Après le très remarqué (et remarquable) « La Nuit du 12 » sur les féminicides, le réalisateur Dominik Moll revient avec un long métrage qui va beaucoup faire parler, un film qui ne va assurément pas plaire à tout le monde. Sur le sujet beaucoup moins consensuel des bavures policières, il nous offre un film de presque 2h qui essaie en permanence de rester sur la ligne de crête entre la police et le reste de la population sans toutefois toujours y parvenir, il faut bien le reconnaitre. Dans ce numéro d’équilibriste permanent, il est facile de basculer d’un côté ou de l’autre. Pourtant les efforts de Dominik Moll bien rester en équilibre sont louables et quasis permanents, mais avec « Dossier 137 », je crains que chacun voit un film différent selon sa sensibilité sur le sujet. Pour commencer par parler de la forme, il faut reconnaitre que le film est parfaitement tenu : le montage sec, nerveux et diablement efficace, la direction d’acteur, le rythme du film, les minuscules pointes d’humour, la volonté d’humaniser l’enquête mais aussi la personnalité de Stéphanie, jusqu’à l’utilisation parcimonieuse de la musique, tout est bien pesé, bien dosé. Dominik Moll utilise (un tout petit peu) des images d’archives, il utilise aussi des images filmées au portable, des images de télésurveillance, que le cinéma (ou les romans policiers) ne décrivent quasiment jamais. L’IGPN, dans les films ou les polars, ce sont les méchants, les empêcheurs de travailler, les mauvais flics, les arrivistes, bref : les nuisibles. Et bien ici non, le film montre avec une certaine acuité comment ils travaillent et pourquoi ils font ce qu’ils font, et ça fait du bien de voir enfin ce son de cloche là. Léa Drucker est parfaite dans le rôle de Stéphanie, mais c’est presque un pléonasme de mettre dans une même phrase « Léa Drucker » et « parfaite » désormais. Le scenario brasse beaucoup de thèmes et donne beaucoup matière à réflexion et certaines scènes, comme certaines répliques, sonnent douloureusement juste aux oreilles. D’abord, comment présenter ce mouvement des Gilets Jaunes ? Des français moyens acculés à la colère ? Des casseurs d’ultra-gauche/droite ? Déjà je l’attendais là-dessus pour commencer tant ce mouvement polymorphe et non encadré était difficile à appréhender dans toute sa complexité.
Le scénario choisi un peu la facilité, je le reconnais : des provinciaux non politisés qui n’avaient jamais manifesté et qui viennent défiler à Paris comme en goguette pour « défendre le service public ».
Sur ce point, Dominik Moll joue la sécurité et se ne se montre pas très audacieux :
sa victime est parfaitement innocente « mauvais endroit, mauvais moment »
. En revanche, sur d’autres aspects, le scénario se montre plus courageux : l
e syndicalisme policier (d’un syndicat pudiquement appelé ici « Concorde Police », mais on le reconnait !) corporatiste jusqu’à la malhonnêteté, la hiérarchie fuyante, frileuse et arriviste, la notion de déontologie à géométrie variable (la scène de fin est absurde, mais je la crois parfaitement crédible), les mensonges des policiers, leur défense parfois pitoyable.
Mais ce qui est au cœur du film, c’est la doctrine de maintient de l’ordre de la police française. Tout le monde verra sans doute midi à sa porte mais pour moi, une des scènes les plus forte est celle de la femme de ménage. Ce qu’elle dit à Stéphanie, ça fait longtemps que j’espérais l’entendre quelque part et c’est enfin arrivé. « Dossier 137 » ne va pas plaire à tout le monde : et bien tant mieux !