Le projet est né après la découverte de vidéos virales montrant des baleines et des dauphins semblant réagir à la musique de Rone. Fasciné depuis l’enfance par les cétacés, le réalisateur Valentin Paoli y voit alors le point de départ d’un film mêlant poésie, science et musique. Le cinéaste raconte avoir immédiatement voulu explorer cette idée de “dialogue inter-espèces”. Mais loin d’un simple phénomène Internet, le projet s’est construit autour d’une vraie réflexion sur notre rapport au vivant. Cette approche sensible a convaincu Rone de se lancer dans l’aventure malgré son scepticisme initial.
Pour éviter toute perturbation des baleines, l’équipe a travaillé avec des bioacousticiens, biologistes et éthologues spécialisés. Un protocole extrêmement rigoureux limitait les sessions musicales à cinq minutes maximum, suivies de longues périodes d’écoute. Le tournage interdisait également toute diffusion sonore en présence d’une mère et de son baleineau. Rone raconte même qu’il a fallu attendre plusieurs jours avant de jouer la moindre note en mer. Cette discipline a profondément influencé le rythme contemplatif du film.
Contrairement à de nombreux documentaires animaliers, La Baleine et le musicien montre les longues périodes d’attente vécues par l’équipe en pleine mer. Valentin Paoli tenait à retranscrire cette temporalité réelle du monde sauvage, quitte à ralentir volontairement le rythme du récit. Certaines séquences montrent ainsi l’équipage patienter pendant des heures sans apercevoir la moindre baleine. Le réalisateur explique que cette frustration faisait partie intégrante de l’expérience. Selon lui, la rareté de la rencontre rend l’émotion finale encore plus forte.
Pour imaginer la mise en scène du documentaire, Valentin Paoli s’est notamment inspiré de La Panthère des neiges et de Grizzly Man. Il admirait particulièrement la manière dont ces films transforment l’attente et la contemplation en véritable tension dramatique. Le réalisateur revendique aussi l’influence de Werner Herzog, qu’il considère comme son “maître à penser”. L’idée était de dépasser la simple observation factuelle pour atteindre une forme de “vérité émotionnelle”. Cette approche donne au film sa tonalité de fable contemporaine.
Le compositeur Rone a entièrement repensé sa manière de travailler pour ce projet. Pendant des mois, il a étudié les chants des baleines et réfléchi aux sons susceptibles d’entrer en résonance avec elles. Il a notamment eu l’idée d’intégrer les voix de la Maîtrise de Radio France afin d’apporter une dimension plus organique à sa musique électronique. Le musicien explique avoir vécu ce processus comme une expérience très intime, presque angoissante. Certaines compositions créées pour le film ont ensuite donné naissance à son album Megaptera.
L’un des moments les plus marquants du film survient lorsque le scientifique Olivier Adam écoute le morceau Breathe In, interprété par Yael Naïm, et fond en larmes sur le bateau. Cette séquence n’avait absolument pas été préparée par l’équipe. Le morceau existait déjà avant le tournage, puisqu’il provenait d’un précédent projet musical de Rone réalisé pendant le confinement. Valentin Paoli raconte que toute l’équipe a immédiatement senti qu’elle assistait à un véritable “instant de grâce”. Pour le réalisateur, cette émotion spontanée résume parfaitement l’esprit du film.