Avec Dossier 137, Dominik Moll s’inscrit dans la lignée de son cinéma tendu et profondément ancré dans le réel. Après La Nuit du 12, il explore ici un nouveau terrain : celui de l’IGPN, la police des polices, à travers une enquête aussi sensible que troublante.
Au centre du récit, Léa Drucker incarne Stéphanie, enquêtrice rigoureuse confrontée à un dossier en apparence banal : une manifestation sous tension, un tir de LBD, un jeune homme blessé. Mais très vite, ce qui semblait n’être qu’une procédure administrative se fissure, laissant apparaître une réalité plus complexe, plus intime.
Dominik Moll excelle dans l’art de faire monter la tension sans jamais forcer le trait. Ici, pas d’effets spectaculaires, mais une progression lente, presque clinique, où chaque détail compte. Le film interroge avec finesse la notion de responsabilité, la difficulté de juger ses pairs, et les zones grises d’un système sous pression.
Léa Drucker livre une performance remarquable, tout en retenue. Son personnage, d’abord solide et méthodique, laisse peu à peu transparaître le doute, voire une implication personnelle inattendue. À ses côtés, Guslagie Malanda et Mathilde Roehrich complètent avec justesse un casting sobre et crédible.
La mise en scène, épurée, renforce le sentiment d’immersion. Les bureaux, les salles d’interrogatoire, les rapports… tout concourt à créer un univers réaliste, presque étouffant, où la vérité semble toujours partielle, fragmentée.
Avec Dossier 137, Dominik Moll signe un film à la fois politique et intime, qui évite les jugements simplistes pour mieux questionner notre rapport à l’institution, à la justice et à la vérité.