C'est un filon qui n'en est qu'à son début d'exploitation et qui n'a sans doute pas fini de prospérer au sein du cinéma de genre : la mise à mal du récit colonial qui recèle bien des horreurs et auquel s'ajoute opportunément la dénonciation des abus éhontés du patriarcat. Memento maori : Mārama s'engouffre dans la brèche, tout en respectant les codes de l'épouvante, graduellement exposés, un peu de manière brouillonne, au départ, alors que l'énigme principale n'a rien de complexe, une fois explicitée. Gothique, grotesque, grandiose, le premier long métrage de Taratoa Stappard a des arguments de poids à faire valoir et les réserve en grande partie pour son dénouement décomplexé qui décapite littéralement toute velléité de lui opposer un peu de mesure, eu égard à une certaine euphorie qui ne peut manquer de nous harponner, y compris pour le goût douteux qui y est étalé. Pour être honnête, Mārama met du temps à révéler sa vraie personnalité, mais ce n'en est que meilleur par la suite, tout en ayant dès les premières images une identité visuelle marquante, quoique relativement conforme à ce que l'on attend d'une intrigue se déroulant dans un manoir sinistre du Yorkshire, aux alentours de 1850. Ajoutons que les interprétations, en particulier féminines sont d'un très haut niveau. Et le passé douloureux de la Nouvelle-Zélande, dans tout cela ? Il est bien présent quoique dissimulé, derrière les miroirs et sous les tapis, et ne demande qu'à resurgir, en une sanglante évidence.
Le voici, le voilà, le film d'elevated horror dans toute sa splendeur, c'est-à-dire un "film d'auteur" qui rencontre divers codes horrifiques. Alors attention, tout est à prend avec des pincettes, premièrement, je n'apprécie pas vraiment l’appellation "elevated horror", un terme pédant qui décrédibilise un cinéma d'horreur qui serait plus populaire et film d'auteur n'est pas synonyme de film ennuyant. Par exemple, tous les films de Steven Soderbergh sont des films d'auteurs et dedans, il y a les "Ocean's" ou les "Magic Mike" donc bon. Mais dans le cas précis de ce film réalisé par Taratoa Stappard, je dois bien avouer que je me suis bien ennuyé ! Pourtant, tout commence très bien, nous sommes plongés dans l'univers gothique des landes du Yorkshire avec ce manoir aussi sublime qu'effrayant. Même si l'épouvante repose sur des gimmicks assez connus du cinéma horrifique, comme le miroir, quelques jump-scares etc., on comprend assez vite que c'est en réalité une horreur bien plus viscérale qui habite ce manoir. Horreur qui est liée au passé de l'héroïne qui cherche à tout prix à le comprendre. Car pour poser un peu le contexte, Mary est une femme maorie en quête d’identité et cherchant à comprendre son passé et les Maori sont un peuple autochtone faisant partie de la Nouvelle-Zélande, alors colonisée par les britanniques. Donc assez vite, l'horreur se déplace des décors un peu effrayants aux habitants du manoir qui portent de lourds secrets concernant Mary. Et que c'est bordélique ! Et paradoxalement, c'est dans le fond assez simpliste. En fait, j'ai eu l'impression que le film cherche constamment à embrouiller inutilement son spectateur avec une intrigue relativement décousue composée de flashbacks sensationnalistes. Et force est de constater que ça sert un peu de cache-misère à une histoire qui se veut plus maline qu'elle ne l'est. Bref, comme vous l'aurez compris, je n'ai été que très peu réceptif à "Mārama" mais qui a en revanche tout pour plaire à Télérama et ses lecteurs.
Pas franchement convaincu par ce film plus historique qu'horrifique (nous étions pourtant à une séance « Horror Cinema Club » qui quitte Alésia pour Beaugrenelle), basé sur des jump scares. Les personnages sont assez caricaturaux et ne servent pas le propos.
film tourné en Nouvelle-Zélande. il y a bien dans le film quelques plans tournés en extérieur qui sont splendides. le reste est en intérieur et d une grande pauvreté visuelle. j'ai un peu souffert au visionnage de ce film au FEFFS 2025. Notamment parce que le personnage principal féminin fait la tête tout le long du film sauf dans deux plans. La progression dramatique est pénible et longue. le rythme est soporifique. Ça termine soudain dans un déluge de gore. Le sujet des maoris a déjà été brillamment exploité par le passé dans THE NIGHTINGALE ou UTU, des films largement plus inspirés que celui-ci.
Le film aborde le thème des violences subies par le peuple maori pendant la colonisation britanique, en prenant la forme d'une fable fantastique et macabre. Même si l'intention est louable, la démarche reste laborieuse, engoncée dans des flashbacks se voulant fantasmagoriques, mais restant des dévoilements d'événements passés. Alors que certaines scènes sont réussies, notamment la transe maori ou la violence de certains meurtres, l'épouvante ne prend pas reposant sur des gimmicks classiques de jumpscares ou de jeu de miroirs. L'ensemble ne séduit pas par manque de rythme, de rebondissements ou de switchs salvateurs. Car le déroulement nous emmène à pas lents vers un dénouement attendu.
Le film a été présenté à Hallucinations Collectives édition 2026, festival de l'Autre Cinéma de Lyon, en compétition Longs Métrages.
En 1859, à l'époque victorienne, dans les landes désolées du Yorkshire, au nord de l'Angleterre. Mary Stevens (Ariāna Osborne), jeune femme māorie en quête de vérité sur sa famille et ses origines, rejoint le manoir Hawkser après avoir reçu une mystérieuse missive. Le maître des lieux, Nathaniel Cole (Toby Stephens), lui propose de devenir la préceptrice de sa fille Anne. Mais d'étranges visions ancestrales commencent bientôt à hanter la jeune femme... Il y a beaucoup de raisons d'aimer « Mārama ». D'abord parce que cela commence très bien, comme dans un bon vieux film de la Hammer, avec l'arrivée dans un étrange château perdu au milieu des landes du Yorkshire. On retrouve même le thème classique du cocher qui refuse d'aller plus loin et invite son passager à terminer la route à pied. Ensuite, par son sujet même, puisque le film relate le combat d'une femme māorie – Mary, Mārama de son nom d'origine – pour reconquérir son identité et sa culture. Lui-même d'origine māorie, Taratoa Stappard signe à la fois un récit d'émancipation féminine, un film d'horreur gothique et une critique de la colonisation des peuples māoris par les Britanniques. L'idée de faire surgir les fantômes du passé colonial au cœur même d'un décor typiquement victorien est d'ailleurs particulièrement pertinente : derrière les apparences raffinées du manoir anglais se cache toute une histoire de domination, d'effacement culturel et de dépossession. « Mārama » revendique ainsi pleinement son appartenance à la tradition gothique britannique, tradition dont il détourne les codes pour faire surgir non plus les fantômes d'une famille, mais ceux de l'histoire coloniale. Malheureusement, tout cela fonctionne assez mal et le film se révèle rapidement ennuyeux, faute de rythme et de tension dramatique. Le mélange entre film d'auteur et cinéma de genre, pourtant souvent très fécond, ne prend jamais vraiment. Le réalisateur semble vouloir créer artificiellement du mystère à travers une intrigue inutilement opaque alors que le fond du propos demeure, au contraire, assez simple et lisible. Sur la forme, on peut également regretter qu'il cède trop souvent à la facilité des jump scares, aux traditionnels jeux de miroirs et à l'accumulation de flashbacks fantasmagoriques qui finissent par diluer plutôt que renforcer l'atmosphère. Là où les grands films gothiques suggèrent et inquiètent, « Mārama » tend trop souvent à souligner lourdement ses effets. Bref, un film dont on a toutes les raisons d'apprécier les intentions et le propos, mais qui demeure franchement décevant dans son exécution.
Présenté comme un film d'horreur, Mārama mobilise des effets du film de genre pour présenter une crtique politique de l'enrichissement (économique et culturel) du Royaume Uni. C'est l'histoire d'une guerrière, européanisée, qui retrouve son histoire. Assez beau visuellement, j'ai beaucoup aimé ce film plongé dans le noir qui, sous couvert d'un divertissement, propose une réflexion sur le pillage et ce qu'on appelle l'appropriation culturelle. Porté par une actrice impressionnante. Une belle surprise découverte en avant première
J’ai du mal à me remettre de ce drame. Il est très triste, certaines scènes peuvent être très dur et dérangeante à regarder mais c’est une œuvre d’art qui vaut la peine qu’on se déplacer au cinéma pour la contempler.
Les effets de surprise et la bande son créent une ambiance angoissante (à défaut de faire peur) tandis qu'on s'éloigne petit à petit du surnaturel pour se rendre compte que l'horreur est réelle Un très bon film, qui provoque des réactions viscérales et dont le scénario rappelle un peu Django Unchained.
10 595 abonnés
11 630 critiques
Suivre son activité
2,5
Publiée le 14 juin 2026
« Pour avancer dans l'avenir, nous devons comprendre le passé. » Ce message d'introduction s'adresse au public, mais il s'applique également à Mary, cette jeune femme qui se rend dans un village reculé d'Angleterre dans l'espoir d'en savoir plus sur son passé. Elle arrive dans une demeure où elle va faire de sombres découvertes. Avec son premier long-métrage, Taratoa Stappard évoque les atrocités commises par les colons anglais à leur arrivée en Nouvelle-Zélande ainsi que les conséquences sur les futures générations. Cette quête d'identité de celle qui s'appelle Marama se transforme en une vengeance trop courte pour être réellement appréciée. Pourtant, le réalisateur essaie de faire grimper la tension avec des scènes révoltantes à voir pour la principale intéressée quand les locaux font preuve d'une insolence absolument crasse envers sa culture. Cette réappropriation culturelle et identitaire manque de force et de rage alors même que Taratoa Stappard a misé là-dessus. En somme, "Marama" est un drame horrifique gothique élégant, mais jamais palpitant à suivre.
J'ai aimé cette atmosphère sombre et gothique, ainsi que ce récit traitant d'une femme maorie en quête de ses origines à l'époque victorienne. Le rythme est très lent et la mise en scène manque peut-être de piquant, de profondeur, mais c'est agréable à visionner.
Dans l’Angleterre victorienne de 1859, Mārama de Taratoa Stappard s’impose comme une œuvre hybride, à la croisée du film d’horreur gothique, du récit historique et de la quête identitaire. Le film suit Mary Stevens (Ariāna Osborne), une femme māorie en recherche de ses origines, qui rejoint un manoir isolé dans le Yorkshire du Nord. Ce lieu devient rapidement un espace de confrontation entre passé et présent, où visions, apparitions et mémoire collective s’entrelacent jusqu’à brouiller les frontières du réel. Face à Jack Fenton (Erroll Shand), figure trouble liée à ce passé enfoui, et Sir Nathaniel Cole (Toby Stephens), incarnation rigide du pouvoir colonial, Mary se retrouve enfermée dans un système qui dépasse sa propre histoire. Le récit met en lumière une violence plus insidieuse que spectaculaire, celle de la colonisation culturelle, qui ne s’est pas contentée de conquérir des territoires, mais a imposé des noms, des langues et des identités. Le nom de Mary Stevens devient ainsi un symbole, celui d’une transformation forcée et d’un héritage partiellement effacé. Le film aborde frontalement la question de l’appropriation culturelle. Les pratiques māories, qu’il s’agisse des tatouages ou des expressions symboliques, sont détournées de leur sens originel et réinterprétées dans un regard colonial. Cette tension constante transforme le manoir en un espace figé, presque théâtral, où l’identité autochtone est observée, contrôlée et réduite à une représentation. La réponse du récit ne passe pas par une simple opposition, mais par une reconquête progressive. Celle-ci s’ancre dans la mémoire des tūpuna, les ancêtres, dont la présence traverse le film. La voix devient un élément central, non comme simple moyen d’expression, mais comme transmission vivante. Lors du haka, moment clé du film, cette voix prend une dimension collective. Elle dépasse le personnage pour incarner une lignée, une histoire, une force héritée qui refuse de disparaître. Cette puissance, profondément ancrée dans l’héritage, vient contredire la logique coloniale qui réduit l’individu à une fonction ou à une place imposée. Le parcours de Mary consiste à lever les silences, à accepter une identité longtemps contenue. Ce cheminement est à la fois intime et politique, puisqu’il engage une réappropriation du corps, du langage et de l’histoire. Sur le plan esthétique, Mārama s’inscrit dans une tradition gothique assumée. L’atmosphère rappelle les premières œuvres comme Nosferatu ou Dracula, notamment dans son introduction, où le refus d’un cocher d’aller plus loin installe une tension immédiate. La photographie, proche d’un rendu lut flat, renforce cette sensation d’étrangeté et d’enfermement. Le film adopte une approche presque animiste, où les fantômes ne se contentent pas de hanter les lieux, mais s’inscrivent dans les corps et les esprits. Au-delà de ses références, le film affirme une identité propre. Il propose une expérience sensorielle et symbolique, où la possession devient catharsis et où la mémoire se transforme en force active. La performance d’Ariāna Osborne s’impose comme un pilier du récit, portant à la fois la dimension émotionnelle et physique du personnage. Mārama ne se limite pas à une histoire de vengeance. Il interroge la manière dont une culture peut survivre à l’effacement, se reconstruire et reprendre la parole. La voix des ancêtres n’y est pas une simple image, mais une continuité vivante, qui traverse le temps et finit par s’imposer.
Intéressant film qui sous couvert d'un Conte Horrifique raconte une histoire de vengeance et de recherche d'identité sur fond de (dé)colonialisme et de Culture Maorie dans l'Angleterre Victorienne de 1859 . La réalisation de Taratoa Stappard sort avec aisance des sentiers battus du Genre et c’est tout son intérêt !