L’Agent secret est un thriller politique brésilien ample et ambitieux, très admiré par la critique, que j’ai pour ma part trouvé intéressant mais assez frustrant et trop pesant sur la durée.
La presse salue surtout la mise en scène de Kleber Mendonça Filho, récompensée à Cannes, et sa façon d’installer une atmosphère d’oppression
dès la première séquence de contrôle de police.
Beaucoup soulignent un film « total », foisonnant, qui mêle polar, film d’espionnage, fresque politique et réflexion sur la mémoire du Brésil des années 70.
Ce que j’ai aimé : la reconstitution très détaillée de Recife sous la dictature, avec un travail remarquable sur les décors, les couleurs et le son, qui plonge le spectateur dans un climat paranoïaque permanent. Le jeu de Wagner Moura est intense et habité.
Le film impressionne par sa mise en scène, avec des scènes de tension très maîtrisées où la menace semble surgir de détails anodins.
Visuellement, c’est un film très travaillé : palette jaune, ocre, verte, lumière écrasante, ville labyrinthique, tout contribue à créer un climat poisseux et inquiétant.
L’ensemble aborde beaucoup de thèmes
(corruption policière, violence d’État, transmission entre générations, résistances discrètes)
sans être didactique, en laissant souvent les choses à demi dites.
Même si j’ai reconnu la richesse du projet, j’ai moyennement aimé le film, surtout à cause de sa durée et de son rythme volontairement étiré (près de 2h40).
La lenteur, l’atmosphère, m’a souvent donné l’impression d’un récit qui s’enlise et perd son élan.
La structure en puzzle, avec ses détours et digressions, m’a paru plus brillante en théorie qu’émouvante dans les faits : j’ai eu du mal à rester pleinement impliqué dans le destin du personnage principal.
À force de multiplier les pistes et les figures secondaires peu définies, le film m’a semblé parfois se regarder fonctionner, au détriment de la tension policière annoncée.
Je garde l’image d’une œuvre ambitieuse, visuellement forte et politiquement affûtée, mais dont la densité et la nonchalance narrative m’ont laissé à distance.
En sortant de la salle, j’étais partagé : admiratif devant la maîtrise formelle et le jeu des acteurs, mais avec le sentiment d’avoir traversé quelque chose de brillant… sans y avoir pris autant de plaisir que je l’aurais voulu.