LES BRAISES - Thomas Kruithof | ⭐ 7/10
Thomas Kruithof s’empare d’un des sujets sociaux les plus brûlants de ces dernières années : le mouvement des Gilets Jaunes. Mais plutôt qu’un film manifeste, Les Braises choisit le prisme de l’intime, celui d’un couple ordinaire dont la passion se fissure au contact de la colère collective.
Le film vaut d’abord pour son réalisme et sa justesse de ton. Kruithof filme les ronds-points et ses occupants sans folklore et sans condescendance, grâce notamment à des seconds rôles crédibles, de qui est assez rare dans les films sociaux pour être souligné (exceptée une scène de tribunal particulièrement mal jouée).
Il faut ensuite souligner les excellentes interprétations des deux acteurs principaux, tous deux récemment Césarisés. Virginie Efira, tout en retenue rageuse, est une nouvelle fois épatante, dans ce rôle de femme en éveil politique, tandis qu’Arieh Worthalter lui oppose une bienveillance touchante, bien qu'un brin paternaliste tout de même.
Autre mérite du film : parvenir à maintenir une tension, en évitant les écueils narratifs attendus (
pas d’accident de camion provoqué par la fatigue, pas de manifestation qui tournerait mal pour elle et venant donner raison au mari, etc.
).
Le film peine néanmoins à faire cohabiter ses deux axes narratifs : d’un côté, la chronique sociale et politique d’une révolte collective, et de l’autre, le drame plus intime d’un couple qui se délite.
Et si l'on peut saluer le choix scénaristique d’éviter toute caricature du gilet jaune, en inscrivant cette femme dans une existence stable, loin de la misère matérielle, il reste toutefois regrettable que les motivations de ce personnage restent si opaques. En ne questionnant ni en approfondissant jamais vraiment les raisons de son engagement et en plaçant plus volontiers la raison du côté de son mari réfractaire, le film finit par rendre son passage à l’action arbitraire, voire futile. Et malgré un final qui cherche à rééquilibrer les choses, le regard que le film pose sur cette révolte populaire finit, malgré lui, par paraître frileux et désengagé, préférant la neutralité et le confort à l'idéologie et la confrontation.
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