Manque l’étincelle
C’est seulement le 3ème film de Thomas Kruithof après La mécanique de l’ombre et Les Promesses. Ce nouveau drame n’échappe pas aux qualités et aux travers de ce cinéaste. Qualité d’écriture, sujet de société plus qu’intéressant et beau casting toujours bien dirigé. Au passif, ce film laisse la désagréable impression de ne pas aller assez loin et de nous laisser sur notre faim. Karine et Jimmy forment un couple uni, toujours très amoureux après vingt ans de vie commune et deux enfants. Elle travaille dans une usine ; lui, chauffeur routier, s’acharne à faire grandir sa petite entreprise. Quand surgit le mouvement des Gilets Jaunes, Karine est emportée par la force du collectif, la colère, l’espoir d’un changement. Mais à mesure que son engagement grandit, l’équilibre du couple vacille. 102 minutes auxquelles il manque cette petite étincelle à l’image de la dernière scène qui ménage la chèvre et le chou par manque d’audace. A voir pour le sujet et le couple d’acteurs.
Ce film veut explorer l’engagement politique « ordinaire », effectivement celui que fut des « gilets jaunes » à leur origine. L’idée de confronter dans un même couple le pour ou le contre qui agitaient la société française à cette époque est une riche idée non encore exploitée au cinéma, en tout cas à ma connaissance. Après son focus sur les élus dans Les Promesses, Kruithof nous parle de vous et moi, des petites gens face à ce mouvement social aussi inédit que puissant. Ici, l’irruption soudaine de la politique dans la vie personnelle et familiale se révèle d’une grande violence. Le film sait faire ressentir le souffle collectif, dans les moments de communion comme dans les moments de désaccord, et aussi capter le chaos quand les actions ou les manifestations tournent mal. On doit donc comprendre que sur les ronds-points couvaient les « braises » d’une révolte contre l’injustice. Las ! On ne la sent que par moment, car à trop vouloir démontrer, le scénario se perd un peu dans différents sens pas toujours aboutis. On attendait donc un long-métrage fort, presque coup de poing mais, en vérité, on a l’impression que le réalisateur a eu peur de son sujet au point de passer un peu à côté. Le côté un peu trop manichéen qu’on pourra qualifier d’engagé et de gauche - comme la vision de la police qui manque un tantinet de nuances- pourra en déranger certains. Car, tant qu’à faire, il fallait équilibrer les deux côtés de la balance dans ce portrait d’un couple en crise pour être totalement crédible.
La belge Virginie Efira confirme, s’il en est besoin, qu’elle une des toutes meilleures actrices… françaises. Que ce soit dans le glamour ou, comme ici, dans le quotidien sans apprêt, elle est toujours aussi juste et crédible, et son « couple » avec l’excellent Arieh Worthalter reste la raison majeure de voir ce film. Ils incarnent à merveille cet amour qui s’étiole sans s’éteindre, comme un poêle qui ne demande qu’à être rallumé. Elles sont là aussi « les braises ».On ajoutera à cette tête d’affiche la toujours excellente Mama Prassinos et les jeunes Justine Lacroix et Loup Pinard. Bref, un film à voir, malgré les petits bémols exprimés plus haut.