Les deux réalisatrices jouent avec finesse entre le réel et la fiction. Déjà, dans Les Pires, leur précédent film, la frontière était trouble. Cette fois, il n’y a pas d’hésitation : c’est bien une fiction. Mais le ton est si juste qu’on embarque immédiatement dans l’histoire.
Les enfants sont d’un réalisme saisissant. Attachants, souvent drôles, toujours singuliers. Ils portent chacun leurs petits problèmes, leur « je-ne-sais-quoi », qui fait le sel du métier de moniteur. Il y a le petit Sékou, qui ne se détache plus de Djenaba. Il y a Mateo, qui refuse désormais d’être contraint d’embrasser une camarade qui l’a choisi sans qu’il l’ait choisie, et qui apprend peu à peu à dire « non ».
Les liens se tissent entre enfants et encadrants. C’est la recette éprouvée de ce qui devient presque un genre en soi : le film de colonie de vacances. Un genre que j’aime, sans doute parce qu’il rappelle ce que signifie, concrètement, le « vivre ensemble ».
Et même si ce n’est pas simple. Même si l’on se sent différent. Même si, comme dans le film, on est une juive nonagénaire survivante de la Shoah, confrontée aux questions parfois maladroites de jeunes un peu à côté de la plaque, on rejoint l’aventure. On y trouve sa place. Et tant pis pour les rageux.