À l’heure où les réseaux sociaux dictent le tempo du visible, où l’éphémère règne et où le « like » a remplacé le silence admiratif, Some Like It Classic surgit comme un geste artistique radical, presque militant. Tourné en Super 16mm, patiemment composé sur plusieurs années, le film de Romain Juchereau n’est pas un simple documentaire de surf — c’est un manifeste poétique pour une autre manière de regarder, de filmer, de ressentir.
Là où la tendance actuelle glorifie l’édit court, saccadé, saturé de musique surcompressée et de tricks calibrés pour l’algorithme, Some Like It Classic prend le temps. Celui de contempler une dérive élégante sur une vague du matin. Celui de savourer le grain de l’image, le souffle du vent, la danse silencieuse entre le corps et l’océan. Ici, aucun besoin de surenchère ni de performance millimétrée: le style prime sur le spectacle, l’authenticité sur le like.
Le choix du 16mm n’est pas nostalgique: il est politique. Il évoque un cinéma du toucher, de la lenteur, du regard habité. Il s’oppose frontalement à la dictature de la HD fluide et froide, et célèbre une esthétique sensible, imparfaite, profondément humaine. Chaque plan est un tableau, chaque surfeur un trait de pinceau dans une fresque vivante et organique.
À travers ses images captées entre la Californie, Hawaï, le Mexique ou la France, le film ressuscite une époque où la glisse était un art, pas un sport extrême. Où le hotdogging rimait avec élégance, non avec performance. Où la planche n’était pas un engin de conquête, mais un prolongement du corps — une manière d’entrer en résonance avec l’océan.
Et pourtant, Some Like It Classic ne verse jamais dans la simple nostalgie. Il parle au présent, avec une acuité presque méditative. Il interroge sans le dire notre rapport au temps, à la beauté, à la mémoire. À une époque où la majorité des images surf sont produites pour être consommées en 15 secondes, ce film propose une alternative rare : s’émerveiller sans urgence, ressentir sans filtrer, ralentir pour mieux vibrer.
Enfin, saluons la galerie de surfeurs et surfeuses qui peuplent ce film :Clovis Donizetti, Tyler Warren, Rosie Jaffurs, Sean Tully… Ils ne “surferont” jamais sur une tendance. Ils incarnent une philosophie, un souffle, un respect. Ce sont des passeurs.
En conclusion, Some Like It Classic est un joyau contre-courant, un acte de résistance élégante face à l’accélération folle de notre époque. Un film qui, comme une vague lente et parfaite, nous ramène à l’essentiel : la beauté, le rythme du monde, et le plaisir simple de prendre son temps.
Un chef-d’œuvre à vivre plus qu’à regarder.
Un film qu’on savourera encore dans dix ans, quand tous les “édits” du moment auront disparu dans l’oubli numérique.