De fil(les) en aiguille... Après un Proxima bouleversant sur les adieux d'une mère et de sa petite fille, Alice Winocour prend à présent les mesures des femmes de la mode qui s'entraident dans leurs vies déchirées, dont le Destin s'amuse à crocheter un fil à l'improviste. Une jeune mannequin séparée de sa famille, une maquilleuse qui rêve de devenir écrivaine, une couturière superstitieuse qui refuse de manger car la robe du défilé n'est pas finie, et bien sûr cette réalisatrice de clip commercial pour le gala qui apprend qu'elle a
un cancer du sein métastasé.
On virevolte d'un portrait de femme à l'autre, avec des transitions irréprochables (on ne s'aperçoit même pas qu'on a changé de sujet : les lignes rouges peintes sur les seins de la patiente en vue de son passage en imagerie, deviennent les cordons de mesures rouges qu'applique la couturière sur la poitrine de sa robe), avec des scènes vraiment touchantes (la maquilleuse qui s'aperçoit que la mannequin a ses menstruations au milieu d'une équipe technique masculine, et la "dérobe" assez gentiment aux regards indiscrets, ou encore ce très beau moment de compassion entre les deux patientes du service de mammalogie... Beaucoup de solidarité féminine dans ce film, de douceur malgré ses sujets assez durs), et dont le sujet de la mode n'est au final qu'un prétexte à rassembler tout ce petit monde. Le film l'avoue lui-même avec une dernière scène au ralenti qui sabote volontairement ce sujet de fond, pour ne laisser aucun doute sur le premier-plan du scénario : ces femmes qui goutent à la pluie dévastatrice comme une libération (la mannequin n'a pas eu besoin de défiler pour s'être prouvée à elle-même qu'elle pouvait le faire, la couturière, inspirée par un très beau message de Marguerite Duras, s'assied et écrit pour de bon, et la réalisatrice accepte enfin de se battre contre sa maladie). On est à peu près sûr que ce coup du sort a été provoqué par la robe-fétiche de la petite couturière, et le dernier plan du film qui symbolise ce cri libérateur (évoqué au début, c'est assez malin) est une très bonne fin. Évidemment, comment arriver à décrire ce film sans aborder l'excellence de ses acteurs et surtout actrices, Angelina Jolie rappelle parfois Penelope Cruz dans le bouleversant film Ma Ma (à rattraper d'urgence si ce nom ne vous évoque rien), et Ella Rumpf et Anyier Anei sont les deux révélations du film. On notera aussi cette magnifique insertion de la chanson (le premier qui dit "désuète" se prend une salade de doigts offerte par la maison : elle est intemporelle, point) Mon Amie la Rose, qui parle du flétrissement de la jeunesse, de l'amour et forcément des jeunes filles, et qui fait tant plaisir à ré-entendre... Alors, ne boudez pas ce joli patchworks de destins de femmes si élégamment cousu, il s'adresse bien à tout le monde (on oublie trop vite que le cancer du sein touche les hommes aussi...), et il célèbre les filles, les femmes, les mères, les petites mains derrière les grands projets, en leur tendant un bouquet de roses. On est si peu de choses...