J’avais peur de regarder ce film après les commentaires que j’avais lus ici. Mais il est vraiment génial, je l’ai adoré ! Il mérite amplement tous les prix qu’il est en train de remporter.
Je n’ai pas décroché une seule seconde. Cela dit, il est vrai que les spectateurs habitués au cinéma plus classique risquent de ne pas apprécier la forme très originale de sa réalisation. Le film raconte l’histoire de Marcelo/Armando, qui cherche à se mettre en sécurité après avoir provoqué un riche homme blanc du sud du Brésil, représentant d’une grande industrie publique de l’énergie. Le récit est divisé en trois parties et se déroule à trois époques : le présent (2025) et le passé (1977), avec des flashbacks plus récents par rapport à 1977, qui permettent de comprendre pourquoi le personnage principal est en danger.
Il y a effectivement beaucoup de personnages secondaires, mais cela n’est absolument pas dérangeant : ils sont tous captivants et essentiels à la dimension émotionnelle du film. On n’a pas besoin de connaître leur histoire en détail ; on les découvre comme le personnage principal les a découverts lui-même. Il ne s’agit pas d’histoires secondaires à proprement parler.
Le film regorge également de références à des faits divers brésiliens, comme
l’histoire de la « jambe poilue », utilisée pour combler le vide laissé par la censure militaire dans un journal de Recife, ou encore le cas récent de cette femme riche qui a placé l’enfant de son employée de maison dans un ascenseur parce qu’il pleurait pour sa mère, partie acheter quelque chose, et qui en est mort. J’ai même repéré une référence à Bolsonaro et à son fils.
On y trouve aussi de nombreux hommages à de grands films des années 1975-1976, tels que Les Dents de la mer, La Malédiction ou King Kong. Il faut souligner que Recife est la ville du Brésil où l’on recense le plus d’attaques de requins (peut-être la seule), et le film fait clairement écho à cet imaginaire : c’est la ville des requins. Au-delà du contexte de la dictature militaire (qui constitue le minimum à connaître sur le Brésil de l’époque, sans être indispensable à la compréhension du film), l’œuvre évoque aussi la corruption, la violence et les préjugés des Brésiliens du Sud (souvent blancs, riches et descendants d’Européens) envers ceux du Nord, des préjugés encore très présents aujourd’hui.
Enfin, ce n’est pas un film réservé aux Brésiliens : il permet aussi bien aux étrangers qu’aux Brésiliens (notamment du Sud) de mieux connaître le pays, et à ceux qui le connaissent déjà de s’en souvenir. C’est un film remarquable, qui mêle comédie, drame, action et thriller, et qu’il faut absolument voir.